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HONGRIE

État de l'Europe centrale, borné au N. par la Slovaquie, au N.-E. par l'Ukraine, à l'E. par la Roumanie, au S. par la Yougoslavie, la Croatie et la Slovénie, et à l'O. par l'Autriche ; capitale Budapest. • Avant les Magyars (jusqu'au IXE s.) • La Hongrie médiévale • Entre les Ottomans et les Habsbourg (XVIE/XVIIe s.) • Sous les Habsbourg (XVIIIe/XIXE s.) • L'Autriche-Hongrie (1867/1918) • La Hongrie de 1918 à 1945 • La Hongrie jusqu'en 1956 • La Hongrie de 1956 à 1989 • La Hongrie depuis 1989 Avant les Magyars (jusqu'au IXE s.) D'abord occupé par les Gètes, le territoire actuel de la Hongrie fut envahi par les Celtes au IIIe s. av. J.-C. Vers le milieu du Ier s. av. J.-C., les Daces, peuple apparenté aux Gètes, soumirent les Celtes établis dans cette région, cependant que d'autres peuples, tels que les Sarmates, s'installaient dans la partie occidentale de la plaine hongroise. Au Ier s. de notre ère, les peuples établis en Hongrie se répartissaient ainsi : au N. du Danube, les Quades ; au S. du Danube, les Boiens, les Oseriates et les Aravisces ; entre le Danube et la Tisza, les Iazyges ; à l'E. de la Tisza, les Anartes ; enfin, en Transylvanie, les Daces. Les Romains firent la conquête de toute la rive gauche du Danube, qui fut divisée en provinces de Pannonie supérieure et de Pannonie inférieure en 10 apr. J.-C., puis ils soumirent les Daces (107), qui furent organisés dans les provinces de Dacie supérieure et de Dacie inférieure. Toutefois, la Dacie dut être évacuée au IIIe s., sous le règne d'Aurélien. Les Grandes Invasions firent passer sur l'actuel territoire hongrois des peuples de toutes origines. Les Vandales et les Ostrogoths, d'origine germanique, arrivés les premiers, au début du IVe s., furent chassés vers 370/80 par les Huns. Attila eut sa principale résidence en Hongrie septentrionale. Après le reflux des Huns (454), le pays fut disputé entre les Ostrogoths, les Lombards (installés au VIe s. sur la rive gauche du Danube) et les Gépides ; l'Empire de ces derniers, qui s'étendait, vers la fin du Ve s., de la rive droite du Danube à la Transylvanie, fut détruit par les Avars en 567. Aux VIIe/VIIIe s., l'Empire des Avars englobait toute la Hongrie, mais il s'effondra à son tour en 791/96 sous les attaques conjuguées de Charlemagne, qui fonda sur la rive gauche du Danube la marche de Pannonie, et des Bulgares, qui étendirent leur influence sur la Transylvanie. La Hongrie médiévale En 896 se produisit le fait capital de l'histoire hongroise : poussés par les Petchénègues, les Magyars ou Hongrois, peuple d'origine finno-ougrienne, probablement venus de la région méridionale de l'Oural, envahirent la plaine du Danube sous la conduite de leur prince Arpad (890/907). Poursuivant leur marche, ils se livrèrent à de grands raids dévastateurs dans les régions voisines, détruisirent le royaume slave de Moravie (906/18), ravagèrent la Thuringe, la Bavière, la Souabe, l'Italie du Nord, les Balkans, jusqu'à ce que l'empereur Othon le Grand, par sa victoire du Lechfeld (10 août 955), les eût enfin rejetés dans le pays auquel ils ont donné leur nom. Le duc Géza (972/97) permit l'introduction du christianisme, et la conversion des Hongrois fit des progrès décisifs sous le règne de son fils, st Étienne Ier (997/1038). Étienne organisa le pays sur le modèle franc, en comitats, inspirés des comtés ; il fonda l'évêché d'Esztergom et reçut du pape Sylvestre II le titre de « roi apostolique » et la couronne dite « de Saint-Étienne » (1001). Mais l'évangélisation, trop rapide, et imposée d'en haut, suscita de vives oppositions. La mort de st Étienne fut suivie d'une période d'anarchie, au cours de laquelle la Hongrie tomba sous l'influence impériale. 