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LAW (JOHN)

LAW (JOHN)

Financier écossais né à Édimbourg en 1671. Venu en France en 1716, il y fonda une banque d’abord privée, mais que le Régent érigea en banque royale (1718). Parallèlement, il créa la Compagnie d’Occident qui eut le monopole du commerce extérieur. Son système consistait à fabriquer des valeurs fictives afin de rembourser les dettes de l’État. La banque Law émit une quantité prodigieuse d’actions et de billets sans rapport avec les valeurs réelles qu’elle possédait. Un agiotage effréné s’ensuivit, relayé par la baisse des actions et couronné par une effroyable banqueroute. De nombreuses familles furent ruinées. Law, devenu contrôleur général, dut s’enfuir. Il mourut à Venise en 1729, ruiné lui-même par ses propres théories, auxquelles il n’avait pas renoncé.

Law, John (Édimbourg 1671-Venise 1729) ; banquier écossais et ministre des Finances du régent Philippe d’Orléans. Fils d’un riche orfèvre d’Édimbourg, il doit s’expatrier en 1695 à la suite d’un duel au cours duquel il tue son adversaire. Après de longs voyages à travers l’Europe qui lui donnent l’occasion d’étudier le système financier de différents pays, L., devenu extrêmement riche grâce à sa réussite dans les jeux de hasard, arrive à la conviction qu’une abondante offre en billets de banque constitue la véritable source de la prospérité publique et que la valeur reconnue à l’or et à l’argent repose pour l’essentiel sur le fait que ces métaux précieux servent de moyens de paiement presque exclusifs. L. veut les drainer dans une banque d’État et les remplacer par la mise en circulation de billets pour une valeur trois ou quatre fois supérieure, pensant du même coup accélérer les échanges et stimuler la production. Dans son pays où il revient vers 1700, ces propositions séduisantes et d’une grande modernité ne trouvent aucun écho, si bien qu’il retourne sur le Continent. Installé en France où il compte parmi les familiers de Philippe d’Orléans, il saisit à la mort de Louis XIV, qui laisse une énorme dette publique, l’occasion qui s’offre à lui. Soutenu par le Régent, il fonde en mai 1716 une banque privée, la Banque générale, établissement de dépôt, de virement, d’escompte et de négociation des lettres de change, qui émet des billets convertibles à vue et au porteur. Ces billets sont admis au même titre que les espèces par toutes les caisses publiques, et peuvent donc servir au paiement des impôts. Au début, le succès de L. dépasse toutes les attentes. Son système de crédit permet un épanouissement du commerce et de l’industrie. La réputation de sa banque augmente encore lorsque L. fonde en 1717 sa Compagnie d’Occident (ou du Mississippi) qui reçoit le monopole du commerce avec la Louisiane. Les créanciers de l'État deviennent actionnaires de la banque et de la compagnie, ce qui est un moyen facile d’éponger la dette publique. Malgré la constitution d’un « anti-système » par les frères Pâris, la banque de L. est déclarée Banque royale en décembre 1718, tandis que la Compagnie d’Occident, après avoir racheté les privilèges des anciennes compagnies coloniales, devient la Compagnie des Indes (1719). Le public, entraîné par une propagande habile et quelque peu mensongère, se dispute les actions dont le prix monte en flèche. L. obtient en juillet 1719 le monopole des monnaies. Paris est alors la proie d’une véritable fièvre de spéculation. D’énormes fortunes se font et se défont en une nuit et il se produit des scènes incroyables rue Quincampoix puis rue Vivienne, où s’installe la banque, tandis que L., confiant en son « système », émet une énorme quantité de billets, sans proportion avec l’encaisse métallique de la banque. Le 5 janvier 1720, L. est nommé contrôleur général des Finances, après s’être converti au catholicisme. Mais il s’est fait de nombreux ennemis : à l’intérieur, les fermiers généraux et le Parlement, à l’extérieur, l’Angleterre, qui redoute la concurrence commerciale de la France. L., que le succès rend arrogant, continue à émettre des billets sans retenue. Le cours très exagéré des actions de la compagnie, auquel ne correspondait aucune recette réelle, aggrave l’inflation. Les gains n’étant pas à la hauteur des espérances, une crise de confiance s’installe au début de 1720 lorsque deux princes du sang sèment la panique en réalisant brusquement tous leurs billets, et conduit, malgré de nombreuses mesures (cours forcé des billets, interdiction d’exporter du numéraire et de détenir chez soi plus de 500 livres en espèces, etc.), à une banqueroute irréversible. L. y perd toute sa fortune et doit s’enfuir à l’étranger. Il meurt à Venise. Mi-aventurier, mi-visionnaire, ce n’est ni un escroc ni un charlatan : son système est prématuré parce que l’économie ne peut pas encore le supporter. Les conséquences sont lourdes : ruinés, les détenteurs de billets et d’actions sont à l’origine d’une vague de mécontentement et, surtout, d’un refus du crédit et de la banque qui devait durer très longtemps. La multiplication des moyens de paiement déplace l’équilibre entre revenus immobiliers et revenus mobiliers au profit des seconds, autrement dit de la bourgeoisie. Ce bouleversement des richesses contribue à l’ébranlement de l’ordre social, et la spéculation à l’enterrement de l’ordre moral.

