le travail
Publié le 29/05/2026
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«
Le travail
Le travail est un objet de réflexion privilégié pour les économistes et les sociologues.
Ils le
placent au cœur de leurs réflexions parce qu’il est créateur de richesses, s’interrogent sur son
organisation, ses fonctions sociales, les rapports sociaux qui s’y nouent etc… En philosophie,
il s’agit d’interroger le sens de cette activité : Qu’est-ce qui se joue pour l’homme dans le
travail ? Quelle est sa place parmi les autres activités humaines ? Par le travail l’homme se
réalise-t-il ou bien au contraire est-il aliénant ? Est-il une des plus hautes expressions de notre
humanité ou est-il la marque de notre dépendance relativement à la nature ?
Nous allons examiner ces questions en nous référant à la tradition philosophique.
Nous
allons voir en particulier comment depuis l’Antiquité, dans notre culture, la vision de cette
notion a évolué.
Si aujourd’hui nous vivons une époque dans laquelle le travail est une valeur
centrale, cela n’a pas toujours été le cas, loin de là.
Certains auteurs contemporains d’ailleurs
nous invitent à « désenchanter » ce concept, à lui donner moins d’importance.
I – Le mot « travail »
Comme toutes les notions complexes, il n’est pas possible de donner une définition du
travail qui soit indépendante d’une philosophie, c’est-à-dire d’une conception particulière de
cette activité dans le cadre d’une vision plus générale de l’homme, de son rapport à la nature,
d’une conception de la place des différentes activités humaines les unes relativement aux
autres.
On peut s’interroger sur l’extension de cette notion dans le langage courant.
Ainsi, si
l’on considère le travail comme un effort produit en vue d’une fin, on peut dire que l’enfant
à l’école travaille, que la personne qui jardine travaille etc… En ce sens, on distingue le
travail du jeu ou du loisir qui sont des activités libres (idée d’absence de contraintes naturelles
ou sociales) et qui ont leur finalité en elles-mêmes et non dans un résultat extérieur.
Si l’on
adopte un point de vue plus économique ou social on avancera les critères de la productivité
économique ou de l’utilité sociale : le travail sera une activité rémunérée productrice de
biens ou de services.
On peut encore concevoir essentiellement le travail comme une activité
qui se passe entre l’homme et la nature et le définir comme l’action par laquelle il agit et
transforme la nature en vue de satisfaire ses besoins.
Cette question du rapport de l’homme à la nature à travers le travail est au cœur de la
réflexion de deux auteurs qui développent deux thèses bien différentes (ce qui illustre ce je
disais plus haut de l’impossibilité de donner UNE définition de cette notion), à savoir Marx et
Hannah Arendt.
1°) Marx définit ainsi le travail comme une activité spécifiquement humaine, consciente
et volontaire par laquelle non seulement il agit sur la nature pour satisfaire ses besoins, mais
grâce à laquelle il « modifie sa propre nature », autrement il se réalise en tant qu’homme :
Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature.
L’homme y
joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle.
Les forces dont son
corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement, afin de s’assimiler des
matières en leur donnant une forme utile à sa vie.
En même temps qu’il agit par ce
mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les
facultés qui y sommeillent.
Nous ne nous arrêterons pas à cet état primordial du travail, où il
n’a pas encore dépouillé son mode purement instinctif.
Notre point de départ, c’est le travail
sous une forme qui appartient exclusivement à l’homme.
Une araignée fait des opérations qui
ressemblent à celles du tisserand, et l’abeille confond par l’habileté de ses cellules de cire
l’habileté de plus d’un architecte.
Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte
de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire
dans la ruche.
Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l’imagination du
travailleur.
Le Capital, 1867.
2°) Pour Hannah Arendt au contraire, le travail manifeste notre soumission à la
nécessité, à la nature : « Le travail est l’activité qui correspond au processus biologique du
corps humain, dont la croissance spontanée, le métabolisme et éventuellement la corruption
sont liés aux productions élémentaires dont le travail nourrit ce processus vital ».
(Condition
de l’homme moderne)
II – La place et le rôle du travail parmi les activités humaines : perspective historique.
Le travail n’a pas toujours eu, idéologiquement, la place qu’il occupe aujourd’hui.
Selon
la philosophe contemporaine Dominique Méda, dans Le travail, une valeur en voie de
disparition, il n’a acquis cette valeur qu’il y a deux siècles.
