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Philippe Delerm - L'odeur des pommes

Publié le 15/05/2020

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« Dans cet extrait de La Première Gorgée de bière de Philippe Delerm, l'importance accordée aux sensations estindiquée d'emblée par le titre : « L'odeur des pommes ».

C'est, en effet, le parfum de ces fruits qui déter-mine toutela description des sensations éprouvées par le narrateur lorsqu'il pénètre dans la cave.

L'odorat est le sens le plussollicité ici : son champ lexical est abondant (« odeur » apparaît dans le titre, ligne 4, 11 à deux reprises, 19, 20 et22, d'autres termes sont employés comme « parfum » 1.

15).

Cette odeur est précisée dans ses nuances « âcre etsucrée » (l.

6), « salpêtrée » (l.

1617), « saveur confite » (l.

8), métaphoriquement assimilée à un « souffle chaud »(l.

19).

L'odorat est, enfin, explicitement évoqué dans des expressions comme « ça sent » (répété deux fois etnuancé par « bon » et « fort » 1.

10-11) ou « ça (...) vous prend » (l.

1).

Certaines métaphores complètentégalement la description de la force et de la violence de cette sensation qui assaille le narrateur : l'odeur estassimilée à une « déferlante » (l.

5) qui emporte tout l'être, qui le ramène dans son passé et vers une intérioritéquelque peu oubliée, qui le « submerge » (l.

3).

Mais cette impression initiale donne naissance à d'autres sensations: elle éveille le toucher (« la mouillure » 1.

18, le « souffle chaud » 1.

19, la « rugosité » (l.

20).

Elle crée, enfin, unensemble de visions qui apportent dans la « cave » (l.

1 et 16) profonde ou le « grenier sombre » (l.

17) les couleurschaudes de l'automne (le violet de l'encre scolaire (I.

12-13), les « bruns et les rouges » (l.

21) de la nature aumoment de la récolte, le vert de l'herbe ou de certaines pommes (l.

18 et 20), le blanc de leur chair (l.

22).

Lessensations structurent donc le texte en totalité.

Si l'odeur est dominante, elle constitue une ouverture sur le monde: le temps, les saisons (la pluie d'octobre notamment), les hommes et leur vie quotidienne (l'école, la terre battue, lacave, l'attente, les récoltes) sont à nouveau accessibles grâce à cette odeur si banale, si simple L'homme n'estqu'un ensemble de sensations, le retour ou le développement de l'une d'entre elles, particulièrement forte, suffit à luifaire retrouver son passé, sa jeunesse, un univers ancien, enfoui mais pas oublié. Le pronom « on » est employé dix fois dans le texte, aux lignes 1, 3, 8, 3, 5, 8, 20 et 22 ; le pronom personnel «vous » est utilisé en une seule occurrence, ligne 1.

Ces deux pronoms jouent ici un rôle essentiel.

Le « on a unevaleur générale, indéfinie.

Il représente à la fois le narrateur lui-même et tous les êtres humains qui, comme lui,peuvent vivre la même expérience.

Le « vous » de deuxième personne rapproche davantage encore le destinataire,le lecteur, du narrateur ; nous sommes, en effet, conviés à nous impliquer, grâce à ce pronom de présence, àpartager totalement les sensations du narrateur.

L'emploi de ces pronoms permet de généraliser une expériencepersonnelle, de nous faire vivre une aventure intérieure d'abolition du temps, de retrouver le passé et, surtout, lavie grâce à l'immédiateté d'une sensation qui, spontanément, nous fait entrer de plain-pied dans un temps différent,dans une expérience de fusion avec le monde. L'odeur des pommes est métaphoriquement présentée dans le premier paragraphe comme une vague.

Toutes lesexpressions, tous les termes employés identifient, en effet, l'odeur à une « déferlante » (l.

5) qui emporte tout l'être: « ça vous prend » (l.

1), qui « submerge » même sans que nous le voulions (« on n'avait aucune envie » 1.

3).

Ellesymbolise l'enfance « âcre et sucrée » (l.

