EL n°1 : Extrait du Préambule de La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges
Publié le 11/05/2026
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EL n°1 : Extrait du Préambule de La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de
Gouges
Introduction
Alors que la Révolution française n’a apporté que peu de progrès pour les femmes, Olympe de Gouges, pionnière
emblématique de la lutte pour les droits des femmes, rédige en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la
citoyenne calquée sur la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclamée le 26 août 1789.
Dans le préambule, qui constitue une réécriture de l’ouverture de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen,
Olympe de Gouges s’adresse aux membres de l’Assemblée nationale et réaffirme la nécessaire égalité entre les sexes afin
que les droits des femmes qu’elle définit comme citoyennes soient respectés.
Ce texte s’inscrit donc parfaitement dans
notre parcours : « Ecrire et combattre pour l’égalité ».
Nous nous demanderons comment dans ce passage Olympe
de Gouges justifie l’importance d’une constitution affirmant l’égalité entre les hommes et les femmes.
Nous pouvons dégager les 3 mouvements suivants
Mouvement 1 : Un texte solennel et juridique adressé par les femmes à l’assemblée
(paratexte et première phrase)
Mouvement 2 : Exposé des causes et des buts de cette déclaration : « Considérant…
bonheur de tous »
Mouvement 3 : Une conclusion qui met en valeur les femmes « En conséquence…
citoyenne »
Mouvement 1 : Une introduction solennelle et juridique adressée par les femmes à
l’assemblée
Paratexte + phrase 1
a) Un texte juridique et solennel qui souligne l’urgence de la situation pour les
femmes :
a) Un paratexte qui donne un aspect très solennel, mais aussi très novateur :
Le paratexte (l.1 à 6 : titre, destinataire, section) sert ici à qualifier la nature juridique du
texte par le pastiche ( = oeuvre littéraire dans laquelle on imite le style d’une œuvre, d’un
auteur) du titre féminisé de la DDHC + critique de l’hypocrisie de la DDHC qui n’a accordé
aucun droit aux femmes.
La féminisation du terme « citoyen » dans le titre est un acte fort de revendication, car
en effet, à l’époque, les femmes n’ont aucun droit politique.
Le terme « citoyen » s’entend
donc uniquement au masculin.
Olympe de Gouges précise aussi son destinataire (« l’assemblée nationale » : rappelons
que les femmes n’y sont pas admises)), sa visée (texte qui doit être « décrét[é] lors des «
dernières séances »).
L’emploi du lexique juridique / législatif, qui se retrouve dans tout le
préambule, signale son ton et sa visée officiels et solennels.
On note l’insistance sur l’urgence de cette déclaration avec la formule infinitive +
adjectifs : « à décréter … dans ses dernières séances ou dans celle de la prochaine
législature ».
Il ne faut plus attendre !
Le texte s’applique ensuite à présenter par un « préambule » (> préambule :ce qui
marche avant) les grandes lignes directrices des articles : cela renvoie donc à une
démarche active et non seulement théorique.
b) Une requête immédiate pour la réhabilitation des femmes :
Le préambule s’ouvre sur une première phrase efficace qui constitue un appel à la constitution
d’une Assemblée nationale des femmes.
Mise en valeur du féminin dès le début avec l’énumération : féminisation de la DDHC qui
annonce dès le début le projet d’Olympe de Gouges : mettre en valeur celles qui avaient
été oubliées jusque là par la déclaration.
énumération de termes féminins pour désigner les femmes renvoyant à des liens
familiaux qui a plusieurs buts:
a) elle sert d’une part à mettre l’accent sur leur statut de dépendance actuelle
vis-à-vis des hommes (elles sont les « mères », les « filles », les « sœurs » d’un homme), mais
aussi de montrer que ce sont des êtres auxquels ils sont liés par le sang, qui leur ont donné la
vie ou l’ont reçue d’eux.
