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Frédéric-Guillaume III (Potsdam 1770-Berlin 1840) ; roi de Prusse [1797-1840].

Frédéric-Guillaume III (Potsdam 1770-Berlin 1840) ; roi de Prusse [1797-1840].

Tout de suite après son arrivée au pouvoir, F. renvoie les ministres favoris de son père Bischoffwerder et Wöllner, abolit l'édit de religion de 1788 et bannit la maîtresse du roi. Ferme de caractère, moyennement doué sans doute, mais réaliste et doté d'un sens aigu du devoir, élève du grand jurisconsulte Carl Gottlieb Suarez (1746-1798), ce prince qui pratique dans le privé toutes les vertus de la vie familiale fait espérer une ère nouvelle. Pourtant, il déçoit rapidement par son irrésolution et sa timidité vétilleuse en matière de réformes. Bien qu'il ait pour conseillers des membres influents du Cabinet (notamment Struensee, Haugwitz, Lombard et Hardenberg) il ne dépasse pas, en politique intérieure, le stade des ébauches de réforme, qu'il s'agisse de l'émancipation des paysans ou de la question douanière. En politique étrangère, il maintient la politique de neutralité conduite depuis la paix de Bâle (1795), que Napoléon récompense par de menues concessions territoriales, pour finalement conclure cette « époque des occasions manquées » en 1806 par un brusque retournement d'alliance qui engage la Prusse aux côtés du tsar dans la quatrième coalition et aboutit, après une traumatisante défaite, à la soumettre à Napoléon à la signature du traité de Tilsit (1807). La Prusse occupée perd alors ses possessions en Pologne et à l'ouest de l'Elbe. Ce désastre rend F. plus réceptif aux projets des réformateurs patriotes rassemblés autour de Stein, dont la reine Louise, son épouse, est très proche. Il se laisse convaincre de dissoudre le Cabinet et confie à Hardenberg la direction politique de l'État prussien. La réorganisation de l'administration et de l'armée permettra à la Prusse régénérée de prendre plus tard sa place dans la libération de l'Europe. F. n'en reste pas moins imbu des conceptions absolutistes. Passif en politique extérieure, il refuse de s'associer au soulèvement national autrichien en 1809 et il soutient en 1812 Hardenberg dans sa prudente politique attentiste. Alors que l'enthousiasme patriotique est général, il attend la défaite de Napoléon devant Moscou pour déclencher à contrecoeur la « guerre de libération » dans l'appel « à mon peuple » qu'il lance le 17 mars 1813. Le congrès de Vienne rend à la Prusse son rang en Europe et lui concède les territoires rhénans et la Saxe - bien que F. ait manqué, par son alignement sur Alexandre Ier de Russie, de desservir les intérêts de la Prusse et d'entrer en conflit avec les autres alliés. Dans la ligne du congrès, il devient un des plus ardents défenseurs de la politique de restauration mise en oeuvre par Metternich : la Sainte Alliance inclut la Russie, la Prusse, l'Autriche et temporairement l'Angleterre. Le ton de ces années est donné par la persécution des associations d'étudiants et des patriotes, l'avortement des projets de Constitution, le renforcement de l'absolutisme. Hostile par ailleurs aux catholiques avec lesquels il entre en conflit en Rhénanie, F. subordonne entièrement l'Eglise nationale au roi, et provoque en 1817 la réunion des Eglises réformée et luthérienne. Une loi de 1820 organise une armée permanente de 150000 hommes soumise à un état-major général. Une Union douanière constituée par étapes se réalise autour de la Prusse en 1834. En dépit de ses vicissitudes, c'est sous le règne de F. que se sont mis en place plusieurs des facteurs qui permettront à la Prusse de réaliser plus tard l'unité allemande à son profit : l'éveil d'un patriotisme allemand, un enracinement en Allemagne occidentale, une armée solidement organisée et une Union douanière organisant sous l'égide de la Prusse, bien qu'encore incomplète, un marché commun allemand de vingt-cinq millions d'habitants.

Bibliographie : A. Bossert, Correspondance entre le roi Frédéric-Guillaume III et la reine Louise en 1807, tr.fr., 1910.

FRÉDÉRIC-GUILLAUME III (Potsdam, 1770-Berlin, 1840). Roi de Prusse (1797-1840). En guerre contre la France napoléonienne à partir de 1806, il encouragea le renouveau de la Prusse après les désastreux traités de Tilsit. Fils et successeur de Frédéric-Guillaume II, il combattit Napoléon Ier, inquiété par la création de la Confédération du Rhin, mais dut, après les victoires françaises d'Iéna et d'Auerstedt, signer les traités de Tilsit qui réduisaient de moitié la Prusse. Frédéric-Guillaume encouragea alors les réformes libérales proposées par de brillants hommes d'État tels Stein, Scharnhorst et Hardenberg. Après avoir engagé la Prusse dans la guerre de libération (1813-1814), Frédéric-Guillaume obtint du congrès de Vienne (1815) d'importants avantages territoriaux - en particulier l'Allemagne rhénane -, rétablissant ainsi la Prusse dans son ancienne puissance. Il refusa, à la fin de son règne, l'adoption d'une constitution mais fonda en 1834 le Zollverein, première étape vers l'unité politique de l'Allemagne.

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