le monde en 1968
Publié le 08/05/2026
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«
LE MONDE EN ÉBULLITION
Édition spéciale – Juin 1968
La contestation gagne la France : étudiants et ouvriers
paralysent le pays
Paris, mai 1968.
Depuis le printemps, la France traverse une crise sociale et politique d’une ampleur inédite,
dont l’origine remonte aux premières mobilisations étudiantes apparues à l’université de
Nanterre le 22 mars.
Les étudiants y dénoncent non seulement leurs conditions d’étude,
mais plus largement une société qu’ils jugent figée, autoritaire et inadaptée aux aspirations
de la jeunesse.
Le mouvement prend une dimension nationale au début du mois de mai.
Le 3 mai, la
fermeture de la Sorbonne et l’intervention des forces de l’ordre provoquent une vive émotion
dans le milieu étudiant.
Très rapidement, les manifestations se multiplient dans la capitale.
La nuit du 10 mai, qu'on appelle «nuit des barricades», marque un tournant décisif.
Dans le
Quartier latin, les étudiants érigent des barricades et affrontent violemment la police.
Les
rues sont jonchées de pavés, les voitures renversées témoignent de l’intensité des
affrontements.
Le bilan fait état de nombreux blessés.
Interrogé sur place, un étudiant de vingt ans déclare :
« Nous ne nous battons pas seulement pour l’université, mais pour changer la société.
Nous refusons un monde où nous n’avons pas notre place.
»
À partir du 14 mai, le mouvement s’étend aux ouvriers.
Les premières grèves éclatent dans
les usines, notamment dans le secteur automobile, avant de se généraliser à l’ensemble du
territoire.
Le pays se retrouve rapidement paralysé.
Les transports sont interrompus, les stations-service à sec, les entreprises fermées.
Le 25
mai, près de neuf millions de grévistes participent au mouvement, un chiffre sans précédent
dans l’histoire sociale française.
Le gouvernement du général Charles de Gaulle tente de rétablir la situation.
Les accords de
Grenelle, conclus le 27 mai, prévoient d’importantes avancées sociales, notamment une
hausse significative du salaire minimum et une amélioration des droits des travailleurs.
Cependant, ces mesures ne suffisent pas à calmer immédiatement la contestation.
Un ouvrier d’une usine occupée confie :
« Ce n’est pas seulement une question de salaire.
On veut être respectés, entendus,
considérés.
»
Le 29 mai, le chef de l’État quitte brièvement la France, suscitant inquiétude et
interrogations.
Le lendemain, il annonce la dissolution de l’Assemblée nationale, tandis
qu’une importante manifestation de soutien au pouvoir se tient à Paris.
Au début du mois de juin, la reprise du travail s’amorce progressivement.
Les élections
législatives confirment la majorité en place.
Toutefois, les événements de mai ont
profondément marqué la société française, révélant une fracture générationnelle et sociale
durable.
Une agitation étudiante à l’échelle européenne
Le mouvement de contestation qui secoue la France s’inscrit dans un phénomène plus large
touchant l’ensemble de l’Europe.
En Allemagne de l’Ouest, la mobilisation étudiante s’organise autour de la dénonciation de
l’autorité, du capitalisme et de l’influence américaine.
La figure de Rudi Dutschke s’impose
comme un symbole du mouvement.
Sa tentative d’assassinat en avril 1968 provoque une
onde de choc et déclenche des manifestations massives à travers le pays.
À Berlin, un étudiant rencontré lors d’un rassemblement déclare :
« Nous voulons une démocratie réelle, pas une société où tout est décidé sans nous.
»
En Italie, les universités sont occupées pendant plusieurs semaines.
Les étudiants y
dénoncent les inégalités du système éducatif et réclament des réformes structurelles.
Progressivement, le mouvement se rapproche des luttes ouvrières, donnant naissance à
une contestation sociale plus large.
Dans les pays d’Europe de l’Est, les revendications sont encore plus dangereuses.
En
Pologne, les manifestations étudiantes sont sévèrement réprimées par les autorités,
rappelant la fragilité de toute contestation dans les régimes communistes.
Partout, une même aspiration se fait entendre : celle d’une jeunesse désireuse de
transformer en profondeur les sociétés dans lesquelles elle vit.
La guerre du Vietnam au cœur d’une contestation
mondiale
Washington, 1968.
La guerre du Vietnam, engagée depuis plusieurs années, est devenue en 1968 un sujet
majeur de division au sein de la société américaine et au-delà.
L’offensive du Têt, lancée en janvier par les forces nord-vietnamiennes, a profondément
marqué les esprits.
Bien qu’elle ait été repoussée, elle a mis en évidence la capacité de
l’adversaire à mener des attaques d’envergure, contredisant les déclarations optimistes des
autorités américaines.
Dans les universités, la contestation s’intensifie.
Des milliers d’étudiants participent à des
manifestations, dénonçant une guerre qu’ils jugent injuste et inutile.
À New York, un étudiant explique :
« On nous demande de mourir pour une cause que nous ne....
»
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