orthodoxie
orthodoxie (gr. orthos, droit, juste, et doxa, opinion), une des grandes divisions du christianisme, dont les fidèles se situent plus particulièrement dans le Proche-Orient et en Europe orientale. Ceux-ci se disent orthodoxes (étymologiquement dans la ligne droite du dogme et de la tradition chrétienne) suivant la doctrine directement héritée des apôtres et des premiers Pères de l’Église. L’Église orthodoxe est dite aussi grecque en opposition à l’Église latine, catholique et romaine. Cette division est surtout un fait historique et linguistique plus qu’une différence dogmatique. Pour bien comprendre le fossé qui s’est lentement creusé entre les chrétiens orientaux et occidentaux, il faut remonter aux temps de la mission apostolique des disciples du Christ. Les premières communautés chrétiennes naquirent en Orient, et ainsi furent créés les patriarcats d’Antioche, de Jérusalem, d’Alexandrie, de Constantinople, etc. Le siège de l’évêque de Rome ne parut pas alors plus important que les autres, surtout lorsque l’empereur quitta Rome pour Constantinople, la nouvelle Rome en 330. La notion de chef suprême de la chrétienté ne s’était pas encore réellement affirmée, bien que saint Pierre fût mort à Rome. Le schisme s’affirma par cette reconnaissance d’universalité. Le caractère communautaire, cher aux Orientaux, préférait la notion plus familiale de patriarcat, La lutte contre les nombreuses hérésies, !es ouvrages dogmatiques des premiers Pères de l’Église tentèrent d’unir tous les chrétiens, dont le nombre grandissait après la fin des persécutions, non seulement dans le monde romain, mais aussi chez tous les peuples environnants considérés encore comme barbares. En Occident, le latin se substituait au grec ; les Pères de l’Église latine et les conciles, fixant la théologie, donnèrent une unité apparente au christianisme; mais la coupure de l’Empire romain en deux parties donna l’impression qu’un patriarcat nouveau s’établissait à l’instar de ceux d’Orient, sans prépondérance sur les autres : le fossé s’accentuait. Après le concile de Chalcédoine (451), il y eut des divergences entre les Églises d’Orient et d’Occident, et, après le concile de Nicée de 787, les Orientaux ne reconnurent plus l’œcuménisme des conciles. Ils refusèrent alors l’adjonction du filioque dans le Credo et n’acceptèrent pas le célibat pour les prêtres. Le conflit ne cessa de s’aggraver, malgré les nombreuses tentatives d’union, et la rupture fut définitive avec la bulle d’excommunication de 1054. Elle fut encore accentuée lorsque les croisés s’emparèrent de Constantinople, pillant les trésors de Byzance et donnant une image bien barbare des chrétiens d’Occident. Peu à peu en Orient se constituaient des Églises «autocéphales»; des controverses théologiques, des discussions politiques et des tentatives d’union des chrétiens devant l’islam conquérant marquent les derniers siècles du Moyen Age. Enfin, le concile de Florence (1439) rallia de nombreuses Églises orientales à l’Église catholique (v. uniates). Mais la prise de Constantinople en 1453 par les Turcs accrut les rancunes de l’Église grecque. Celle-ci, malgré le joug musulman, se maintint dans tous les pays balkaniques et au Proche-Orient jusqu’à nos jours, où, en de nombreux points, elle résiste, comme en Union soviétique, au fort courant antireligieux faisant figure de doctrine d’État. La doctrine de l’Église orthodoxe s’appuie sur la Bible et plus particulièrement sur les livres du Nouveau Testament, sur les sept premiers conciles et sur les ouvrages patristiques de saint Basile, de saint Grégoire de Nysse, de saint Grégoire de Nazianze et de saint Jean-Chrysostome. Les divergences avec l’Église catholique sont d’ordre liturgique : la messe y est toujours solennelle et moins fréquente, comporte l’épiclèse, et les Églises ont des dispositions différentes pour le culte. La décoration sculptée est interdite, laissant une grande place à la peinture et à la mosaïque; les instruments de musique sont prohibés, mais le chant joue un rôle important dans la participation des fidèles au culte. Ces divergences sont, pour la plupart, les mêmes que celles des uniates. L’aspect schismatique des Églises orthodoxes est surtout le refus de l’autorité du pape; elles forment une fédération d’Églises autocéphales où chacune garde sa propre langue et ses coutumes particulières. Suivant une ancienne tradition remontant à l'Empire romain d’Orient, le patriarche de Constantinople porte le titre honorifique de patriarche œcuménique. C’est lui qui, actuellement, reste le chef lointain des communautés orthodoxes d’Amérique. Il y a en France une Église orthodoxe indépendante, née en 1937, qui a une paroisse à Paris, dédiée à saint Irénée, et un Institut Saint-Denys, qui est un centre de diffusion et d’études. La divine liturgie est dite suivant le rite de saint Germain des Gaules. Il existe des paroisses dans la plupart des grandes villes de France.