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Jacques DERAY

Jacques Deray est loin d’être un cinéaste négligeable. Il appartient à ce courant américain du cinéma français de par sa manière de ne pas être un auteur tout en étant un réalisateur au style reconnaissable. Deray est un cadreur. Il compose ses images avec soin et discrétion. Ses films sont toujours plaisants à regarder même si leurs sujets sont trop souvent anodins ou commercialement de série. La Piscine et On ne meurt que deux fois sont à ce jour ses deux œuvres les plus accomplies. Il est à l’aise avec le policier et aime les stars masculines imposantes. Delon, sous sa direction, est souvent remarquable (La Piscine, Borsalino et Cie, Flic Story). Mais sa direction d’acteur est purement technique et toute relative. Il nous confiait récemment qu’une star, ça ne se dirige pas. Ce en quoi il a tort, car Belmondo est exécrable dans Le Marginal (mais il est très modéré dans son interprétation tout au long du Solitaire). Les grands moyens lui conviennent moins bien que les budgets plus raisonnables. Borsalino est bien fait, mais glacial. En revanche, Flic Story égale les meilleurs Melville. Deray est l’incarnation même du grand professionnel. Ni artisan ni artiste. Un pro. Un vrai. Un talent fonctionnel et sûr qui dépend entièrement de la qualité du scénario. Avec un sujet fort, il peut faire du très bon cinéma (On ne meurt que deux fois). Avec du conventionnel, il soigne la facture et c’est la plupart du temps agréable à voir (Un papillon sur l épaule). Plus «high tech» que Melville, moins lourdement spectaculaire que Verneuil, Jacques Deray alterne avec une certaine grâce l’action et la peinture de caractères. À défaut du joyau, Deray soigne l’écrin. On ne peut pas en dire autant de tous les «industriels» du cinéma français.

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