00020000110400000E7A 10FD,Le redressement s'amorça à partir de la fin du XIe s. Sous st Ladislas (1077/95), la Hongrie accepta définitivement le christianisme, et, vers 1100, elle étendait déjà son protectorat sur la Croatie, la Bosnie et la Dalmatie. Le roi Géza II (1141/61) invita des colons allemands à s'installer en Transylvanie et en Hongrie septentrionale. Béla III (1172/96), qui avait été élevé à Constantinople, ouvrit la Hongrie aux influences de la civilisation byzantine ; bon administrateur, il établit définitivement la division du pays en comitats ; il avait épousé Marguerite, comtesse du Vexin, sœur de Philippe Auguste. Dans cet État essentiellement féodal, la puissance des grands magnats et des prélats fut encore renforcée par la Bulle d'or (1222) d'André II. Après l'invasion mongole (1241/42) et l'extinction de la dynastie nationale des Arpades (1301), le trône hongrois passa à la maison d'Anjou (1308/86), qui redressa énergiquement le pouvoir royal et renforça l'influence de la culture française sur la noblesse hongroise. Le règne de Louis Ier le Grand (1342/82) vit l'apogée de la Hongrie médiévale, qui, victorieuse de Venise (1381), s'étendait de l'Adriatique aux Carpates, exerçait son protectorat sur la Serbie, la Moldavie, la Valachie, et résistait encore avec succès aux premiers assauts des Turcs. Louis Ier porta également la couronne de Pologne (1370). À sa mort, sa fille, Marie, fut proclamée roi (1382) et associa au trône son époux, Sigismond de Luxembourg (1387/1437). Leur règne fut troublé par les révoltes de magnats, par l'agitation hussite et surtout par l'invasion des Turcs, qui infligèrent aux Hongrois les graves défaites de Nicopolis (1396) et de Sémendria (1412). Sigismond eut pour successeur son gendre, le Habsbourg Albert II (1437/39), auquel succéda Ladislas V le Posthume (1440/57). Le régent Jean Hunyade contint victorieusement les Turcs, et, à la mort de Ladislas V, c'est le fils de Jean Hunyade, Matthias Corvin (1458/90), qui fut élu roi par la noblesse hongroise. Remarquable homme de guerre, Matthias Corvin tenta d'unir sous son autorité toute l'Europe centrale contre les Turcs. Il enleva à Georges Podiébrad la Moravie, la Silésie et la Lusace ; il s'empara également de la Basse-Autriche, avec la ville de Vienne (1485). Humaniste éclairé, protecteur des sciences et des arts, il fit rayonner l'esprit de Renaissance en Hongrie et fonda l'université de Presbourg (Bratislava). Mais les magnats, irrités de son absolutisme, écartèrent son fils de sa succession pour porter leur choix sur un incapable, le Jagellon Ladislas VI (1490/1516), qui était déjà roi de Bohême. Sous son règne et sous celui de son fils Louis II, la menace ottomane ne cessa de grandir : Louis II fut vaincu et tué en combattant Soliman II à la bataille de Mohács (1526). Entre les Ottomans et les Habsbourg (XVIE/XVIIe s.) La Hongrie connut alors une nouvelle période de troubles : s'appuyant sur le traité de Vienne (1515), Ferdinand de Habsbourg (Ferdinand Ier) se fit proclamer roi de Bohême et de Hongrie par la diète de Presbourg (1526), mais une partie de la noblesse hongroise lui opposa le voïvode de Transylvanie, Jean Zapolya ; celui-ci fut soutenu par les Turcs, dont il s'était déclaré le vassal. À sa mort, les Turcs occupèrent Buda (1541) et toute la Hongrie centrale, qui restèrent durant plus d'un siècle sous la domination ottomane. L'ancien