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« La nature ne fait rien en vain », affirmait Aristote

Publié le 18/06/2026

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« LA NATURE : ENTRE ORDRE UNIVERSEL ET CONDITION HUMAINE Dissertation de philosophie — Plan détaillé avec arguments et citations Introduction « La nature ne fait rien en vain », affirmait Aristote.

Cette formule dit bien l'intuition première que la nature est un ordre, un cosmos régi par des lois immuables et finalisées, un tout harmonieux auquel l'homme appartient.

Pourtant, cette évidence se trouble dès que l'on y réfléchit : qu'est-ce que la nature, exactement ? Est-ce le monde physique tel qu'il existe indépendamment de l'homme ? La totalité des êtres vivants soumis à des lois biologiques ? Ou bien ce fond originel, sauvage et intact, que la civilisation ne cesse d'altérer ? Et l'homme lui-même : est-il un être naturel ou un être qui, précisément, se définit par sa capacité à s'arracher à la nature ? La notion de nature est ainsi l'une des plus riches et des plus ambiguës de toute la philosophie.

Elle renvoie à trois questions fondamentales : Qu'est-ce que la nature en ellemême ? Quelle est la place de l'homme dans la nature ? Et quel rapport l'homme doit-il entretenir avec elle ? Nous verrons d'abord que la nature désigne un ordre universel et finalisé auquel l'homme appartient.

Nous montrerons ensuite que l'homme se définit précisément par sa capacité à s'arracher à cet ordre naturel.

Enfin, nous examinerons la question cruciale de notre époque : quel rapport l'homme doit-il construire avec la nature à l'heure de la crise écologique ? I.

La nature comme ordre universel : un cosmos finalisé et harmonieux A.

La nature comme totalité ordonnée et finalisée Argument 1 — La nature est un ordre téléologique : tout y est orienté vers une fin. Pour Aristote, la nature n'est pas un chaos de phénomènes mais un ordre orienté vers des fins.

Chaque être naturel possède une nature propre — une essence — qui le pousse à se réaliser pleinement.

Le gland tend vers le chêne, l'enfant vers l'homme adulte.

Comprendre la nature, c'est comprendre ces finalités internes. « La nature ne fait rien en vain.

» — Aristote, De Caelo, IVe siècle av.

J.-C. Argument 2 — La nature comme ordre immuable régi par des lois universelles. La révolution scientifique du XVIIe siècle transforme radicalement la vision de la nature : elle n'est plus un organisme vivant et finalisé, mais une machine régie par des lois mathématiques universelles et nécessaires.

Descartes conçoit la nature comme une mécanique dont les rouages obéissent à des principes invariables que la raison peut découvrir. « Donnez-moi de la matière et du mouvement, et je ferai le monde.

» — René Descartes, Principes de la philosophie, 1644. Argument 3 — La nature comme Dieu ou substance unique : le spinozisme. Spinoza identifie la nature et Dieu dans une formule audacieuse : Deus sive Natura — Dieu c'est-à-dire la Nature.

Il n'y a qu'une seule substance infinie dont tout ce qui existe est une expression ou un mode.

La nature n'est pas une création extérieure à Dieu : elle est Dieu lui-même en tant qu'il se manifeste dans l'étendue et la pensée. « Dieu, c'est-à-dire la Nature.

» — Baruch Spinoza, Éthique, 1677. B.

L'homme comme être naturel parmi les autres Argument 1 — L'homme fait partie intégrante de la nature. Darwin a montré que l'homme n'est pas une exception dans le règne du vivant : il partage avec les autres animaux une histoire évolutive commune.

L'être humain est un primate parmi d'autres, soumis aux mêmes lois de la sélection naturelle.

Sa prétention à se situer en dehors ou au-dessus de la nature est une illusion. « L'homme descend d'une forme de vie moins hautement organisée.

» — Charles Darwin, La Filiation de l'homme, 1871. Argument 2 — Vivre selon la nature : l'idéal stoïcien. Les stoïciens font de la conformité à la nature le principe même de la sagesse et du bonheur.

La nature est raison universelle (le Logos) : l'homme sage est celui qui vit en accord avec l'ordre naturel des choses, sans résister à ce qui ne dépend pas de lui.

La vertu consiste à se conformer à sa propre nature d'être raisonnable. « Vis selon la nature.

» — Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, IIe siècle. Argument 3 — La nature humaine comme fondement de la morale. Certains philosophes, notamment dans la tradition du droit naturel, ont fondé la morale et le droit sur la nature humaine elle-même.

Ce qui est naturel à l'homme — sa sociabilité, sa raison, sa tendance à la conservation — fonde des droits et des devoirs universels, valables pour tous les hommes en tout temps. « Il existe une loi vraie, la droite raison, conforme à la nature, répandue dans tous les êtres, toujours cohérente avec elle-même.

» — Cicéron, De la République, Ier siècle av.

J.C. II.

L'homme, un être qui s'arrache à la nature : culture et liberté contre déterminisme A.

La culture comme dépassement de la nature : l'homme n'est pas un animal comme les autres Argument 1 — L'homme est un être de culture, non de nature. Rousseau établit une distinction fondamentale entre l'état de nature — état originel de l'homme solitaire, bon et sans passions — et l'état social, produit de la culture et de l'histoire.

Si la nature donne à l'homme ses penchants, c'est la société qui le transforme profondément, en bien comme en mal. « Tout est bien sortant des mains de l'Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l'homme.

» — Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation, 1762. Argument 2 — La perfectibilité : ce qui distingue l'homme de l'animal. Pour Rousseau, la différence essentielle entre l'homme et l'animal n'est pas la raison mais la perfectibilité : la capacité de se transformer, de s'améliorer ou de se dégrader, de sortir de son état originel.

L'animal est entièrement gouverné par l'instinct ; l'homme peut toujours se faire autre qu'il n'est. « La faculté de se perfectionner est la faculté qui distingue l'homme de la bête.

» — JeanJacques Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité, 1755. Argument 3 — Le travail comme humanisation : l'homme transforme la nature et se transforme lui-même. Pour Hegel, c'est par le travail que l'homme sort de la nature et accède à la culture.

En transformant le monde extérieur, il s'objective lui-même et prend conscience de sa propre puissance.

Le travail est l'acte fondateur de l'humanité : il arrache l'homme à l'immédiateté naturelle pour en faire un être historique. « Le travail est le moyen par lequel l'homme s'élève au-dessus de la nature.... »

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