Marx et la colonisation
Publié le 04/09/2026
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Rémy Herrera : Marx et le colonialisme
Rémy Herrera commence par situer les écrits de Marx sur la colonisation.
C’est un thème qui
semble avoir été développé plus par sa postérité que par lui-même, il est donc légitime de se
demander quelles sources seront utilisées, dans quels contextes elles ont été écrites.
Ces écrits
sont éparpillés, il utilise des articles de presse, lettres, notes de lecture, des passages des
grands livres comme Le Capital.
Il entend la colonisation dans son sens moderne de conquête
militaire de territoires par les puissances européennes dans le but de dominer et d’exploiter
économiquement un peuple.
Le thème de la colonisation n’est pas anecdotique, bien que Marx
en parle peu, il permet une compréhension globale de sa pensée.
Selon lui, cette exploitation
économique est indispensable à la compréhension de la singularité du mode de production
capitaliste.
Pour comprendre ce qui permet à Marx d’en arriver à ce raisonnement, il faut le
situer en tant qu’héritier partiellement des Lumières mais surtout de Hegel.
Hegel affirme
dans Principes de la philosophie du droit que la société civile, pour sortir de ses
contradictions et de la violence qu’elle porte, cherche à sortir d’elle-même pour les
externaliser.
Comme Hegel, Marx fait le lien entre les violences au sein de l’Europe et ses
colonies.
Il écrit dans un contexte qui s’y prête particulièrement, celui du chauvinisme, des
idéologies racistes, des haines réactionnaires du XIXe siècle.
Dans la dialectique d’Hegel
comme de Marx, c’est une étape de l’histoire à part entière.
En d’autres termes, comme le
faisait Hegel avant lui, Marx considère que pour comprendre l’Europe, il faut comprendre son
mouvement colonial.
Dans un premier temps, Herrera expose une ambiguïté dans la pensée de Marx.
La
colonisation lui paraît être un processus obligatoirement violent mais il le décrit aussi comme
modernisant ses territoires colonisés.
Dans un second temps, il expose les continuités
importantes entre Marx et Hegel pour penser la colonisation, notamment pour défendre l’idée
que la colonisation est une étape historique transitoire vers la fin de l’histoire.
Dans un
troisième temps, l’écart que Marx prend avec Hegel sur la question de la particularité des
sociétés coloniales.
Pour dénoncer la violence coloniale, Marx dénonce d’abord les procédés en eux-mêmes et
l’hypocrisie qui suit leur application.
Selon lui, la violence n’est pas événementielle dans les
sociétés coloniales, elle en est la structure même.
Le pillage, la haine raciale, l’organisation de
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la famine et de la ségrégation sont les fondements inévitables de toutes les colonies.
Pour
prendre conscience de l’ampleur de ces violences, il faudrait dépasser les mensonges
systématiques défendus par les journaux et surtout quand ces derniers parlent des rébellions
dans les colonies.
Ces rébellions sont utilisées pour montrer que les colonisés sont des
sauvages en passant sous silence ce qui les amène à cette rébellion.
Cependant, il ne considère
pas que cette violence soit exclusive aux colonies.
Selon lui, elle est caractéristique de
l’accumulation du capital et se compare très bien à l’expropriation des paysans par la société
bourgeoise.
Dans les colonies, elle se manifeste de manière plus extrême mais le colonisé
comme l’exproprié sont tous deux rejetés à une condition inhumaine.
Comment parvient-il donc à concilier cette dénonciation de la violence la plus extrême
déployée par la société bourgeoise avec une première vision de la colonisation comme
modernisation ? Marx défend une idée de la colonisation comme civilisatrice et modernisante
dans un sens différent de celui des libéraux.
La bourgeoisie se décrit comme la civilisation.
Elle se construit sur la société du marché libre et plus généralement sur le libéralisme.
Avec le
libre marché et la division du travail, elle prétend permettre à tous de s’enrichir sans
problème.
Elle prétend permettre un modèle de vie où chacun puisse s’épanouir sans
problème.
Cependant, elle impose la propriété privée, ce qui lui assure d’avoir le monopole de
la propriété.
Selon Marx, un humain qui n’est propriétaire de rien est réduit à l’état d’animal,
on lui ôte son humanité.
La bourgeoisie finit par entraîner sa chute car en ayant le monopole
de la propriété privée, elle crée une classe de révolutionnaires, le prolétariat.
Avec la
révolution, celui-ci crée une société sans classe où chacun aurait accès à la propriété et donc à
son humanité.
C’est ce que Marx considère comme l’évolution historique à venir et comme la
fin de l’histoire.
Il explique donc que la caractéristique de la colonisation est d’étendre cette
prétendue civilisation aux territoires colonisés.