État hongrois éclata, la partie occidentale du pays (avec Presbourg) allant aux Habsbourg (1570), alors qu'en Hongrie orientale se constituaient la principauté de Transylvanie et diverses autres petites seigneuries indépendantes gouvernées par des nobles hongrois vassaux des Turcs. Les princes de Transylvanie, Bethlen Gabor et Georges Ier Rakoczi, adoptèrent le protestantisme (1545/71) par haine des Habsbourg catholiques. Dans la Hongrie soumise aux Habsbourg (ou Hongrie royale) se produisirent, au XVIIe s., plusieurs graves révoltes ; celle du comte Thököly, que les Turcs soutinrent contre l'empereur Léopold Ier, provoqua la grande guerre contre les Turcs (1683/99), au terme de laquelle l'Empire ottoman, vaincu par le Prince Eugène, fut contraint - traité de Karlowitz (1699) - d'abandonner à l'Autriche toute la Hongrie propre et la Transylvanie, à l'exception du banat de Temesvár (qui fut conquis par les Impériaux lors d'une nouvelle guerre, en 1718). 000200000E4000001F77 E3A,Sous les Habsbourg (XVIIIe/XIXE s.) En 1687, à la diète de Presbourg, la couronne de Hongrie avait été déclarée héréditaire dans la maison d'Autriche. Les Habsbourg menèrent en Hongrie une politique absolutiste et catholique qui continua de rencontrer des oppositions (soulèvement de François II Rakoczi, 1703/11) et qui ne parvint jamais à réduire la minorité hongroise calviniste de Transylvanie. Les régions libérées des Turcs furent mises en valeur, mais plus souvent au profit des Habsbourg qu'à celui des anciens propriétaires hongrois ; des paysans d'Allemagne du Sud furent établis dans la Batschka et le Banat ; les Confins militaires (territoires limitrophes de la Turquie, de l'Adriatique à la Transylvanie) furent confiés à des garnisons de Serbes, de Croates et de Roumains qui avaient fui la domination ottomane. Lors de la guerre de la Succession d'Autriche (1740/48), l'impératrice Marie-Thérèse dut faire d'importantes concessions aux magnats hongrois en échange de leur aide militaire (1741), mais tout fut remis en question par le despotisme éclairé de Joseph II (v.) : celui-ci abolit le servage (1781), substitua l'allemand au latin comme langue officielle (1784) et supprima l'autonomie des comitats hongrois (1785). Ces réformes mécontentèrent la noblesse hongroise, et Joseph II, menacé par les Turcs, dut sacrifier la plus grande partie de son œuvre. La Hongrie resta fidèle aux Habsbourg durant les guerres de la Révolution et de l'Empire, mais, dans les années 1820, se développa un mouvement nationaliste d'indépendance, de tendances conservatrices avec le comte Istvan Széchenyi (v.), de tendances libérales avec Lajos Kossuth (v.). Le 15 mars 1848, à la suite de la révolution de Vienne, l'Autriche dut accorder aux Magyars une administration particulière. La Hongrie devenait un royaume parlementaire ; l'archiduc Étienne prenait le titre de vice-roi et un ministère hongrois libéral était constitué, dont Lajos Batthyany et Kossuth étaient les principales personnalités. Mais la Hongrie elle-même était déchirée par l'opposition des minorités (serbe, croate, roumaine, ruthène, slovaque) à la prédominance magyare. La diète croato-slavone et le Comité central des Serbes refusèrent de reconnaître le nouveau gouvernement hongrois, qui se trouva menacé par l'invasion de 40 000 Croates commandés par le ban Jelacic (sept. 1848). L'Autriche profita des événements pour se retourner contre les Hongrois et apporter son soutien à Jelacic. Kossuth prit la direction dictatoriale du mouvement national hongrois et fut nommé président du Comité de défense (27 