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Machiavel, Le Prince Chapitre 18 de « Rien n'est plus vrai qu'il est glorieux à un prince…dans le mal s'il le doit ».

Publié le 02/12/2021

Extrait du document

Ci-dessous un extrait traitant le sujet : Machiavel, Le Prince Chapitre 18 de « Rien n'est plus vrai qu'il est glorieux à un prince…dans le mal s'il le doit ».. Ce document contient 1 mots soit pages. Pour le télécharger en entier, envoyez-nous un de vos documents grâce à notre système gratuit d’échange de ressources numériques. Cette aide totalement rédigée en format PDF sera utile aux lycéens ou étudiants ayant un devoir à réaliser ou une leçon à approfondir en: Echange.


Texte étudié

 

Rien n’est plus vrai qu’il est glorieux à un prince de garder sa parole, de vivre dans l’intégrité et non dan l’astuce. Cependant, l’on a vue de nos jours que les princes qui se sont distingués le plus, n’ont pas été scrupuleux sur cet article, et qu’à force de fourberie, ils ont tourné les cerveaux des hommes à tel point qu’ils ont enfin pris le dessus sur ceux qui se fiaient à leur loyauté.

Mais il faut savoir qu’il y a deux manières de combattre les hommes : l’une est par la force et l’autre par les lois. Nous tenons la première des bêtes et la seconde d’hommes. Mais il  faut donc qu’un prince sache être homme et bête à propos. Cette leçon est donnée aux princes, d’une manière allégorique, par les écrivains de l’antiquité, lorsqu’ils nous content qu’Achille et quelques autres princes anciens furent nourris par le Centaure Chiron, qui les garda sous sa discipline : et cela pour signifier qu’ayant un précepteur demi-homme et demi-bete, il fallait que les Souverains apprissent à se servir à propos de l’un et de l’autre ; et qu’en séparant ces deux natures, il leur était impossible de subsister longtemps.

Donc, puisqu’un prince est obligé de savoir imiter les bêtes en temps et lieu, il doit surtout prendre pour modèles le Lion et le Renard : le Lion ne sait pas éviter les filets ; le Renard ne peut se défendre contre les Loups. Ceux qui se contentent d’être Lions, manquent d’intelligence.

Un prince donc, ne peut ni ne doit tenir sa parole que lorsqu’il le peut sans se faire de tort, et que les circonstances dans lesquelles il a contracté un engagement subsistent encore. Cependant, si le genre humain n’était point corrompu, ce précepte ne vaudrait rien ; mais comme les hommes sont des scélérats, et qu’ils vous manquent à tout moment de parole, vous n’êtes point obligé non plus de leur arder le votre ; et vous ne manquerez jamais d’occasions légitimes pour la rompre. Je pourrais rapporter ici mille exemples modernes de la perfidie des princes et montrer combien d’engagements et de traités ont été rompus par leu félonie. Le plus heureux est celui qui sait faire le Renard mieux que les autres. Mais il faut savoir se bien cacher et entendre l’art de dissimuler : car les hommes seront toujours assez simples et assez pressés par les besoins présents pour que celui qui veut tromper trouve toujours des dupes.

Je n’en veux point taire un exemple récent. Alexandre VI ne fit jamais rien d’autre que tromper les hommes, il n’avait jamais que cela dans l’esprit : et jamais il ne manqua d’occasions d’exercer ses perfidies.

Plus il employait de serments pour appuyer une chose, moins il l’observait. Cependant, il réussit toujours dans ces fourberies, parce qu’il connaissait parfaitement la faiblesse des hommes sur la crédulité.

Il n’est donc pas absolument nécessaire qu’un prince ait toutes les bonnes qualités dont nous avons parlé jusqu’ici ; mais il est nécessaire qu’il paraisse les avoir. Je dirai même que s’il les mettait en usage, elles lui nuiraient ; mais elles lui serviront, si on est seulement persuadé qu’il les a. Il est nécessaire de paraitre pitoyable, fidèle, doux, religieux et droit ; et il faut l’être en effet ; mais il faut rester assez maitre de soi pour se montrer tout différent si c’est nécessaire. Je suis persuadé qu’un prince, et surtout un prince nouveau, ne peut impunément exercer toutes les vertus, parce que l’intérêt de sa conservation l’oblige à agir contre l’humanité, la charité et la religion. Ainsi, il doit prendre le parti de s’accommoder aux vents et aux caprices de la fortune, de se maintenir dans le bien, s’il le peut, mais d’entrer dans le mal s’il le doit.

