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Etude des figures de la tyrannie DSV

Publié le 08/06/2026

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« Étude transversale : Les figures de la tyrannie Dénoncer la tyrannie Pour analyser la « servitude », La Boétie propose une image critique de ceux qu’il nomme « tyrans », en en donnant de nombreux exemples emblématiques pour concrétiser sa dénonciation.

Après avoir étudié la façon dont ils accèdent au pouvoir, il en brosse ainsi un portrait sévère, avant de mettre en évidence les « outils » dont ils se servent pour asseoir et maintenir leur pouvoir sur le peuple réduit en esclavage. 1.Devenir "tyran" La naissance d'un "tyran" Avant de faire un portrait général du tyran, La Boétie distingue trois modes d’accès au pouvoir : « Il y a trois sortes de tyrans.

Les uns ont le royaume par élection du peuple, les autres par la force des armes, les autres par succession dynastique » Pour ceux qui ont conquis leur pouvoir « par le droit de la guerre », il est tout naturel qu’ils usent de leur force pour rendre esclaves les peuples conquis.

De même, pour ceux qui héritent de leur pouvoir, comme c’est le cas de nombreux monarques sous la Renaissance, il est aussi tout naturel qu’ils continuent à se comporter comme ceux auxquels ils succèdent : « ils disposent du royaume comme de leur héritage.

» L’auteur s’interroge alors sur la troisième catégorie, celui qui tient son pouvoir du peuple : en toute logique, ne devrait-il pas remercier ce peuple qui l’a choisi en adoptant un meilleur comportement envers lui ? Mais il n’en est rien, selon lui, car tout se passe comme si, étant moins assuré de son pouvoir, par crainte d’être renversé, il l’impose avec plus de violence encore : « ils surpassent en toutes sortes de vices, et même en cruautés, tous les autres tyrans. » Ainsi les trois comparaisons qui qualifient le peuple soulignent une même « servitude », qui l’animalise pour mieux le dominer : « Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d’esclaves qui leur appartient par nature.

» Le rôle des exemples La rhétorique traditionnelle accorde un double rôle essentiel à l’exemple dans une argumentation, une façon de permettre au lecteur de concrétiser la pensée philosophique, afin de considérer ce qui est proposé comme un modèle ou un repoussoir. Ainsi, La Boétie, qui est un humaniste de la Renaissance nourri des textes antiques, emprunte de nombreux exemples en priorité aux historiens, tels les Grecs Hérodote, Xénophon et Plutarque, ou les Romains, comme Salluste, Thucydide ou Suétone.

Il mentionne donc non seulement les tyrans qui ont soumis la Grèce, par exemple Alexandre, ou Pisistrate, le plus connu des « Trente tyrans » d’Athènes au pouvoir de 561 à 527 av.

J.-C., mais aussi ceux qui ont régné sur la colonie grecque de Syracuse, Denys l’Ancien ou Hiéron II. Il évoque aussi ceux qui ont asservi des pays plus éloignés (l’Assyrie ou l’Égypte), ou le peuple des Mèdes, mais il accorde une place plus importante au monde romain : depuis Sylla jusqu’à l’empereur Vespasien, tout en s’attachant plus longuement à ceux qui sont restés les symboles mêmes de la cruauté, comme Néron et Claude, laissant à son lecteur lettré d’identifier celui qui se cache derrière le discours direct rapporté, Caligula menaçant sa quatrième épouse Caesonia Milonia : « On connaît assez le mot de celui-là qui, voyant découverte la gorge de sa femme, de celle qu’il aimait le plus, sans laquelle il semblait qu’il ne pût vivre, lui adressa ce joli compliment : ‘‘ Ce beau cou sera coupé tout à l’heure, si je l’ordonne.’’ » En effet, La Boétie est particulièrement sévère envers les trois empereurs romains, notamment dans son portrait de Néron : « Je ne vois personne aujourd’hui qui, entendant parler de Néron, ne tremble au seul nom de ce vilain monstre, de cette sale peste du monde ».