Cependant, en y transportant sa civilisation,
elle y transporte aussi ses contradictions et sa finalité.
Si on porte la société bourgeoise dans
les colonies, on y porte aussi la possibilité d’aboutir à une révolution.
La colonisation est donc
une agression injustifiable mais elle permet aux territoires visés de s’inclure dans l’évolution
historique de plusieurs étapes.
L’accumulation du capital par la bourgeoisie, la formation
d’une classe révolutionnaire et l’aboutissement à une société sans classe après la révolution.
Cela l’amène à une position ambiguë basée sur un stéréotype classique des Européens envers
le monde colonisé.
Il perçoit ces mondes comme similaires au Moyen Âge européen et la
colonisation comme la manière de les faire entrer dans la modernité.
Certes, les violences sont
condamnables mais pas le processus dans son ensemble.
Cette contradiction se retrouve dans
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la position qu’il tient sur l’agression des États-Unis envers le Mexique en 1848.
Certes,
l’agression est critiquée comme l’est habituellement la société bourgeoise et ses procédés
violents.
Mais la colonisation qui suit l’agression n’est pas remise en question et Marx comme
Engels y voient un espoir pour l’avenir.
Ils considèrent que les États-Unis pourraient devenir
le centre du système mondial bourgeois et jouer un rôle central dans son basculement vers la
révolution.
Pour Marx, la colonisation peut donc être perçue comme un processus d’une grande violence
mais qui permettrait une évolution positive pour les sociétés qui en sont frappées.
C’est en
quelque sorte un sacrifice à faire pour parvenir à la fin de l’histoire : la société sans classe.
Herrera montre par la suite que Marx suit en fait assez fidèlement Hegel pour construire ce
raisonnement.
Que ce soit dans les causes et les effets de la colonisation ou même dans son
processus concret.
Il part d’une description de l’externalisation des tensions de la société civile selon Hegel et la
compare au récit que Marx fait de la colonisation.
Hegel partait de l’idée que pour résoudre
ses contradictions internes, la société civile se projetait à l’extérieur mais ne faisait qu’y
transporter ses contradictions et les amplifier.
C’est pour éteindre l’esprit de révolte qu’on se
lance dans les colonisations.
L’objectif est d’éviter l’apparition d’une populace.
Pour cela, on
va chercher des matières premières et des débouchés dans d’autres pays.
Pour Marx aussi, les
colonisations sont légitimées par la tension permanente inhérente au capitalisme au sein des
sociétés européennes.
De par les améliorations technologiques, le temps de production est
réduit et le capital est à même de produire bien plus.
Le problème est que s’il y a trop de
produits sur le marché, la rareté s’amoindrit et le prix baisse.
Mais si le prix baisse, le prix du
travail chute, les licenciements sont massifs, la vie est rendue impossible et c’est la révolution,
c’est ce que Marx appelle une crise de surproduction.
Pour l’éviter, le capitaliste cherche alors
à s’étendre spatialement.
Le temps de production ayant été réduit, cela lui permet de créer un
marché mondial rentable.
Il étend son capital et ses revenus et il évite les crises de
surproduction qui engendrent les révoltes.
Avec la colonisation, le capitalisme est à même
d’écouler ses produits sur de nouveaux marchés et d’éviter la baisse de leur valeur car ils
gardent la rareté nécessaire pour se vendre correctement.
Seulement, tout comme Hegel, Marx
explique que les contradictions du capital sont transportées dans les colonies et y sont
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aggravées sans être résolues.
L’extension du marché par la colonisation est trop lente pour
permettre d’éviter longtemps les crises de surproduction.
Comme le capitalisme s’est étendu,
la production s’est intensifiée et la crise n’en sera que plus violente.
Comme pour Hegel, la
colonisation a pour effet d’extérioriser les tensions internes à l’Europe et de les rendre plus
violentes.
C’est une fausse solution et pour les deux auteurs, elles précèdent la période
suivante de l’histoire.
Pour Marx, c’est la révolution ouvrière mondiale suivie de la société
sans classe.
Herrera expose alors comment Marx s’appuie sur Hegel non seulement pour expliquer les
causes et les effets généraux de la colonisation mais aussi pour décrire son processus.
Il
reprend son concept d’Aufhebung pour le faire.
L’Aufhebung est un concept difficilement
traduisible en français.
Herrera propose de le traduire par : dépassement par suppressionconservation.
Pour l’illustrer, Marx prend l’exemple de l’Angleterre en Inde.
Les
colonisateurs s’y fixent deux missions, détruire l’ancienne société et poser les bases d’une
régénération par une société nouvelle.
Par....
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