Crépuscule apollinaire
Publié le 09/03/2026
Extrait du document
«
Éléments pour l’introduction
Amorce et présentation de l’œuvre :
-
Recueil fondamental de la modernité poétique : initiateur d’une esthétique nouvelle,
Apollinaire s’inscrit dans la suite de Baudelaire, Rimbaud et Mallarmé : nouveaux sujets
poétiques (la modernité) et inspirations variées, formes neuves et expérimentales, vers
prosaïque/vers libre (« Zone »), absence de ponctuation (en fait supprimée sur les épreuves,
au dernier moment : « le rythme et la coupe des vers, voilà la véritable ponctuation et il n’en
est pas besoin d’autre.
»).
cf.
premier vers du poème liminaire (« Zone ») : « À la fin tu es las de ce monde ancien »
Présentation du poème :
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Poème dédié à Marie Laurencin (1883-1956), peintre, avec qui Apollinaire entretint une liaison
jusqu’en 1912.
Le recueil porte la marque des nombreuses ruptures amoureuses du
poète (forte tonalité élégiaque du recueil).
Inspiration germanique (qui lui vient d’un séjour en Rhénanie – cf.
« Mai », « Nuit Rhénane »,
poèmes qui convoquent un imaginaire occulte et mélancolique hérité du romantisme
allemand).
Le poète avait d’ailleurs initialement envisagé d’appeler le recueil « Le Vent du
Rhin ».
Thème des saltimbanques (cf.
« Les Saltimbanques » dans le même recueil), mais le titre
« Crépuscule » indique que ce n’est pas une scène de genre (il évoque l’indécision,
l’ambiguïté et conduit à envisager une interprétation symbolique).
Motif de la marginalité et de l’exclusion, qui sont aussi des épreuves du poète, à la fois
mystérieux et attirant.
Destruction de la narration, pour favoriser l’image et la figure
Poème énigmatique, sinon hermétique : « Le mystère, dans la poésie, n’est peut-être pas
moins légitime que la clarté » [Il faut souligner le « peut-être » !]
Problématique (enjeu de l’explication) :
En quoi cette vision onirique permet-elle de dire la fragilité dérisoire du poème comme quête
d’absolu contre la mort et la disparation ?
Annonce des mouvements :
- Strophe 1 : Un décor marqué par la mort (la Terre)
- Strophe 2 : Un idéal indistinct (Le Ciel)
- Strophe 3 : De mystérieux initiés (Les Spectateurs)
- Strophe 4 : Un tour ambivalent : échec et succès (Le Poète)
- Strophe 5 : Des figures énigmatiques à travers lesquelles le sens se perd.
LE TITRE évoque la dualité et la confusion : la nuit se mêle au jour mais
Victoire de la nuit (≠ aube, porteuse d’espoir) pour exprimer la fin de quelque chose (relation
avec Marie Laurencin ?)
Première strophe : un décor marqué par la mort (la Terre)
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« Frôlée par les ombres des morts / L’arlequine … » (v.
1-2)
« Frôlée » (v.1) : le mot initial évoque déjà d’une action manquée, inaboutie : le toucher
impossible d’une réalité qui s’échappe :
Hésitation et indistinction pour mettre le poème sous le signe du « presque » (cf.
titre) : la
dimension fantomatique de la passion entre le poète et la femme aimée (les deux
protagonistes du poème) ?
[Ce simple mot semble même composer un « Noli me tangere » inversé : non pas signe de
résurrection, mais de disparition]
Le champ lexical de la mort est omniprésent dans ce premier quatrain : « ombres », « morts »
(v.1),
« ombre » (v.
1) a le sens de « fantôme » et désigne notamment la réalité atténuée des morts
aux enfers mythologiques,
« s’exténue » (v.2) : personnification du jour qui finit + « sur l’herbe » qui suggère
l’horizontalité du mort allongé,
« étang » (v.3) (= eau morte) et « corps » (v.3), qui peut renvoyer au cadavre.