sept. 1848). Les Croates de Jelacic furent vaincus à la bataille de Pakosd (29 sept.), mais, en déc. 1848, les Autrichiens envahirent la Hongrie, s'emparèrent de Budapest (5 janv. 1859) et rejetèrent l'armée hongroise au-delà de la Tisza. En réponse au manifeste de François-Joseph, qui réduisait la Hongrie au statut de simple province autrichienne (4 mars 1849), la diète hongroise de Debrecen proclama la déchéance des Habsbourg et l'indépendance de la Hongrie (14 avr.). Les Hongrois, réorganisés et galvanisés par Kossuth, reprirent l'offensive, rentrèrent à Pest (24 avr.) et prirent d'assaut la citadelle de Buda (21 mai 1849). L'Autriche fit alors appel à l'intervention du tsar Nicolas : pris à revers par l'armée russe de Paskievitch, battus à Temesvár (9 août), les Hongrois durent capituler à Világos (13 août 1849). Kossuth parvint à se réfugier chez les Turcs, mais les principaux chefs de l'insurrection furent fusillés ou pendus. L'Autriche soumit le pays à un régime centralisateur et policier ; l'état de siège fut maintenu jusqu'en 1854. 000200000DFD00002DB1 DF7,L'Autriche-Hongrie (1867/1918) La résistance passive des Hongrois aux efforts de germanisation finit par apparaître, aux yeux mêmes du gouvernement de Vienne, comme la principale cause de la faiblesse de l'Empire. La guerre austro-prussienne de 1866, en excluant l'Autriche des affaires allemandes, facilita l'adoption du compromis (Ausgleich) du 8 févr. 1867, qui accordait l'autonomie aux Magyars, établissait une diète hongroise et un gouvernement hongrois. L'unité de l'Empire restait assurée dans la personne du souverain (François-Joseph se fit couronner roi de Hongrie) ; un ministère d'Empire était chargé des affaires communes : Affaires étrangères, Finances et Guerre. Ces bases fondamentales restèrent celles du système dualiste de l'Autriche-Hongrie jusqu'en 1918. La diète de Hongrie comprenait deux chambres, la Table des magnats et la Table des représentants, mais le droit de vote n'appartenait qu'aux magnats et aux propriétaires, ce qui empêcha toute évolution vers un régime démocratique. Les Hongrois pratiquèrent une politique de magyarisation des minorités slovaque, ruthène, roumaine et dalmate, les Croates seuls bénéficiant d'une certaine autonomie à la suite d'un compromis conclu en 1868. Cette oppression des minorités, plus sensible encore en Hongrie qu'en Autriche, contribua beaucoup à l'effondrement de l'Autriche-Hongrie, précipité par la Première Guerre mondiale. La Hongrie de 1918 à 1945 La défaite des Empires centraux provoqua dès la fin de l'année 1918 un profond bouleversement en Europe centrale : la Hongrie fut proclamée république indépendante (16 nov. 1918), mais dut accepter la rupture de ses liens avec la Croatie-Slovénie (29 oct.), avec la Transylvanie, qui demanda son rattachement à la Roumanie (1er déc.), avec la Slovaquie, qui fut occupée par les Tchèques. Le traité de Trianon (4 juin 1920) consacra ces amputations, mais, en réduisant la Hongrie à un tiers de son ancienne superficie, il créait une nouvelle source de conflits en Europe danubienne. Mihály Károlyi, président provisoire de la République à partir de nov. 1918, joua en Hongrie le même rôle que Kerenski en Russie : après avoir déclenché une évolution vers la gauche, il dut se retirer, en mars 1919, devant le communiste Béla Kun. La République hongroise des Conseils dura à peine cinq mois (mars/août 1919), mais elle laissa un souvenir sanglant. Après le renversement de la dictature soviétique de Béla Kun par l'intervention roumaine (1er août 1919), une armée hongroise