Bibliographie : E. Faure, La Banqueroute de Law, 17 juillet 1720, 1977 ; H. Méthivier, L’Ancien Régime en France, xvie, xviie, xviiie siècles, 1981, p. 388-391.

LAW, John (Édimbourg, 1671-Venise, 1729). Financier écossais. Son projet, mis en place sous la Régence afin de redresser l'état catastrophique des finances, fut un retentissant échec qui compromit pour longtemps l'avenir financier de la France. Fils d'un orfèvre-changeur, il étudia en voyageant dans différents pays d'Europe, leurs systèmes financiers et bancaires et fut bientôt convaincu que le développement du commerce exigeait une monnaie abondante, estimant que le papier-monnaie était plus utile que les métaux précieux. Ce fut en France, sous la Régence (1715-1723) que Law mit en application ses idées. Il fonda en 1718 la Banque royale, banque de dépôt, d'escompte et d'émission qu'il lia à la Compagnie des Indes (1719) qui détenait le monopole de l'exploitation de la Louisiane et dont les actions étaient payables en titres de créance sur l'État. La banque de Law connut, dans ses bureaux de la rue Quincampoix, une fièvre inouïe de spéculation. Le public, croyant à de gros bénéfices, acheta des quantités considérables d'actions dont le prix monta jusqu'à quarante fois leur valeur initiale. Ce « système », cependant, ne pouvait réussir que si le public conservait sa confiance dans la banque. Or, les premiers bénéfices ayant paru insuffisants, certains spéculateurs décidèrent de vendre leurs actions, c'est-à-dire d'échanger leurs billets contre de l'or et de l'argent. La panique s'empara des actionnaires qui voulurent se faire rembourser, ce qui fut impossible, Law ayant émis une quantité énorme de billets sans rapport avec les réserves métalliques de la banque. La banqueroute fut inévitable et Law, devenu contrôleur général des Finances, dut s'enfuir (1720). Le souvenir de cette faillite pesa lourdement sur l'évolution financière de la France, où il fut impossible, jusqu'au Consulat, d'envisager la création d'une banque d'État, les Français ayant une vive prévention contre le papier-monnaie. La tentative de Law eut cependant des avantages : la Compagnie des Indes survécut au système ainsi que l'impulsion donnée au commerce maritime, comme en témoigna le développement des colonies d'Amérique et de certains ports français, comme Lorient.

BANQUEROUTE DE LAW • 1er novembre 1720 En 1716, un financier écossais, John Law, propose la création d’une Banque de France qui aurait le monopole de l’émission des billets. Son projet est repoussé, mais la banque privée qu’il fonde le 2 mai 1716 met des billets en circulation et cet événement connaît un succès énorme. L’Ecossais lance alors, en 1717, la Compagnie d’Occident, destinée à exploiter la Louisiane. En décembre 1718, l’État ayant acquis toutes ses actions, la banque de Law devient banque royale. En mai 1719, l’Écossais obtient le monopole du commerce maritime en se faisant céder les privilèges sur toutes les colonies. Durant l’été, alors que Law se fait adjuger les Fermes générales, la spéculation est à son comble. Mais à la fin de février 1720, on annonce que les gains seront dérisoires. C’est le reflux. Toute 1 ’année, Law, désormais contrôleur général des Finances, va essayer d’endiguer la baisse. En vain. Le 3 juin, les billets sont repris à 50 % de leur valeur nominale. Tout le monde veut vendre. On se bat devant la Bourse, des hommes et des femmes meurent étouffés dans la bousculade. Le 10 octobre, les actions de la compagnie se négocient à moins de 20 livres. Le 1er novembre, les billets cessent d’avoir cours. La peur du papier-monnaie est installée pour un bon moment.

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