MELANCHTHON (Ph. Schwarzerd)
MELANCHTHON (Ph. Schwarzerd), réformateur et huma niste allemand (Bretten 1497 - Wittenberg 1560). Il fut professeur à Wittenberg, s’attacha à Luther et le défendit contre la Sorbonne (Apologie de Luther). Il le soutint à la Diète de Spire (1529), rédigea le premier exposé systématique du protestantisme et, en 1530, la Confession d’Augsbourg, première charte du luthéranisme. Après la mort de Luther, devenu le chef des protestants d’Allemagne, il essaya de faire l’unité des branches déjà divergentes et se rapprocha même du catholicisme.
Melanchthon, Philipp Schwarzerd, dit (1497-1560) ; réformateur et humaniste allemand.
Né dans une petite ville du Palatinat, Philipp Schwarzerd est élevé par son oncle, l’humaniste Reuchlin, qui grécise son nom en Melanchthon et l’introduit dans le monde de la culture savante. Il commence dès 1509 des études à Heidelberg, puis à Tübingen. En 1518, Reuchlin le recommande auprès de l’électeur de Saxe pour l’obtention d’une chaire de grec à l’université de Wittenberg récemment fondée (1502), et que la cause de Luther a soudain rendue célèbre. Son cours inaugural, portant sur la réforme des études, renferme tout un programme : il s’agit de lutter contre la scolastique, de retrouver les sources de l’Antiquité dans leur pureté originelle, et de revenir à l’Ecriture sainte. Le jeune érudit gagne la confiance de Luther, et devient très vite un partisan et un défenseur convaincu du Réformateur, ainsi que le collaborateur dont celui-ci ne peut plus se passer. Pourtant, M. reste avant tout un philologue biblique, qui refuse toujours de devenir professeur de théologie ou de monter en chaire. La production la plus importante de ses premières années de collaboration avec Luther, à l’époque où il est encore entièrement d’accord avec celui-ci sur les questions fondamentales de la théologie, est la première version de ses Loti communes parue en 1521 : premier exposé synthétique de la doctrine de la Réforme, cet ouvrage devait contribuer à populariser très largement les idées de Luther. Au colloque de Marburg (1529), M. s’oppose à Zwingli à propos de la doctrine de la Cène. Lors de la diète d’Augsbourg de 1530, M. est le porte-parole de la cause protestante, à la place de Luther qui est toujours au ban de l’Empire. La « Confession d’Augsbourg », indubitablement rédigée de sa main, présente, dans un esprit de conciliation, les dogmes protestants d’une manière adoucie. M. espère par là obtenir, avec les chrétiens restés fidèles à l’ancienne foi, une entente qui serait basée sur un compromis. Sans cesse par la suite il se retrouve, à l’occasion de différentes diètes ou colloques traitant des problèmes religieux, dans le rôle ingrat et difficile de porte-parole et négociateur protestant, conservant toujours l’espoir d’aboutir à un compromis avec les catholiques. Cet espoir, ancré dans ses conceptions humanistes qu’il ne renia jamais, va s’avérer illusoire en raison de l’intransigeance des deux camps. La Confession d’Augsbourg de 1530 n’en demeure pas moins le Credo des Eglises luthériennes. Après la mort de Luther (1546), M. devient très suspect aux luthériens purs et durs pour avoir accepté l’intérim d’Augsbourg, qui impose le rétablissement du culte catholique dans tout l’Empire (1548). On lui reproche aussi de vouloir réhabiliter le libre arbitre en affirmant la coopération de la liberté humaine dans l’œuvre de salut (« synergisme »), et plus encore une interprétation de l’Eucharistie proche de celle de Calvin. Ses dernières années sont assombries par les violentes attaques dont il est l’objet, notamment de la part des amis de Flacius Illyricus. Il n’en reste pas moins jusqu’à sa mort (1560) la plus grande autorité au sein du protestantisme allemand, et reçoit le nom de Praeceptor Germaniae.
Bibliographie : J. Boisset, Melanchthon, éducateur de l’Allemagne, prés., choix de textes, bibl., 1967.