Pour montrer que les tyrans exterminent même leurs proches, il rappelle également comment Néron « empoisonna lui-même » son épouse Poppée ou tua sa mère, Agrippine : « son fils, son nourrisson, celui-là qu’elle avait fait empereur de sa propre main, lui ôta la vie après l’avoir souvent maltraitée » Ces exemples soutiennent donc la dénonciation des abus et des horreurs de la tyrannie, que l’auteur s’emploie à démythifier alors même que les peuples ont souvent idolâtré ces puissants : « gouvernés par des tyrans, les Athéniens n’étaient supérieurs à la guerre à aucun des peuples qui habitaient autour d’eux ; affranchis des tyrans, ils passèrent de beaucoup au premier rang ». 2.Un portrait critique Le discours s’ouvre sur une affirmation du pouvoir absolu du tyran : « c’est un malheur extrême que d’être assujetti à un maître dont on ne peut jamais être assuré de la bonté, et qui a toujours le pouvoir d’être méchant quand il le voudra.

» Ainsi, que ce soit lors des portraits qui mettent en évidence les traits de caractère des tyrans ou dans les réflexions que développe l’auteur, deux aspects ressortent. L'immoralité Fondamentalement, le tyran se signale par son absence de toute morale, dont le premier signe est sa « luxure », la recherche sans limites des plaisirs sexuels, péché capital dans le catholicisme.

D’où un comportement dénoncé avec force : il a l’habitude de « se mignarder dans les délices et [de] se vautrer dans les sales plaisirs », avec des verbes péjoratifs, notamment le premier qui suggère des pratiques efféminées, voire des relations homosexuelles avec de jeunes garçons. C’est aussi ce qui explique la critique des hommes qui le servent, qualifiés de « maquereaux de ses voluptés ».

Le tyran ne recule donc devant aucune transgression de la morale, pratique tous les « vices », et n’hésite pas même devant le crime… Les abus Dans ces conditions, le tyran se livre à de nombreux abus pour exploiter son peuple asservi, ce que souligne la tonalité pathétique des questions rhétoriques, avec des termes et un rythme insistants : « Mais, ô grand Dieu, qu’est donc cela ? Comment appellerons-nous ce malheur ? Quel est ce vice, ce vice horrible, de voir un nombre infini d’hommes, non seulement obéir, mais servir, non pas être gouvernés, mais être tyrannisés, n’ayant ni biens, ni parents, ni enfants, ni leur vie même qui soient à eux ? » L’exemple de Sylla montre que le palais devient le lieu de tous les crimes, où « on emprisonnait les uns, on condamnait les autres : l’un était banni, l’autre étranglé », comparé à une « caverne de tyrannie » comme pour marquer le retour aux temps obscurs de la préhistoire.

Rien n’arrête donc les tyrans, dépourvus même de toute gratitude envers ceux qui les servent. 3.Les "outils de la tyrannie" Bien sûr, le tyran s’impose par la force, mais, comme le montraient déjà les conseils donnés par Machiavel au « Prince »1, les armes et les meurtres ne suffisent pas à asseoir son pouvoir : la première nécessité est, en réalité, d’« abêtir » le peuple puis de se trouver des « complices ». La censure La Boétie passe très rapidement sur un point essentiel.

Dans tout peuple, il existe des hommes éclairés « ayant l’entendement clair et l’esprit clairvoyant » : par « l’étude et le savoir », ils portent en leur mémoire la « liberté » et représentent donc un danger pour le tyran.

D’où sa volonté d’empêcher l’accès à la connaissance, illustrée par un exemple plus lointain que ce qui se passe alors dans le royaume de France, celui du « grand Turc » : il « s’est bien aperçu que les livres et la pensée donnent plus que toute autre chose aux hommes le sentiment de leur dignité et la haine de la tyrannie.

Je comprends que, dans son pays, il n’a guère de savants, ni n’en demande.

» 1 Le Prince est un traité politique écrit au début du XVIe siècle par Nicolas Machiavel, homme politique et écrivain florentin, qui montre comment devenir prince et le rester, analysant des exemples de l'histoire antique et de l'histoire italienne de l'époque. Les tyrans se méfient donc des intellectuels, et s’emploient à leur ôter tout pouvoir, « leur enlèvent toute liberté de faire, de parler et presque de penser », en les isolant, voire en les éliminant comme Néron l’a fait pour Sénèque.... »

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