contre-révolutionnaire, conduite par l'amiral Horthy (v.), occupa Budapest (16 nov. 1919) : la Hongrie devint un royaume sans roi, sous la régence de Horthy (1er mars 1920). À deux reprises (mars et oct. 1921), l'ex-empereur Charles Ier de Habsbourg (en Hongrie, Charles IV) tenta de reprendre le pouvoir en Hongrie, mais sans succès. La loi du 5 nov. 1921 proclama la déchéance définitive des Habsbourg, la monarchie restant la forme officielle de l'État. Sous la régence de l'amiral Horthy (1920/44), le caractère très conservateur du nouveau régime hongrois s'accusa, en particulier sous les ministères de Bethlen (1922/31) et de Gombös (1932/35). La rancœur laissée par le traité de Trianon inclina la Hongrie vers une attitude révisionniste qui, dès 1927, la rapprocha de l'Italie fasciste et, plus tard, de l'Allemagne hitlérienne : grâce à l'intervention de celle-ci (arbitrage de Vienne, 2 nov. 1938), la Hongrie récupéra, aux dépens de la Tchécoslovaquie, les districts méridionaux de la Slovaquie et de la Ruthénie, puis, en mars 1939, toute la Ruthénie subcarpatique. 000200000E0C00003BA8 E06,Au début de la Seconde Guerre mondiale, la Hongrie conserva d'abord sa neutralité ; mais en nov. 1940, elle adhéra au pacte tripartite, et, par le second arbitrage de Vienne (30 août 1940), elle rentra en possession de la moitié septentrionale de la Transylvanie, dont la population était en majorité hongroise. L'effondrement de la Yougoslavie lui permit, en mai 1941, de s'accroître encore de divers territoires entre le Danube et la Tisza. Pour prix de ces agrandissements, la Hongrie dut entrer le 28 juin 1941 aux côtés du Reich dans la guerre contre l'URSS, et son armée participa à la campagne de Russie. Cependant, le régent Horthy essaya le plus longtemps possible de soustraire son pays à la mainmise hitlérienne, et la Wehrmacht n'occupa la Hongrie qu'en mars 1944 ; c'est à cette époque que les SS entreprirent la déportation systématique des Juifs hongrois vers les camps d'extermination. À la suite de l'irruption des troupes soviétiques en Transylvanie, Horthy demanda l'armistice (oct. 1944), mais il fut enlevé par des SS (15 oct.) et emmené en Allemagne. Un coup d'État porta alors au pouvoir le mouvement fasciste des Croix-Fléchées et son chef, Szalassy : celui-ci appliqua systématiquement une politique prohitlérienne, mais un gouvernement provisoire, présidé par le général Miklós, se constitua à Debrecen (24 déc. 1944) et signa l'armistice avec l'Union soviétique (20 janv. 1945). La Hongrie jusqu'en 1956 Le traité de Paris (1947) ramena la Hongrie à ses frontières de 1920 et lui imposa le versement d'une lourde indemnité de guerre à l'URSS. Le gouvernement provisoire organisa, en nov. 1945, des élections libres, qui furent marquées par la victoire du parti des petits propriétaires (57 % des voix) sur les partis communiste et social-démocrate, lesquels n'obtinrent chacun que 17 % environ des voix. La république fut proclamée (févr. 1946). Les communistes - qui s'étaient assuré le ministère de l'Intérieur - bénéficièrent des importantes mesures sociales prises dès l'effondrement de l'ancien régime : réforme agraire du 15 mars 1945, nationalisation des mines et de l'industrie lourde (1946), des banques (1947), de toutes les entreprises occupant plus de cent personnes (1948). En 1946 fut réalisée, sous l'inspiration communiste, l'union des forces de gauche, qui obtint 60 % des voix aux élections d'août 1947, et, après les élections de 1949, où la liste unique composée par les communistes et leurs alliés obtint 95,6 % des suffrages, la République