Manière de suggérer une grande proximité entre les deux sexes et de
capter la bienveillance des députés (captatio benevolentiae)…
b) d’autre part, à révéler leur poids numérique soulignent les liens qui les
unissent, la solidarité entre les femmes puisqu’elles sont d’emblée présentées comme une seule
et même famille (elles sont bien elles aussi les « représentantes de la nation » l.8)
c) enfin, à souligner, avec une légère ironie, la restriction de leur pouvoir à la sphère
domestique et familiale.
Terme de « nation » qui remplace dans la DDHC « le peuple français » : pour Olympe, la
nation est le fruit de l’union entre les deux sexes -> montrant que les hommes et les
femmes sont indissociables.
Ainsi en précisant que les femmes sont les représentantes de la nation, elle montre bien
que sans elles, il n’y a pas de nation possible, puisqu’elles en représentent la moitié.
L’énumération se clôt sur une apposition qui permet de glisser du biologique (lexique de la
famille) au politique et d’affirmer l’importance des femmes au sein de l’Etat.
Le verbe « demandent » qui est un présent d’actualité, indique, par ailleurs, la volonté de
voir mis en œuvre immédiatement et pleinement les principes de la Révolution.
De fait,
Olympe de Gouges aspire à une Révolution dans la Révolution afin que les femmes soient
libérées autant que les hommes de la tyrannie.
Les femmes réclament le droit de légiférer (en se constituant en « assemblée nationale
»), tout comme les hommes.
Elle demande ainsi l’égalité homme-femme.
Olympe de Gouges utilise donc un vocabulaire juridique : « représentantes de la nation ».
C’est bien la place de la femme en tant que citoyenne qu’elle entend définir.
Le préambule
acquiert ainsi une dimension officielle et sérieuse et dès la première phrase on comprend
que l’autrice entend se faire le porte-parole des femmes françaises, l’énumération
soulignant que ce sont les attentes et les désirs de la majorité des femmes qu’elle relaie
dans son texte .
Un texte de loi a une force particulière car il a une fonction performative c’est-à-dire qu’il
suffit d’écrire quelque chose pour que cette chose devienne une réalité ( exemple : il suffit
d’écrire dans la loi « qu’il est interdit » pour qu’il soit interdit).
Ainsi la parole fait acte.
Or, Olympe de Gouges n’est pas député donc son texte, même s’il reprend une forme
juridique, n’a pas de valeur juridique.
C’est pour cela que nous trouvons le verbe
« demande ».
Mais comme elle utilise une forme juridique, il suffit ici d’écrire
« demande » pour que les femmes demandent.
Ainsi, en utilisant la forme d’un texte de
loi, Olympe donne de la force à son discours et à ses revendications.
Sa demande en
parole devient, dans la réalité, un acte fort de revendication ( cf.
on voit bien ici le lien
entre «écrire et combattre »).
Bilan : A travers ce texte très solennel qui pastiche la DDHC, Olympe de Gouges
se fait le porte-parole des femmes en montrant qu’elles sont les grandes
oubliées de cette déclaration et qu’il est urgent de corriger cette injustice.
Mouvement 2 : Exposé des causes et des buts de cette déclaration : « Considérant…
bonheur de tous »
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Notons que la dimension argumentative et juridique du préambule est extrêmement
marquée dans cette seconde phrase très longue et très structurée grâce notamment au
lexique, à l’emploi de la locution conjonctive « afin que » ou encore au participe présent
« considérant que ».
Olympe de Gouges cherche à exposer clairement ses idées afin de
conférer plus d’efficacité à son texte, afin de parvenir à convaincre.
Rupture de ton entre le 1 er mouvement et le 2ème : on passe d’un ton solennel à une
tonalité très polémique et virulente avec la subordonnée circonstancielle de cause : «
Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules
causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements ».
Le but est aussi
de jouer sur les émotions pour persuader.
Avec le rythme ternaire très péjoratif : « l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la
femme », elle entend condamner avec violence le peu de considération que l’on a accordé
aux femmes jusqu’alors.
Elle dénonce ainsi l’hypocrisie de la DDHC qui défendait la notion
d’universalisme.
En effet, le mot « Homme » avec une majuscule dans la DDHC est censé
designer l’ensemble des êtres humains (homme et femme confondus).
Or, cet
universalisme n’est que de façade, car....
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