Mani (216-277) ; fondateur de religion perse (manichéisme).
Mani (216-277) ; fondateur de religion perse (manichéisme). Apparenté par sa mère à la dynastie parthe des Arsacides, M. (Manès, Manikhaïos) est né en 216 en Babylonie du Nord, à Mardînû. Son père, Patek, est un Iranien qui appartient à une secte gnostique de « baptiseurs » à laquelle M. est intégré et dans laquelle il grandit. Deux « annonciations », à douze et à vingt-quatre ans, lui révèlent sa vocation d'« apôtre » d'une nouvelle doctrine, dont le message universel demande à être diffusé le plus largement possible par une action missionnaire. Cependant il continue à vivre extérieurement selon la loi des « baptiseurs », gardant son secret. Puis à vingt-quatre ans, confirmé dans sa mission, il commence sa prédication en Perse, en Mésène, en Asôrestân, en Médie et dans le pays des Parthes. Après être revenu par mer dans la région de l'Indus pour fêter l'avènement du roi sassanide Shapur (Sopor) 1er, il obtient du nouveau souverain l'approbation de ses plans de missions. Celui-ci, impressionné par le syncrétisme tolérant de la nouvelle doctrine, semble même avoir envisagé d'en faire la religion d'État d'un Empire perse en pleine expansion, qui engloberait les groupes ethniques et religieux les plus divers. En tout cas, pendant les trente années du règne de Shapur, M. forme des disciples, rédige ses Ecritures (le manichéisme est une religion du livre), organise son Église et envoie ses missionnaires vers l'Orient et vers l'Occident. En 274, Bahrâm Ier, le deuxième fils de Shapur, prend le pouvoir soutenu par un clergé puissant, représentant de l'antique religion des Mages, celui des « Mobads » (« chef de mages »), qui sert le culte du feu imprégné des idées zoroas-triennes et qui souhaite faire du mazdéisme une religion d'État. Bahrâm est convaincu que le manichéisme, constitue un danger pour l'État. Un procès sera fait à M., qui mourra martyr en 277 après un séjour en prison. Ses adeptes doivent prendre la fuite. Dans une inscription retrouvée en 1939 à Persépolis, le représentant de la religion d'État, le Grand Mobad Kartîr, se vante d'avoir persécuté les chrétiens, les manichéens et les brahmanes. Cela n'empêche pas l'Église manichéenne, ainsi que les doctrines qu'elle a marquées et influencées, de se répandre de manière surprenante : ainsi, dès 297, des mesures répressives à l'égard du manichéisme sont prises par l'empereur romain Dioclétien. M. se considère comme l'aboutissement et le continuateur d'une lignée de grands prophètes (entre autres Adam, Henoch, Noé, Zarathustra, Bouddha, Jésus). Il est, pense-t-il, destiné à éclairer l'humanité sur le caractère dualiste de l'ordre du monde et à lui indiquer par la connaissance la voie de la rédemption. L'homme a pour tâche de restaurer l'état originel du monde, c'est-à-dire la séparation entre la Lumière et les Ténèbres, qui s'étaient mélangées à cause du péché. Les disciples sont divisés en « élus », qui portent la responsabilité du message (prêtres, évêques, maîtres, Princeps), et « auditeurs », laïcs qui prennent en charge l'organisation matérielle de la communauté. La doctrine de M. doit son expansion universelle à la souplesse avec laquelle, dans ses territoires de missions, elle met à profit les éléments des religions qui y sont respectivement pratiquées. Elle ne sera donc guère menacée par les schismes. Pour l'histoire du fondateur et de la religion, on ne disposait, jusqu'au début du siècle, que de récits d'auteurs antiques : ainsi, Augustin, le plus important d'entre eux, sera lui-même « auditeur » manichéen pendant neuf ans, avant de donner, une fois converti, le coup de grâce à cette hérésie en Afrique du Nord. On possédait également des sources orientales perses et arabes. La découverte au xxe siècle de manuscrits en langue sogdienne, parthe et chinoise, à l'oasis de Tourfan, dans le Tur-kestan chinois, et de papyri en Égypte (en langue grecque) et à Médînet Mâdi, dans le Fayoum égyptien (en langue copte), prouvent l'expansion et la longévité du mouvement en Asie et en Afrique (jusqu'au XIIIe siècle). La répression sanglante du mouvement des Albigeois pendant le haut Moyen Age français reflète l'influence exercée par les idées, transmises à travers l'Arménie et la Bulgarie, de ce fondateur de religion. Le sectaire Mazdak, qui prêche sous le roi sassanide Kavadh (488-531) a, dans son « communisme religieux », repris tant d'éléments à la doctrine de M. que les Byzantins l'identifieront par erreur à ce dernier. Bibliographie : H.C. Puech, Le Manichéisme, son fondateur, sa doctrine, 1949 ; M. Tardieu, Le Manichéisme, 1981 ; articles « Mani », « Manichéennes » (Écritures-Études), « Manichéisme » par J. Ries, sous la direction de P. Poupard, in Dictionnaire des Religions, 1984.
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- Félicité Robert de Lamennais1782-1854Né à Saint-Malo, il est le fondateur du catholicisme libéral, qui ne reçut ce nom que plus tard :Essai sur l'indifférence en matière de religion (1817-1823), De la religion considérée dans ses rapportsavec l'ordre politique et civil (1824).
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