NON-VIOLENCE GANDHIENNE
NON-VIOLENCE GANDHIENNE
Mohandas Karamchand Gandhi fait la synthèse d’influences occidentales - issues du Nouveau Testament (le Sermon sur la montagne), de Léon Tolstoï (1828-1910), de John Ruskin (1819-1900) ou de Henry Thoreau (1817-1862) - et d’autres influences proprement indiennes qui restent dominantes. Il appelle d’ailleurs cette technique « Ahimsa », littéralement « l’abstention de toute violence », le nom utilisé dans le bouddhisme et surtout le jaïnisme, une religion qui le marqua beaucoup pendant son enfance, pour désigner le respect absolu de toute créature vivante (ce qui va de pair avec un strict végétarisme).
andhi transforme cette démarche en technique politique alors qu’il fait ses premières armes de combattant de la liberté en Afrique du Sud. Il s’agit déjà de répondre à l’oppression des Blancs, non pas par l’action agressive, mais par une non-violence délibérée visant à changer le cœur de l’autre, à lui faire prendre conscience de son indignité et à le convertir au respect de l’homme.
andhi met ses techniques en œuvre pour la première fois en Inde lors du mouvement de non-coopération du début des années 1920 (que des débordements de violence l’amènent toutefois à suspendre en 1922). Il y recourt à nouveau en 1930 dans le cadre du mouvement de désobéissance civile et donne le même mot d’ordre en 1942 lors de la campagne Quit India (Quittez l’Inde) qui est cependant à l’origine de violences plus considérables encore. En fait, le Mahatma n’est jamais parvenu à convertir ses partisans à une technique politique particulièrement exigeante, qui requérait un formidable courage physique puisque bien souvent il fallait aller au-devant des matraques.
NON-VIOLENCE, n. f. Forme d’action politique qui refuse d’utiliser la violence dans le juste combat qu’elle mène. Préconisée et pratiquée avec succès par Gandhi (1869-1948), la non-violence est à la fois un idéal moral (refus de la brutalité sanglante) et une stratégie politique. Elle repose sur l’idée que la justice et la vérité sont si fortes par elles-mêmes qu’elles finiront à la longue par convaincre l’ennemi lorsqu’il apercevra, en face de lui, des combattants si sûrs de leur cause qu’ils refusent de recourir à la force matérielle ou physique. C’est dire que la « non-violence» (expression à laquelle certains préfèrent « force de la vérité ») est une attitude souvent plus courageuse que la lutte armée.
L'idée de la non-violence a de lointaines origines dans la pensée indienne. Elle fut développée particulièrement par le jaïnisme (v.), où elle porte le nom d'ahimsa (de hims, vouloir tuer, vouloir nuire). L'ahimsa résume presque entièrement la morale jaïniste : elle commande de ne faire de mal à aucune créature, si infime qu'elle soit, et ce souci prend une rigueur extrême chez les vrais jaïnistes, qui ne mangent la chair d'aucun animal. Dans sa lutte contre la colonisation britannique, Gandhi s'inspira notamment de la vie et des écrits de l'Américain Henry David Thoreau (De la désobéissance civile, 1849), pour faire de la non-violence une forme d'action politique fondée sur la résistance passive, la non-coopération non violente, le boycott, la grève de la faim, la prison ou la mort. Elle fut reprise, dans les années 1960 par les Noirs d'Afrique du Sud et des États-Unis, notamment par le pasteur Martin Luther King (v.) et par l'archevêque brésilien Dom Helder Camara qui donna comme consigne à son mouvement « Action, Justice et Paix », d'être la « violence des pacifiques ». Mal comprise, assimilée souvent au pacifisme et à la faiblesse, cette maîtrise démocratique de la violence a pourtant obtenu des succès politiques considérables ; elle a joué un rôle important dans l'effondrement du communisme, dans la chute de plusieurs dictatures en Amérique latine et aux Philippines, dans le démantèlement de l'apartheid (v.), dans la résistance du Kosovo (v.) sous l'impulsion d'Ibrahim Rugova (v.). Le 10 novembre 1998, l'Assemblée générale des Nations unies a proclamé la période 2001-2010 « décennie internationale de la promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde » (Résolution 53-25).
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