Les temps employés sont ceux du présent (ind.
présent & passé composé) : « s’exténue »,
« s’est mise », « mire » : présent de caractérisation plutôt que de narration (peu d’action et
d’événements narratifs), le cadre spatio-temporel général est très confus :
description d’une vision plutôt que relation d’un événement.
La scène s’inscrit dans une atmosphère fantasmagorique, hallucinatoire, qui annonce la
dimension onirique et donc symbolique du poème,
« L’arlequine » (v.3) : figure mystérieuse, associée à l’arlequin qui apparaîtra plus tard,
[allusion à l’arcane XVII du tarot, l’étoile, qui représente une jeune femme nue versant de l’eau
dans un étang.
Ce symbole ésotérique lié à la nature, à la femme, à la vie a inspiré Nerval et
plus tard, André Breton]
« mise à nu » (v.3) contradiction sous-jacente puisque arlequin(e) est défini(e) par son
costume + « mire » (v.4) : dimension esthétique et érotique mais sévèrement rabattue par le
motif de la mort (cf.
supra)
regard détourné (cf.
Narcisse) de l’objet aimé (le poète)
Le reflet dans l’étang (eau morte) fait surgir un double de la femme, une image souterraine et
immatérielle (comme les « ombres des morts ») qui suggère sa disparition symbolique.
Dualité du poème, dont les différents motifs sont toujours construits sur une opposition.
Figuration d’une passion révolue, qui se meurt.
Deuxième strophe : un idéal indistinct (le Ciel)
•
Structure qui se répète strophe 2, 3, 4 : un verbe d’action au présent dans la première partie
du v.
2 : rythme figé, qui rend la scène statique, et accentue la dimension descriptive du
poème.
Le poète en privilégiant la figure, chargée symboliquement, semble rendre compte d’une
vision (dimension spirituelle, mystérieuse) au détriment du récit (construction artificielle et
consciente).
•
« crépusculaire » (v.5), « le ciel » (v.7), « constellé » (v.7), « astres » (v.8) : le champ lexical du
ciel introduit une verticalité, tranchant avec l’horizontalité de la strophe précédente, et qui
représente la transcendance recherchée par le poète (cf.
Baudelaire, et infra).
- « constellé » (v.7), « astres » (v.8) : l’étoile est un motif récurrent chez Apollinaire pour
représenter la parole du poète (cf.
« Tous les mots que j’avais à dire se sont changés en étoile »
dans « Fiançailles ») ;
Recherche d’une vérité inaccessible, supra-humaine : la poésie est une quête de sens, à la fois
sublime et fragile.
•
Mais « charlatan » (v.5), « vante » (v.6), « on » (v.6), pr.
indéfini + « va faire » (v.6) (futur
proche et verbe général au sens affaibli) donnent un ton évasif qui atténue considérablement
la portée spectaculaire de ce qui va être représenté,
- « sans teinte » (v.3), « pâle » (v.4) : atténuation des couleurs + « comme du lait » (v.8) :
comparaison qui ramène à la matérialité, dans une opacité mystérieuse cachant ce qui devrait
être révélé, élément concret qui s’oppose à la transparence recherchée :
La recherche d’absolu est donc oblitérée, masquée, empêchée ;
+ « crépusculaire » (v.5) : hypallage qui suggère le déclin du charlatan, l’épuisement de sa
vigueur et donc renforce l’impression d’inefficacité (≠ futur proche qui annonce un
événement : « on va faire »).
Confusion du protagoniste et du décor : personnages et éléments du décor se mêlent, se
fondent en une indistinction qui suggère encore une fois la dimension onirique de la scène et
la recherche esthétique d’une impression plutôt que d’un sens précis logiquement construit.
Avant de commencer, le spectacle est déjà presque un échec : seulement capable d’exercer
une fascination dérisoire.
Troisième strophe : De mystérieux initiés (les Spectateurs)
•
-
« Sur les tréteaux l’arlequin blême … » (v.
9) : apparition de l’arlequin, qui figure le poète.
« sur les tréteaux » : élévation symbolique du personnage, inscrit dans une dimension
verticale, au dessus des spectateurs ;
- l’article défini « l’arlequin » (≠ « un charlatan ») particularise....
»
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