populaire hongroise fut proclamée (20 août 1949). Le pouvoir passa désormais au Politburo du parti communiste, dont le premier secrétaire était le rigide stalinien Rákosi. L'application du premier plan quinquennal (1950/54), la lutte contre l'Église (nationalisation de l'enseignement et des biens du clergé, 1948 ; condamnation du cardinal Mindszenty, 1949) et l'épuration des communistes titistes (exécution de Rajk, oct. 1949) furent les principaux événements de cette période. En conséquence de la déstalinisation, Rákosi fut remplacé en juill. 1953 à la présidence du Conseil par Imre Nagy (v.), qui reconnut que le régime avait commis de graves erreurs politiques et économiques (notamment dans le domaine de la collectivisation agraire) ; une amnistie fut proclamée. L'opposition de la tendance dure, menée par Rákosi, entraîna la chute de Nagy (avr. 1955), mais la pression de l'opinion publique obligea le régime à persévérer dans la voie d'une relative libéralisation (réhabilitation de Rajk, mars 1956), et Rákosi dut démissionner de son poste de premier secrétaire du parti (juill. 1956). 000200000D5B000049AE D55,La Hongrie de 1956 à 1989 Le remplacement de Rákosi par un autre dirigeant de l'époque stalinienne, Ernö Gerö, n'était pas suffisant pour contenir l'agitation qui grandissait, surtout dans la jeunesse, en corrélation avec les événements de Pologne (émeutes de Poznan, juin 1956 ; retour au pouvoir de Gomulka, 21 oct. 1956). La décision de Gerö de faire ouvrir le feu sur une grande manifestation étudiante déclencha, le 23 oct. 1956, la révolution de Budapest. Les troupes soviétiques intervinrent, puis, le 27, évacuèrent la capitale : pour éviter le pire, Moscou acceptait le retour au pouvoir d'Imre Nagy. Ce vieux militant communiste ne songeait nullement à abolir le communisme et à rompre avec l'URSS, mais il allait être entraîné par la puissance du mouvement populaire, qui l'obligea à former un gouvernement de coalition (1er nov.), à annoncer que la Hongrie se retirait du pacte de Varsovie et demandait à l'ONU de reconnaître solennellement sa neutralité. Restées pendant quelques jours dans l'expectative, les troupes soviétiques entrèrent en action dans la capitale (4 nov.), tandis qu'un contre-gouvernement, fidèle à Moscou, était constitué par János Kádár. Les insurgés furent rapidement écrasés dans Budapest, mais, en province, les combats se poursuivirent sporadiquement pendant une quinzaine de jours. On compta plus de 25 000 morts, et environ 160 000 réfugiés réussirent à passer à l'Ouest. Mais les États-Unis, soucieux d'éviter tout affrontement direct avec l'URSS, se gardèrent d'intervenir. Arrêtés par les Soviétiques, Imre Nagy et le chef militaire de l'insurrection, Pál Maleter, furent exécutés en juin 1958. Le cardinal Mindszenty, qui avait été libéré par les insurgés, put se réfugier à l'ambassade américaine. Plus de 15 000 personnes furent déportées par les Soviétiques. L'ancien régime stalinien ne fut pas restauré, et Kádár (v.), qui appartenait au courant des communistes « nationaux », s'efforça, comme Gomulka en Pologne, de réaliser la mutation dans le calme. Les derniers dirigeants staliniens furent éliminés du parti en 1962, mais la Hongrie resserra ses liens avec l'Union soviétique (renouvellement pour vingt ans du traité d'alliance, 1967), et, en août 1968, elle participa avec les autres forces du pacte de Varsovie à l'invasion de la Tchécoslovaquie. Le pays devint le champ d'expériences réformatrices dont s'inspirèrent plus tard les États socialistes. D'abord prudentes, les réformes ouvrirent les biens