Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val » (1870) - (lecture analytique)
Publié le 18/01/2021
Extrait du document
«
- Les figures de style : il convient de repérer la personnification du paysage et la réification1
de l'humain à l'œuvre dans le poème.
En effet, la rivière « chante » et accroche « follement ».
Sans compter l'injonction à la nature du vers 11, « Nature, berce-le chaudement : il a froid ».
En
revanche, le soldat semble inerte, comme une chose qui aurait perdu ses traits humains.
De
même, les oxymores
annoncent la double lecture du poème et renforcent l'intensité de l'image poétique ainsi créée
par l'alliance de deux contraires,
« haillons d'argent » (v.
3-4), « la montagne fière » (v.
4), « le cresson bleu
» (v.
6).
On pourra être sensible également aux nombreuses métaphores qui révèlent la
richesse sémantique des
1.
Réification: procédé qui consiste à prêter à un être animé des traits d'objets inanimés (de res,
chose en latin).
mots et leur polysémie.
Ainsi, le « trou de verdure » du vers 1 qui est censé désigner
l'endroit paisible où dort le personnage fait écho aux « deux trous rouges » du dernier vers,
mais il ne s'agit plus de la même signification.
Les informations données par la question sur le texte
La question incite le candidat à repérer une opposition entre le titre du sonnet, « Le Dormeur du
val », et sa suite perçue comme une orchestration tragique.
Il faut d'abord déterminer quelle est
la nature de cette opposition, comment elle est créée.
On peut se demander ensuite quel sens
donner à ce détournement des attentes du lecteur.
On repérera donc :
- Le titre du sonnet: « Le Dormeur du val » s'annonce comme un titre bucolique, qui laisse
penser que le poème sera lyrique et champêtre.
En effet, il fait clairement allusion à
la poésie romantique, et l'on pense au « Booz endormi » de Victor Hugo.
Plusieurs indices
montrent dans le texte que le soldat dort : « sa bouche ouverte » (v .
5) laisse penser qu'il a
le sommeil heureux de quelqu'un qui rêve.
Le verbe « dort » est repris en anaphore à trois
reprises.
De plus, le val, qui désigne une vallée très large,
• « mousse de rayons » (v .
4).
Cette métaphore connote des jeux de lumière, une euphorie de
la plénitude, propre à une poésie bucolique.
Pourtant, dans le cadre de l'étude d'un sonnet, il
faut être attentif au dernier vers, qui constitue une chute.
Le dernier vers, ici, éclaire
particulièrement sur la signification véritable du poème : « Tranquille.
Il a deux trous
rouges au côté droit.
» En réalité, ce dormeur est mort, et l'on comprend que la description est
en réalité celle du cadavre d'un soldat mort à la guerre.
Rimbaud ménage un effet de
suspens qui correspond à une orchestration tragique du poème.
- La mise en scène dramatique : elle est créée par la superposition de deux niveaux de lecture :
une première interprétation peut se faire au premier degré, et faire du poème un tableau empli
de connotations sensorielles qui expriment la simplicité et la beauté
de la nature.
Mais une deuxième interprétation est suggérée rétrospectivement, où chaque
détail devient inquiétant et annonce la mort du soldat.
Toute la force et le mystère du
sonnet proviennent de cette tension entre suspens et dévoilement.
Les limites imposées par la question
L'écueil majeur serait de réciter l'histoire du sonnet, sa fonction et ses enjeux, à la
lumière des autres textes de la séquence étudiée.
Certes, il est important de retenir que
Rimbaud joue avec les codes traditionnels du sonnet pour exprimer la modernité de sa langue
poétique, mais il ne faut pas perdre de vue l'analyse propre au poème : les entorses aux règles
poétiques participent de la mise en scène de l'horreur.
De plus, se pose avec ce sonnet le
problème de l'engagement du poète.
Rimbaud critique la guerre, mais le candidat ne doit
pas voir pour autant dans ce
poème l'expression d'un message idéologique qui en ferait un poète engagé.
1Comprendre et analyser le texte
Le candidat peut procéder à une analyse linéaire rapide au brouillon, qui l'aidera à
construire sa problématique :
Vers 1 : le verbe « chanter », métaphore expressive mais banale du murmure de l'eau, entre dans
le lexique « euphorique » aux côtés de« luit », « mousse », verbes qui associent les
sensations auditives, visuelles, tactiles avec ces connotations de légèreté, d'effervescence,
de gaieté innocente.
Le présentatif « c'est » fait entrer le lecteur de plain-pied dans la
scène, dont la vision nous est restituée de manière frontale.
D'emblée se mêlent des
éléments naturels qui entrent en correspondance par le biais du toucher O'eau de la rivière et
l'herbe, évoquée par la « verdure »), de l'ouïe Oe bruit de la rivière qui « chante »), et de la
vue, par la
couleur Oa « verdure »)..
»
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