6) et fait naître (avec peut-être un jeu volontaire sur les mots) un «vague à l'âme » (l.

4) qui invite l'être à se laisser emporter par ce véritable raz de marée qui survient alors qu'on nes'y attendait pas. Pour Philippe Delerm, l'odeur des pommes a de nombreux pouvoirs.

En premier lieu, elle domine tout l'être, elle dirigeses sensations et ses pensées.

Elle s'empare immédiatement de celui qui la sent.

Elle ne laisse aucune échappatoireà sa « victime » ; « ça vous prend », « rien à faire » (l.

4).

Elle supprime toute envie préalable, elle détourneégalement le narrateur de sa première envie.

Il allait à la cave chercher des pommes pour les consommer, il n'ysonge plus : « on n'a pas envie de les manger » (l.

9), « rien ne se passerait à mordre une chair blanche » (l.

20) ; ils'agit même d'oublier ce désir : « surtout ne pas transformer en goût identifiable ce pouvoir flottant de l'odeur » (l.9-10).

Le narrateur pénètre, grâce à ce parfum, dans un autre univers, un « au-delà » (l.

11) ; il lui ouvre les portesnon d'un univers parallèle, mais de son passé (un monde « intérieur » (l.

11), d'une saison et une époque de sa vieoubliées « l'automne de l'école » (l.

10-11).

Il le pousse alors à s'interroger (« Dire que...

? » « Comment avait-onpu...

? » (l.

10 et 5).

Les infinitifs du second paragraphe révèlent les hésitations préalables du narrateur, il découvrepeu à peu qu'il est manipulé par cette odeur, qu'elle le gouverne, que ses paroles (« dire ») ou ses désirs (lesmanger) ne peuvent suffire, qu'il lui faut poursuivre cette sensation, même si elle est « douloureuse » (l.

22).

Lespoints de suspension (lignes 11 et 14) montrent qu'il analyse ses impressions, qu'il en découvre la valeur lentement,l'odeur ressuscite le passé, fait revivre l'enfant, le « meilleur soi » (l.

12), celui qui « méritait » (l.

22) de connaîtreune vie plus dense, une « lenteur » (l.

22) plus forte.

Le texte progresse grâce à une série de « mais » qui mettenten valeur les pouvoirs de cette odeur caractéristique : ligne 4, il montre qu'elle établit le contact avec le passé,celui de l'écolier ; lignes 7 et 10, la conjonction montre que ce parfum conduit le narrateur à un retour sur lui-même,à une réflexion que les derniers « mais » (lignes 15 et 17) élargiront en une méditation sur le temps et la vie.

L'odeurdes pommes ne fait donc pas seulement se souvenir du passé, elle le recrée, pousse à s'interroger sur soi, àremarquer une différence de qualité de son être : l'enfant était « meilleur », méritait davantage le bonheur peut-êtreque l'adulte.

Ainsi le narrateur découvre-t-il que la seule manière de s'ouvrir pleinement au monde serait de «devenir octobre, terre battue, voussure de la cave, pluie, attente » (l.

20-21).

Le verbe « falloir », l'identificationdésirée mais impossible avec une saison, des objets, concrets ou abstraits, montrent toute la puissance de l'odeur.Elle n'évoque pas seulement, elle ramène en arrière, replonge dans un passé réel et aisément discernable : lesindications spatiales sont précises : « derrière, devant » (l.

17-18), les sensations éprouvées sont diversifiées etvariées, associées au toucher, à la vue, au goût.

Liée à une circonstance précise : l'entrée dans la cave (ligne 1),elle évoque un décor (la pluie, octobre, la voussure de la cave, l'école, le papier et les signes à tracer dessus enpleins et en déliés), un comportement (la conservation des pommes sur des claies ou des cageots) (ligne 2), leurutilisation (les manger, la « soif » de leur acidité et de leur chair juteuse), un goût associé à la vie, « âcre et sucré» pour l'enfance, plus « acide » ensuite.

Cette odeur symbolise à elle seule toute une période de la vie, un être plus. »

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