et services aux lois du marché, mais ces mesures n'améliorèrent que peu la croissance économique du pays. Le bouleversement du dogme communiste s'amplifia à partir de 1988 : Janos Kádár dut s'effacer, en mai, devant Károly Grosz, et Miklós Nemeth devint Premier ministre. Anticipant sur les réformes entreprises à Moscou par M. Gorbatchev, la Hongrie rétablit l'impôt sur le revenu, institua la TVA et réouvrit la Bourse. La Hongrie depuis 1989 En 1989, ces réformes furent accompagnées d'une démocratisation des institutions. Les principaux mouvements d'opposition furent légalisés et participèrent, de mars à sept. 1989, à une Table ronde avec le pouvoir en vue d'élections libres. En juin, la mémoire des insurgés de 1956 et celle d'Imre Nagy étaient réhabilitées lors d'une cérémonie à Budapest. Anticipant sur la chute du mur de Berlin, Budapest ouvrait en sept. sa frontière avec l'Autriche aux Allemands de l'Est qui voulaient rejoindre la RFA. 0002000009FC00005703 9F6,Le 23 oct. 1989, la Hongrie cessait d'être une « République populaire », consacrant ainsi l'autodissolution du régime. Les premières élections libres depuis 1947 eurent lieu en avr. 1990. Elles furent remportées par le Forum démocratique hongrois (MDF), parti d'opposition à dominante conservatrice, au détriment de l'Alliance des démocrates libres (SzDSz), mouvement de tendance plus libérale réunissant des dissidents historiques. Jozsef Antall, président du MDF, devint le chef d'un gouvernement de coalition de centre droit et Arpad Goncz (SzDSz) fut élu président de la République par le Parlement. Qualifiée dans les années 1970 de « baraque la plus gaie du camp socialiste », la Hongrie disposait, sur le plan économique, d'une certaine avance sur ses voisins centre-européens. Toutefois, alors que le gouvernement accélérait la libéralisation de l'économie, le pays connut une forte récession dans les années 1992 et 1993. Face à cette crise, et dans le contexte de fièvre nationaliste qui gagnait les pays voisins, le pouvoir se posa, à partir de 1992, en modèle de respect des minorités nationales, défendant aussi avec vigueur les droits des 3 à 4 millions de Hongrois répartis en Slovaquie, Serbie (Voïvodine), et Roumanie (Transylvanie). Cultivant, au départ, la modération, les partis au pouvoir perdirent une grande partie de leur crédit en tentant, de 1992 à 1994, de contrôler la presse. Lors des élections de mai 1994, le pays, désarçonné par les restructurations économiques, congédia le gouvernement du MDF Peter Boross, qui avait remplacé J. Antall, décédé en déc. 1993. Le parti socialiste hongrois (PSH), héritier du parti communiste au pouvoir avant 1989, l'emporta largement. Gyula Horn, président du PSH, dirigea, à partir de juill. 1994, un gouvernement de coalition PSH-SzDSz. Le pays poursuivit son plan de redressement économique, en accord avec le FMI, et présenta, en 1995, sa candidature à l'Union européenne. La Hongrie devint membre de l'OCDE en 1996 et de l'OTAN en 1999. Viktor Orban occupa le poste de Premier ministre après la victoire de la droite aux élections législatives de 1998. Les inégalités sociales continuaient à s'aggraver, mais le gouvernement a enregistré à son actif en 1999/2000 une meilleure prise en compte des minorités hongroises à l'étranger : création d'un bataillon commun avec la Roumanie, d'une république autonome en Serbie et traité d'entente avec la Slovaquie. Il a fait avancer le projet d'intégration à l'Union européenne : le 1er mai 2004, la Hongrie a intégré l'Union européenne.

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