 

Introduction

 

Nous allons étudier un extrait tiré du chapitre 18 du « Prince « de Machiavel né en 1469 et mort en 1527. Il est l’auteur de deux grands ouvrages, « Le Prince « et le « Discours sur la première décade du tite live «. « Le Prince « fut écrit en 1513. C’est une réflexion sur l’acte fondateur d‘une société, ses contradictions et ses conditions de possibilité sous la forme d’un discours narratif. Pour répondre à la problématique : En quoi la nature humaine est-elle à l’origine de l’acte fondateur ? Nous étudierons dans un premier temps le réalisme machiavélien puis en second lieu, l’amoralisme du prince fondateur.

 

 

Plan:

 

   I- Le réalisme machiavélien 

 

              1° Etude empiriste de la condition humaine

Contrairement aux philosophes de l’antiquité, comme Platon qui avait instauré comme meilleur régime la cité des philosophes et avait fait d’une cité juste une cité respectueuse de la hiérarchie, Machiavel a une attitude empiriste. Il considère que l’on ne peut rien comprendre à la politique si l’on ne réfléchit pas sur la condition humaine. Le genre Humain est  perçu comme « corrompu «, les hommes sont qualifiés de « scélérats «, incapables de paroles.  L’homme ne manque jamais une occasion d’exercer ses perfidies, « ses fourberies «. L’exemple d’Alexandre VI nous le confirme. La condition humaine est telle qu’aucun prince et par conséquent aucun ordre politique ne peut être bon ou juste. Les hommes apparaissent comme ingrats, changeants, dissimulés. Qui conque veut fonder et lui donner des lois doit supposer d’avance les hommes méchants. Dire que les hommes sont naturellement méchants c’est dire qu’ils ne sont pas naturellement tournés vers la vie sociale et politique. Supposer les hommes sociables et bons par nature est œuvre d’imagination. Par conséquent, tout bien est nécessairement accompagné de mal. Dans toutes les actions des hommes, on trouve quelque mal intimement lié au bien. L’idée d’un régime bon est donc irréalisable.

 

              2° L’acte fondateur = Il faut substituer la nécessité à la nature.

Nous avons constaté que tout ordre politique voit coexister en lui le bien et le mal. Les hommes ne font le bien que s’ils y sont contraints car rien dans leur nature ne les oriente vers la vertu. Il faut « combattre les hommes «. C’est la nécessité. Cet extrait a pour objet la recherche de la nature des princes. Un certain type de prince est posé comme l’élément fondateur = celui qui invente un ordre politique nouveau. Il représente l’élément rationnel car il ne dépend pas d’une tradition. L’acte fondateur relève de la virtus des fondateurs (leurs armes et leurs talents). La fondation est la virtus propre au prince. La justice laisse la place à l’efficacité. La vertu à la virtus, apparait l’art de gouverner.

 

 

Transition : Le réalisme machiavélien nous amène à poser qu’il faut substituer la nécessité à la nature. Mais comment sortir de la nature et quels doivent être les talents et dispositions d’un bon prince ?

 

 

II- L’amoralisme du prince fondateur

 

              1°La virtus ou savoir pratiquer la bête et l’homme

Dès la ligne 5, Machiavel nous expose de façon antithétique les 2 moyens de gouverner « l’une par la force et l’autre par les lois. La première nous vient des bêtes et la seconde des hommes. Mais la solution choisie est intermédiaire. Le prince est hybride, mi-homme mi bête qui doit savoir s’exercer dans le bon moment. C’est donc moins l’action que l’opportunité d’agir qui fait le bon prince. C’est ici qu’intervient la notion grecque de Kai ros = le bon moment = une action réussie est celle qui est faite au bon moment.  « Il faut qu’un prince sache être homme et bête à propos «. C’est par cette antithèse qui est le prince est dans un premier temps défini.

