Databac

HUME ou L'enquête sur la croyance par Jean-Michel Muglioni

Publié le 17/06/2020

Extrait du document

Ci-dessous un extrait traitant le sujet : HUME ou L'enquête sur la croyance par Jean-Michel Muglioni. Ce document contient 2523 mots soit 5 pages. Pour le télécharger en entier, envoyez-nous un de vos documents grâce à notre système gratuit d’échange de ressources numériques. Cette aide totalement rédigée en format pdf sera utile aux lycéens ou étudiants ayant un devoir à réaliser ou une leçon à approfondir en Philosophie.

« Hume déçoit celui qui, le prenant pour un sorcier, attend qu'il réponde par des croyances nouvelles aux questions que les hommes ont coutume de se poser. Mais quelle joie éprouve son lecteur s'il a compris que la philosophie ne prétend pas donner des opinions autorisées et ne cherche pas ce que les hommes croient en général ignorer, mais s'interroge, socratiquement, sur tout ce qu'ils croient savoir et qui pour eux « va de soi». Nus ne nous proposerons pas ici d'exposer les opinions de David Hume, puisqu'il eut les croyances communes aux hommes, mais de montrer l'esprit de ses enquêtes philosophiques qui ne portent pas sur les choses mais sur nos croyances, non pour les changer, mais pour comprendre comment il se fait que nous les ayons. Relations d'idées et faits Ainsi l'enquête ne veut pas, comme l'instruction d'un juge ou les recherches d'un historien, établir des faits ; elle cherche ce qui fait que nous croyons aux faits et quelles croyances présuppose l'établissement du moindre fait. Les propositions mathématiques peuvent être découvertes « par la seule opération de la pensée, sans dépendre en rien de ce qui existe dans l'univers. Même s'il n'y avait jamais eu de cercle ou de triangle dans la nature, les vérités démontrées par Euclide conserveraient pour toujours leur certitude et leur évidence ». Il faut donc distinguer les objets que la pensée découvre sans sortir d'elle-même, qui sont seulement des relations d'idées, et les faits que la pensée ne peut établir de la même manière : comment savons-nous que le pain est un aliment ou que le soleil se lèvera demain ? Fait et cause Il peut paraître étrange que pour parler d'un fait nous prenions avec Hume l'exemple d'un événement futur. Mais si nous sommes certains que le pain est un aliment, nous sommes assurés que si nous'le mangeons, il nous nourrira. Notre croyance présuppose ici que le futur ressemblera au passé et qu'une même cause doit produire les mêmes effets. C'est un fait que l'eau gèle par grand froid jusqu'à devenir aussi solide que la pierre : chacun entend par là qu'ayant vu la chose se produire il croit que le prochain grand froid produira le même effet. Il est donc remarquable comme notre croyance naturelle aux faits dépasse toujours l'évidence des sens et de notre mémoire. Nous ne cessons, quand nous nous référons à des faits (dont l'ensemble est notre expérience des choses et des hommes), de supposer entre eux des connexions telles qu'ils doivent se produire selon un ordre invariable, c'est-à-dire selon des lois causales. Causa sive ratio. A priori, a posteriori Or les cartésiens, avec la notion de cause, et les physiciens, découvrant des lois qu'ils considèrent comme des rapports nécessaires entre les phénomènes, prétendent trouver un ordre de la nature qui est raison ou qui du moins est objectif. Si l'expérience humaine n'est pas expérience ponctuelle de faits immédiats mais toujours mise en relation, ne retrouvons-nous pas la raison dans l'expérience? La formule cartésienne, causa sive ratio — la cause ou la raison —, signifie que la cause qui produit un effet est aussi la raison de cet effet, c'est-à-dire le principe de son explication rationnelle. Ainsi l'effet est déductible comme une conclusion qu'on peut tirer ou extraire de ses prémisses par analyse. C'est ce qu'on appelle en termes scolastiques une preuve a priori ratione : la preuve a priori de l'existence de Dieu déduit l'affirmation de l'existence par l'analyse du contenu de l'idée de Dieu. Au contraire la preuve a posteriori ratione remonte de l'idée de Dieu en nous à Dieu comme cause de cette idée (Descartes, Troisième Méditation) ou remonte du monde comme effet à Dieu comme à sa cause ou raison. A priori, on va de principe à conséquence, a posteriori, de la conséquence au principe. Ainsi, par l'analyse de l'idée de la cause, l'esprit déduit a priori, sans sortir de lui-même, l'idée de son effet, sans ajouter quoi que ce soit à l'idée de la cause. S'il ne fait qu'expliciter la première idée, sans penser quelque chose d'autre que ce qu'elle contient, le principe de non contradiction, en vertu duquel il est certain de ne pas admettre en conclusion quelque chose qui répugne à ce que contiennent les prémisses, confère à la déduction et à la liaison causale une nécessité : est nécessaire — au sens de nécessité rationnelle — ce qui ne peut pas ne pas être, ce dont le contraire implique contradiction. La méthode de Hume Pouvons-nous connaître a priori l'effet d'une chose quelconque par l'analyse de l'idée de cette chose, sans consulter l'expérience ? Telle est la question que pose Hume. Et pour que la réponse ne soit pas faussée, il faut que nous imaginions la situation, que nous n'avons jamais vécue, d'un homme qui se trouverait devant un objet dont il n'aurait jamais vu quel effet il en résulte et qui n'en aurait été informé par personne. La fiction philosophique d'un Adam, premier homme, conçu « avec l'entière perfection de ses facultés rationnelles » permet de savoir si, par ses seules forces, sans sortir de lui-même, l'esprit peut tirer de l'idée d'une chose quelconque l'idée de l'effet qu'elle produit, comme on tire a priori une conséquence d'un principe. Imaginons-nous donc le spectateur intelligent du spectacle entièrement nouveau pour nous d'une bille de billard en mouvement ; faisons comme si nous n'avions jamais assisté à une partie de billard ni à un quelconque phénomène de mouvement ou de choc analogue. L'enquête demande donc un effort de mise entre parenthèses radicale de notre expérience ordinaire et de notre vie d'homme. Elle suppose que nous retrouvions par le rigoureux exercice qu'est la philosophie le regard neuf ou la pensée originaire de l'esprit quand il est en face du monde avant que son expérience soit constituée. Il faut remonter à une origine dont nous n'avons pas le souvenir. ou plutôt que nous n'avons jamais connue, puisque toute connaissance et toute expérience en dépend. Un effet il 'est pas connu a priori Si nous n'avons jamais vu comment la seconde bille réagit au choc de la première, nous ne pouvons deviner son mouvement. pas plus que le roi de Siam ne pouvait croire que l'eau d'un lac, dans l'hiver écossais, se solidifie jusqu'à supporter un éléphant, ne l'ayant pu voir sous la latitude de ses Etats. Le roi de Siam est quasiment, par rapport à la congélation de l'eau, dans la situation philosophique requise pour définir notre vision naïve d'un tel phénomène. A priori, par analyse, par la raison seule, nous ne pouvons donc connaître le moindre effet : seule l'expérience peut nous montrer quel effet résulte d'une chose donnée. — Ainsi, l'expression a priori, dont nous avons vu le sens premier et son opposition à a posteriori, va maintenant, et pour la suite de l'histoire de la philosophie, s'opposer à « empiriquement » ; à partir de Kant, on dira « connaissance a posteriori » pour « connaissance empirique ». ...»

« HUME ou L'enq uête su r la cro yance p ar J ean - Miche l Mug lion i. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles