Explication linéaire : extrait des Lettres d’une Péruvienne, Françoise de Graffigny, 1752 Extrait : L’incipit du roman
Publié le 08/01/2026
Extrait du document
«
Objet d’étude : Le roman et le récit du moyen âge au XXIe siècle
Parcours : « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux »
Explication linéaire n°…..
: extrait des Lettres d’une Péruvienne, Françoise de Graffigny,
1752 Extrait : L’incipit du roman
Introduction : Dans cette lettre inaugurale faisant office d’incipit de son roman, les Lettres d'une
Péruvienne, (1752), Françoise de Graffigny organise la rencontre entre son héroïne Zilia et ses
lecteurs.
La jeune Péruvienne s’adresse à Aza dont elle est amoureuse et évoque l’expression de
ses sentiments.
Néanmoins, la tonalité tragique qui affleure dans cet extrait doit éveiller notre
vigilance ; les ombres qui s’étendent dans l’extrait nous renseignent sur la cruelle situation qui y est
décrite.
En effet, Zilia raconte la violence de l’assaut des Espagnols sur le Temple du Soleil, leurs
pillages mais aussi le massacre perpétré envers les Péruviens.
Afin d’éclairer les enjeux du texte à l’aune des objectifs de l’œuvre, nous nous demanderons
comment l’autrice utilise-t-elle la subjectivité de la narratrice pour dénoncer une tragédie collective.
LECTURE EXPRESSIVE
Pour mener à bien l’étude de cet extrait nous présenterons un découpage du texte en quatre
mouvements successifs :
•1
er
mouvement : Une confusion tragique (L.
1 à 5)
•2
mouvement : La description d’un massacre (L.
6 à 11)
• 3- mouvement : Un pillage déshonorant (L.
12 à 19)
• 4- mouvement : Une tentative de fuite avortée (L.
20 à 24)
ème
1 mouvement.
Une confusion tragique (L.1 à 5)
er
Le premier paragraphe prépare la mise en place d’un récit tragique.
« Je crus que le moment heureux était arrivé, et que les cent portes s’ouvraient pour laisser
un libre passage au soleil de mes jours ; je cachai précipitamment mes Quipos sous un pan de ma
robe, et je courus au-devant de tes pas.
Dans la première phrase de l’extrait, on remarque une périphrase, ainsi que l’emploi du passé
simple qui exprime une action achevée et qui permet de montrer l’erreur commise malgré elle par
Zilia.
C’est une remarque rétrospective d’une narratrice qui sait ce qui est arrivé au moment de
l’écriture.
Cela crée un effet d’attente et produit une montée en tension.
Cette périphrase insiste sur
la tension tragique qui oppose un bonheur attendu et la perte de son amant en ce jour funeste.
La métonymie « les cent portes », permet ensuite d’évoquer le Temple du Soleil.
Ce détail est un
moyen pour la narratrice d’ancrer son récit dans des effets de réalisme, d’inscrire du vrai dans son
histoire.
Un nouvelle périphrase « soleil de mes jours » offre à Zilia le moyen d’évoquer l’homme qu’elle
aime mais ce « soleil » fait également office de rappel au statut divin d’Aza puisqu’il est le fil du
Soleil.
La proposition coordonnée « et je courus au-devant de tes pas » présente une acmé qui produit une
ironie tragique : Zilia croit courir vers son bonheur alors qu’elle va au-devant du malheur.
L’exclamative « mais quel horrible spectacle s’offrit à mes yeux ! », introduite par la conjonction de
coordination « mais » faisant office d’opposition, dévoile à nouveau l’erreur commise par Zilia.
Les
adjectifs à connotation péjorative (« horrible », « affreux »), prédisent quant à eux des événements à
venir funestes.
Bilan du premier mouvement : l’amorce de la lettre met déjà en place les ingrédients d’une
tragédie à venir.
Le registre pathétique présent dans les propos de Zilia attirent la sympathie
du lecteur sur elle et met en place sa romance.
L’incipit, s’il nous divertit par son univers
exotique discret, n’annonce pas moins une terrible catastrophe en cours.
2- mouvement.
La description d’un massacre (L.
6 à 11)
r
Le deuxième mouvement du texte nous plonge dans l’horreur des actes commis par les Espagnols
contre le peuple Péruvien.
L’ensemble du paragraphe s’organise dans une énumération de
propositions participiales créant ainsi un rythme haletant et marqué par la déconstruction.
« Les pavés du Temple ensanglantés ; l’image du Soleil foulée aux pieds ; nos Vierges
éperdues, fuyant devant une troupe de soldats furieux qui massacraient tout ce qui s’opposait à
leur passage ; nos Mamas expirantes sous leurs coups, dont les habits brûlaient encore du feu de
leur tonnerre ; les gémissements de l’épouvante, les cris de la fureur répandant de toute part
l’horreur et l’effroi, m’ôtèrent jusqu’au sentiment de mon malheur.
»
On y perçoit l’amplitude des champs lexicaux.
Parmi eux, celui du massacre qui colore le texte de
tragique, mais aussi celui de la foi, soulignant le contraste entre l’horreur de la situation et son
décor sacré, enfin, celui de la peur, qui renforce le sentiment d’empathie du lecteur.
Du reste, cette
peur est rendue d’autant plus forte qu’elle recourt au sens de l’ouïe ; du vacarme provoqué par les
envahisseurs aux sons assourdis par leurs victimes innocentes.
Pour souligner davantage la sidération de ce massacre, la narratrice use de périphrases autant pour
désigner les Espagnols (« une troupe de soldats furieux qui massacraient tout ce qui s’opposait à
leur passage »), cherchant ainsi à mettre en relief leur inhumanité et l’aveuglement de leur violence
; que pour parvenir à décrire les détonations de leurs armes.
En effet, Zilia ne connait pas les objets
qu’elle évoque mais doit pourtant en rendre compte (« du feu de leur tonnerre »).
Bilan du deuxième mouvement : la scène d’horreur annoncée précédemment surgit
brusquement dans le déroulé de la lettre.
Zilia en rapporte les détails en conservant son
point de vue de victime innocente.
Cette innocence – à l’image de ses semblables – et
accentuée par la violence aussi brutale qu’absurde des Espagnols.
3 mouvement.
Un pillage déshonorant (L.
12 à 19)
er
Comme pour prolonger le climat de malheur qui s’abat sur son peuple, Zilia poursuit sa description
de l’assaut des Espagnols en se concentrant sur leurs actes de pillage.
« Revenue à moi-même, je me trouvai, (par un mouvement naturel et presque
involontaire) rangée derrière l’autel que je....
»
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