Parcours associé : « Les jeux du cœur et de la parole » TEXTE 1 : Acte I, scène 2
Publié le 08/06/2026
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Objet d’étude 4 : Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle.
Œuvre intégrale : On ne badine pas avec l'amour, 1834.
Parcours associé : « Les jeux du cœur et de la parole »
TEXTE 1 : Acte I, scène 2
(Perdican entre d'un côté, Camille de l'autre).
LE BARON.
Bonjour, mes enfants ; bonjour, ma chère Camille, mon cher Perdican ! Embrassez-moi, et
embrassez-vous.
PERDICAN.
Bonjour, mon père, ma sœur bien-aimée ! Quel bonheur ! Que je suis heureux !
CAMILLE.
Mon père et mon cousin, je vous salue.
PERDICAN.
Comme te voilà grande, Camille ! Et belle comme le jour !
LE BARON.
Quand as-tu quitté Paris, Perdican ?
PERDICAN.
Mercredi, je crois, ou mardi.
Comme te voilà métamorphosée en femme ! Je suis donc un
homme, moi ? Il me semble que c'est hier que je t'ai vue pas plus haute que cela.
LE BARON.
Vous devez être fatigués ; la route est longue, et il fait chaud.
PERDICAN.
Oh ! Mon Dieu, non.
Regardez donc, mon père, comme Camille est jolie !
LE BARON.
Allons, Camille, embrasse ton cousin.
CAMILLE.
Excusez-moi.
LE BARON.
Un compliment vaut un baiser ; embrasse-la, Perdican.
PERDICAN.
Si ma cousine recule quand je lui tends la main, je vous dirai à mon tour : Excusez-moi ;
l'amour peut voler un baiser, mais non pas l'amitié.
CAMILLE.
L'amitié ni l'amour ne doivent recevoir que ce qu'ils peuvent rendre.
LE BARON, à maître Bridaine.
Voilà un commencement de mauvais augure, hé ?
MAÎTRE BRIDAINE, au baron.
Trop de pudeur est sans doute un défaut ; mais le mariage lève bien des scrupules.
LE BARON, à maître Bridaine.
Je suis choqué, - blessé.
- Cette réponse m'a déplu.
- Excusez-moi ! Avez-vous vu qu'elle a
fait mine de se signer ? - Venez ici que je vous parle.
- Cela m'est pénible au dernier point.
Ce moment, qui devait m'être si doux, est complètement gâté.
- Je suis vexé, piqué.
Diable ! Voilà qui est fort mauvais.
1
INTRODUCTION
Alfred de Musset est une figure de proue du romantisme français.
En 1834, il publie
On ne badine pas avec l’amour dans la Revue des deux Mondes.
Cette œuvre s'inscrit dans
l'esthétique du drame romantique et dans le genre du « spectacle dans un fauteuil ».
Marquée par les passions et les déceptions de Musset, notamment sa relation avec George
Sand, la pièce entremêle les registres comique et tragique pour explorer les tourments de
l'âme et les dangers de l'orgueil amoureux.
Le texte que nous étudions, extrait de la scène 2 de l'acte I, prolonge la scène d'exposition.
Il
met en scène le moment très attendu des retrouvailles entre Perdican, tout juste diplômé de
Paris, et sa cousine Camille, qui sort du couvent.
Le Baron, père de Perdican et oncle de
Camille, a orchestré cette rencontre avec le projet secret de les marier.
Je procède à la lecture du texte
Mon projet de lecture est : En quoi cette scène de retrouvailles, loin de sceller l'union
espérée par le Baron, expose-t-elle le conflit irréconciliable entre les deux protagonistes ?
Nous diviserons notre analyse en trois mouvements :
Mouvement 1 (de la didascalie initiale à "et belle comme le jour !") : Des
retrouvailles asymétriques entre enthousiasme et froideur.
Mouvement 2 (de "Quand as-tu quitté Paris..." à "ce qu'ils peuvent rendre.") :
L'affrontement des langages et le refus du badinage.
Mouvement 3 (de "Voilà un commencement..." à "fort mauvais.") : Le
désenchantement comique et pathétique du Baron.
Premier mouvement : Des retrouvailles asymétriques
L'action s'ouvre sur une didascalie de mise en place, « Perdican entre d'un côté,
Camille de l'autre », dont la symétrie spatiale souligne d'emblée la distance qui sépare les
personnages et préfigure leur face-à-face.
Le Baron, en patriarche enthousiaste, orchestre
l'accueil par des expressions hypocoristiques très affectueuses (« mes enfants », « ma chère
Camille », « mon cher Perdican ») et recourt à l'impératif présent (« Embrassez-moi, et
embrassez-vous ») pour forcer une fusion immédiate.
Si Perdican répond à cette chaleur par
un élan spontané et lyrique, marqué par des phrases nominales et exclamatives (« Quel
bonheur ! Que je suis heureux ! ») ainsi que par le pronom affectueux « ma sœur bien-aimée
», Camille oppose une froideur glaciale.
Sa réplique, une phrase simple et sèche (« Mon
père et mon cousin, je vous salue »), globalise les deux hommes sans individualiser
Perdican, et remplace l'embrassade attendue par un verbe d'action très formel qui instaure
une barrière aristocratique et religieuse.
Aveuglé par son émotion, Perdican ignore cette
distance et multiplie les exclamations admiratives (« Comme te voilà grande [...]
métamorphosée en femme ! »), soulignant la transformation physique de sa cousine.
Son
trouble est tel....
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