Elle nous invite, dans ce livre, a
en faire la généalogie, à voir que nos catégories sont héritées, déterminées historiquement.
Selon elle, les sociétés industrielles ont développé des pensées de « légitimation » du travail.
Il serait le « propre de l’homme », permettrait la réalisation de notre humanité et serait au
fondement même du lien social.
Dans ce contexte, faire un détour par l’histoire, c’est
relativiser cette vision et donc se donner l’occasion, aujourd’hui, de penser autrement le
travail.
1°) L’antiquité
Comme le montre le texte qui suit d’Hannah Arendt, le travail chez les grecs n’est pas
une activité noble, réservé aux hommes.
Il est bien plutôt ce qui nous rattache à l’animalité et
dont on doit chercher à se libérer, si besoin est en le réservant à une certaine catégorie
d’ « hommes », dont on sacrifiera la liberté pour mieux l’assurer pour d’autres.
Ce qui
explique l’institution de l’esclavage.
Dire que le travail et l’artisanat étaient méprisés dans l’antiquité parce qu’ils étaient réservés aux
esclaves, c’est un préjugé des historiens modernes.
Les Anciens faisaient le raisonnement inverse : ils
jugeaient qu’il fallait avoir des esclaves à cause de la nature servile de toutes les occupations qui
pourvoyaient aux besoins de la vie.
C’est même par ces motifs que l’on défendait et justifiait
l’institution de l’esclavage.
Travailler, c’était l’asservissement à la nécessité, et cet asservissement
était inhérent aux conditions de la vie humaine.
Les hommes étant soumis aux nécessités de la vie ne
pouvaient se libérer qu’en dominant ceux qu’ils soumettaient de force à la nécessité.
La dégradation
de l’esclave était un coup du sort, un sort pire que la mort, car il provoquait une métamorphose qui
changeait l’homme en un être proche des animaux domestiques.
C’est pourquoi si le statut de
l’esclave se modifiait, par exemple par l’affranchissement, ou si un changement des conditions
politiques générales élevait certaines occupations au rang d’affaires publiques, la “nature” de
l’esclave changeait automatiquement.
L’institution de l’esclavage dans l’antiquité (...) fut une tentative pour éliminer des conditions de la
vie le travail.
Ce que les hommes partagent avec les autres animaux, on ne le considérait pas comme
humain.
C’était d’ailleurs aussi la raison de la théorie grecque, si mal comprise, de la nature non
humaine de l’esclave.
Aristote, qui exposa si explicitement cette théorie et qui, sur son lit de mort,
libéra ses esclaves, était sans doute moins inconséquent que les modernes ont tendance à le croire.
Il
ne niait pas que l’esclave fût capable d’être humain; il refusait de donner le nom d’ “hommes” aux
membres de l’espèce humaine tant qu’ils étaient totalement soumis à la nécessité.
H.Arendt, Condition de l’homme moderne.
L’homme libre, le citoyen, ne travaille pas, mais il se consacre à des activités libres
comme la contemplation (sciences ou philosophie) ou la politique.
2°) Le christianisme
La vision chrétienne du travail est d’abord en continuité de la vision grecque.
Ce passage
célèbre de la Genèse (III, 19), montre bien qu’il est conçu comme une malédiction.
Par cette
activité, l’homme assure sa survie, mais il n’est pas question d’une dimension créatrice ou
humanisante : « Le sol sera maudit à cause de toi.
C’est à force de peine que tu en tireras ta
nourriture tous les jours de ta vie, il te produira des épines et des ronces et tu mangeras
l’herbe des champs.
C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu
retournes dans la terre, d’où tu as été pris ; car tu es poussière et tu retourneras à la
poussière ».
Mais c’est aussi à l’intérieur du christianisme, si on en croit Max Weber dans L’éthique
protestante et l’esprit du capitalisme, que s’élabore une nouvelle conception de cette activité.
Le protestantisme va réinterpréter la place de l’homme dans la création, le rôle qu’il a à y
jouer.
Pendant sa vie terrestre, réévaluée, la créature doit poursuivre l’œuvre de Dieu.
L’éthique protestante a des affinités avec le capitalisme, dont elle a favorisé l’émergence.
Elle
commande de travailler, de chercher à cultiver ses talents, et en même temps elle interdit de
jouir des richesses ainsi produites.
Weber cite ainsi un extrait d’un sermon d’un pasteur : « Si Dieu vous désigne tel chemin....
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