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NORODOM SIHANOUK (1922-)

Roi (1941-1955) puis chef de l’État du Cambodge (1960-1970, 1975-1976, 1991-1993), à nouveau roi (1993-2004).

Né le 31 octobre 1922, fils de Norodom Suramarit et Sisowath Kossamak, le prince Norodom Sihanouk, choisi par les Français, succède à son grand-père maternel, le roi Monivong, en 1941, après avoir étudié à Phnom Penh, Saigon puis Saumur. Il obtient de la France la pleine souveraineté pour son pays en utilisant les seules armes de la négociation - sa « croisade pour l’indépendance » (1952-1953). En 1955, il rétrocède à son père les fonctions rituelles de la Couronne pour assumer pleinement ses fonctions exécutives. Il ne sera à nouveau chef de l’État qu’à la mort du roi en 1960. Le pouvoir s’organise autour de sa personne et du Sangkum Reastr Niyum (Communauté socialiste populaire), son instrument.

Il est destitué lors du coup d’État du 18 mars 1970 dirigé par le général Lon Nol (1913-1985) avec le soutien des États-Unis. Après plus de cinq ans d’exil à Pékin, où il préside nominalement le Gouvernement royal d’union nationale du Kampuchéa (GRUNK) dirigé par les Khmers rouges, il rentre à Phnom Penh peu après la victoire de ces derniers. Il est nommé président, sans pouvoir, du Kampuchéa démocratique, jusqu’en avril 1976, puis il vit en résidence surveillée jusqu’à l’intervention vietnamienne du 25 décembre 1978 qui chasse les Khmers rouges du pouvoir. Une fois encore, il trouve refuge à Pékin et à Pyongyang (Corée du Nord), et crée son parti, le Funcinpec (Front uni national pour un Cambodge indépendant, neutre, pacifique et coopératif), qu’il présidera jusqu’en 1989.

Il prend formellement, à partir de 1981, la direction du gouvernement de coalition du Kampuchéa démocratique, associant « sihanoukistes », anciens adversaires républicains (partisans de Son Sann) et Khmers rouges qui combattent, à partir de la frontière thaïlandaise, le régime mis en place par les Vietnamiens à Phnom Penh. Après les accords de Paris (23 octobre 1991) mettant fin au conflit cambodgien, il préside le Conseil national suprême (1991-1993), dépositaire de la souveraineté du Cambodge, et peut enfin revenir au pays le 14 novembre 1991. À l’issue des élections organisées en mai 1993 par l’Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge (Apronuc), le roi Norodom Sihanouk règne mais ne gouverne pas. C’est l’un de ses fils, le prince Ranariddh, et Hun Sen (1951-) qui assument conjointement les fonctions de Premier ministre jusqu’en 1997.

Soigné en Chine populaire, « Monseigneur Papa », comme on a pris l’habitude de l’appeler, a été marié à six reprises et cinq de ses quatorze enfants ont trouvé la mort pendant la période khmère rouge.

Norodom Sihanouk (né à Phnom Penh en 1922) ; roi du Cambodge [1941-1955].

Après des études à Saigon et en France, N. accède au trône en 1941. Il négocie l’indépendance (1949), combat les troupes viêt-minh infiltrées (1953) et obtient la reconnaissance internationale de la souveraineté cambodgienne (accords de Genève, 1954). En 1955, N. abdique et est élu triomphalement Premier ministre. Il lance alors le pays sur la voie d’un « socialisme bouddhique » et maintient la plus stricte neutralité sur le plan international. Mais en 1970, le général pro-américain Lon Nol réussit un coup d’Etat et entraîne le pays dans le conflit vietnamien. N. s’exile à Beijing (Pékin), s’allie à une guérilla maoïste, les Khmers rouges dirigés par Pol Pot, puis rompt avec eux. Mais ces derniers instaurent une dictature sanglante après la chute de Phnom Penh (1975), à laquelle met fin l’invasion vietnamienne (1978). Les diverses guérillas continuent de s’affronter entre elles et combattent les Vietnamiens. Aussi, par le traité de Paris (1991), l’ONU impose un gouvernement de transition et d’union (sauf les Khmers rouges, retournés au maquis) avec N. et Hun Sen à sa tête. L’ONU ne parvenant pas à empêcher l’affrontement des factions, des élections générales (mai 1993) sont la dernière chance de mettre fin à la guerre civile. Dans cette perspective, le prince âgé et malade, mais toujours charismatique, incarne le dernier espoir de réconciliation.

Bibliographie : S. Norodom, Prisonnier des Khmers rouges, 1986.




NORODOM SIHANOUK (Phnom Penh, 1922-). Roi (1941-1955), chef d'État du Cambodge (1960-1970) puis de nouveau roi depuis 1993. Après avoir étudié à Saigon et à Paris, le prince Norodom Sihanouk monta sur le trône après la mort de son grand-père Monivong (avril 1941). Peu compromis lors de la Seconde Guerre mondiale avec l'occupant japonais, le roi promulgua en mai 1947 une Constitution « démocratique et libérale ». Malgré l'autonomie du Cambodge accordée par la France au sein de l'Union française (janvier 1946), la métropole contrôlait toujours le pays comme un protectorat. Norodom Sihanouk, très populaire et profondément religieux, s'acharna durant trois ans à lutter pour l'indépendance totale qu'il obtint en 1953 tandis que, dans la même optique, il engageait l'armée khmère contre les bases Viêt-minh installées au Cambodge. Son succès amena un référendum triomphal (février 1955) et consacra son autorité. Cependant, il abdiqua en faveur de son père afin de se consacrer pleinement à l'action politique. Il constitua, après avoir unifié les factions khmères, un mouvement d'unité nationale, la Communauté socialiste populaire, qui obtint la totalité des sièges à l'Assemblée cambodgienne. Premier ministre et ministre des Affaires étrangères (1957), il engagea son pays dans la voie du neutralisme - refus de faire adhérer le Cambodge à l'OTASE (Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est) -, tout en acceptant l'aide américaine pour moderniser son pays. Après la mort de son père (avril 1960), Sihanouk abandonna le trône et devint le chef de l'État cambodgien. Il refusa de devenir le bouclier anticommuniste après l'engagement américain au Viêt-nam, demanda la fin de l'aide américaine et devint de plus en plus hostile aux États-Unis, attitude cautionnée par de Gaulle (discours de Phnom Penh, septembre 1966). Inquiet cependant des infiltrations communistes au Cambodge, Sihanouk fit appel au général Lon Nol, issu de la droite et proaméricain qui, bientôt, le renversa par un coup d'État (mars 1970). Réfugié à Pékin, il dirigea le FUNSK (Front uni national pour le salut du Kampuchéa) mais laissa la direction effective de la lutte contre Lon Nol aux Khmers rouges, prochinois, dont il ne put arrêter les massacres. Rentré au Cambodge après le départ de Lon Nol (1975), il fut écarté du pouvoir par les Khmers rouges. Hostile à l'intervention vietnamienne au Cambodge (1979), il constitua en Malaisie, avec d'autres nationalistes, un gouvernement de coalition antivietnamien (1982) et devint le porte-parole de l'indépendance cambodgienne. En 1989, un accord entre la Chine et le Viêt-nam fut signé sur le retrait définitif vietnamien sous contrôle international. Après l'accord de Paris (octobre 1991), Norodom Sihanouk présida le Conseil national suprême auquel participèrent les différentes composantes politiques cambodgiennes. Après l'adoption de la Constitution qui rétablit la monarchie parlementaire, il fut de nouveau roi du Cambodge.

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