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Gracchus, Tiberius Sempronius (162-133 av. J.-C.) ; tribun de la plèbe.

Gracchus, Tiberius Sempronius (162-133 av. J.-C.) ; tribun de la plèbe.

La question agraire, les crises sociales et militaires qui agitent Rome au IIe siècle avant J.-C., conséquences en partie du succès même de la conquête qui voit la cité passer au stade de puissance méditerranéenne, avaient poussé des sénateurs à envisager des réformes. Mais celles-ci ne dépassèrent pas le stade de la proposition (ainsi la rogatio Laelia de 145), du fait de l'opposition des « puissants ». Issu d'une illustre famille plébéienne, apparenté par sa mère Cornelia à la famille des Scipions, jeune homme fougueux et cultivé, (avec son frère C., ils sont imprégnés de culture grecque et ont suivi l'enseignement du stoïcien Blossius de Cumes), G. assiste en 146, à l'âge de 16 ans, à la destruction de Carthage. Préteur en 137, il est témoin de la défaite de l'armée romaine devant Numance en Espagne où il négocie une capitulation honorable. Il lui semble qu'un renouveau des forces militaires et de la paysannerie libre romaines ne peut être envisagé que par une redistribution à des citoyens démunis des terres du domaine public du peuple romain (ager publicus), terres accaparées illégalement par certains grands propriétaires terriens ou laissées en friche. Aussi, devenu tribun de la plèbe en 133 et bénéficiant du soutien du parti réformateur sénatorial, il propose de renouveler l'application d'une loi ancienne tombée en désuétude, qui limiterait à 500 jugères (125 ha) le droit de jouissance de l'ager publicus. Les terres récupérées devaient être attribuées à des citoyens pauvres, comme une petite propriété inaliénable. Pouvait alors se reconstituer, la population de petits possédants qui formaient, comme autrefois, la composante principale des armées romaines. Une commission tripartite était chargée d'appliquer cette loi agraire. Ce projet présenté à l'assemblée du peuple se heurte à l'opposition d'un autre tribun de la plèbe, M. Octavius. G. fait déposer ce tribun, ce qui est une innovation, mais sa loi est votée. Aussitôt il se fait élire triumvir agraire, en compagnie de son frère Caius et de son beau-frère Appius Claudius. Cela afin de contrôler l'application de sa loi, contre laquelle se dessinent des résistances fortes, à Rome et en Italie. Et pour s'assurer de la bonne marche de cet ensemble de lois, il sollicite un deuxième tribunat, ce qui est contraire à la tradition. Le Sénat, outré, passe à la contre-attaque : le jour du vote, le tribun et ses partisans sont massacrés par ses adversaires menés par le grand pontife, Scipion Nasica. Les mesures de G. sont malgré tout appliquées mais assez vite mises en sommeil.

Bibliographie : C. Nicolet, Les Gracques, 2e éd., 1980.

GRACCHUS, SEMPRONIUS TIBERIUS (Rome, 162-id., 133 av. J.-C.). Grand réformateur romain issu d'une importante famille plébéienne. Élu tribun de la plèbe en 134 av. J.-C., il tenta de reconstituer en Italie une classe de petits paysans propriétaires dans laquelle se recrutaient autrefois les légionnaires et qui avait fait la force de l'État romain. Cette classe avait progressivement disparu après les conquêtes, ruinée par la concurrence des blés venus des territoires annexés (Sicile, Tunisie, plus tard Égypte) et l'accaparement d'une grande partie des terres de l'ager publicus (domaine public) par la noblesse romaine (nobilitas). Malgré l'opposition violente des grands propriétaires, Tiberius Gracchus fit voter une loi agraire prévoyant de limiter la surface des terres publiques concédées à un individu et la redistribution d'une partie des terres de l'ager publicus aux citoyens pauvres sous forme de petits lots. L'un de ses collèges s'étant opposé à la loi, il le fit déposer illégalement par le peuple et la loi fut adoptée. Mais Tiberius Gracchus fut massacré peu après au cours d'une émeute provoquée par la noblesse sénatoriale hostile à ses projets et son cadavre fut jeté dans le Tibre. Son frère, Caïus Gracchus reprendra ses projets. Voir Gracques (Les).

 

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