Le prince doit donc être un modèle de savoir faire à l’image du lion pour la force et du renard pour l’intelligence et la ruse.  « Il doit prendre modèles le lion et le renard «. Il doit être lion pour éviter les filets et renard pour se défendre contre les loups.  Ainsi donc, le législateur prend le pouvoir. Il est l’élément rationnel. Il sait ce qui est bien pour le peuple. Il n’est pas tributaire d’un législateur divin mais d’un précepteur qui est le « Centaure Chiron «.  Cela illustre de façon allégorique la double nature. Mi homme, mi bête du prince. Le centaure Chiron est un être bestial et non supra-humain, il apparait comme le symbole mythologique de la nécessité. Nous comprenons ainsi qu’il est le monstre qui représente le thème de la nature sauvage et qu’il porte sur l’heureuse combinaison force + ruse, la première propre aux hommes et la seconde propre aux bêtes. Par conséquent, la virtus du prince consiste à savoir pratiquer la bête et l’homme.

 

              2° La force de persuasion

Le peuple s’efforce de réaliser l’ordre fondé par le prince qui est le garant de la communauté et du bien commun. Mais qui éduque l’éducateur c’est-à-dire le prince ? Il est son propre législateur, c’est d’ailleurs le sens de l’immoralisme machiavélien car comme le peuple est inconstant, il est donc aisé de le persuader mais difficile de le garder dans cette persuasion. Il est malléable donc, la force ne suffit pas, le maniement des forces doit être corrélatif à la manipulation des hommes, « si le genre humain n’était pas corrompu, ce précepte ne vaudrait rien «.  Le prince doit pratiquer l’art de dissimuler.  L’exemple d’Alexandre VI le confirme. C’est la dialectique de l’être et du paraître qui évalue la force de persuasion du prince. Elle doit être mesurée. Il faut donner l’illusion des facultés.  Il en va se l’intérêt de sa conservation. La plus grande faculté du prince est de savoir s’adapter sans cesse aux mouvements incessants vers le bien et le mal de la nature humaine c’est pourquoi le prince doit se maintenir dans le bien s’il le peut mais entrer dans le mal s’il le doit. Le but est de substituer la nécessité à la nature c’est pourquoi gouverner est une lutte constante contre la nature humaine

 

              3° Sortir de la nature par la nature

Nous avons vu que la nature humaine justifiait ka nécessité au risque de sombrer dans un état de guerre. Comment instaurer cette nécessité ? Par les qualités comme la sagesse, l’habilité, la ruse. Il faut donc sortir de la nature par la nature. Seuls les princes sont capables de développer au maximum leur nature d’homme. Le prince représente donc la nature humaine en acte. Si le prince était moral, il contredirait la condition humaine or l’homme n’est pas naturellement incliné à la vertu. L’immortalité du prince est donc la condition de possibilité de toute moralité. Une fois l‘ordre fondé s’instaure une série d’obligations vis-à-vis de cet ordre qui sont telles qu’elles n’admettent aucune exception sauf un autre acte fondateur ou révolutionnaire. La révolution prouve que les hommes sont éducables. Chaque homme demeure en possession de son droit de nature et l’unité de l’état est sans cesse menacée par les droits de chacun. Il faut donc maîtriser la nécessité.

 

 

Conclusion

 

L’originalité de la théorie machiavélienne de la souveraineté réside dans le fait qu’elle se démarque des théories politique qui plaçaient le fondement de la souveraineté dans la raison (Platon). Machiavel l’élabore autour de la nature humaine. Contrairement à Rousseau, il n’estime pas que l’homme est bon naturellement et que la société qui le corrompt. Ainsi, l’acte fondateur consiste à substituer la nécessité à la nature. La liberté ne réalise que dans la lutte contre cette nature.

On peut se demander si le machiavélisme n’est pas une qualité inhérente à l’art de gouverner.

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