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Frédéric-Guillaume, dit le « Grand Électeur » (Berlin 1620-Potsdam 1688); électeur de Brandebourg [1640-1688].

Frédéric-Guillaume, dit le « Grand Électeur » (Berlin 1620-Potsdam 1688); électeur de Brandebourg [1640-1688].

Ce fils du faible et insignifiant Georges-Guillaume, apparenté par sa mère aux grandes maisons princières calvinistes du Palatinat et d'Orange-Nassau, est élevé aux Provinces-Unies dans l'entourage du stathouder Frédéric-Henri. En 1640, il se trouve à la tête d'un pays profondément bouleversé par les ravages de la guerre de Trente Ans. La première initiative qu'il prend en vue de restaurer le pouvoir princier au Brandebourg est de congédier les régiments de mercenaires relevant de l'autorité de l'Empereur et dépendant de l'ancien favori Schwarzen-berg. A partir de 1644, il les remplace par une nouvelle troupe, petite mais bien entraînée, qui constitue le noyau de l'armée permanente du Brandebourg. Au congrès de Westphalie, le prince-électeur perd certes à son grand dam la partie occidentale du duché de Poméranie, avec Stettin, en dépit du traité qui attribuait au Brandebourg la succession en Poméranie en cas d'extinction de la famille régnante. Toutefois, à la faveur des dissensions entre les grandes puissances, il obtient la Poméranie orientale, ainsi que les évêchés de Halberstadt, Minden et Magdebourg, une compensation importante bien que peu appréciée. Sa participation déterminée, au mépris de tous les risques, à la première guerre du Nord, au cours de laquelle la jeune armée du Brandebourg fait pour la première fois ses preuves lors de la bataille de Varsovie, vaut au Brandebourg d'avoir désormais sa place parmi les puissances européennes. Coincé entre le dangereux agresseur suédois et la Pologne, dont relève son duché de Prusse, et dont les forces se reconstituent peu à peu au cours de la guerre, il réussit pas à pas, au terme d'audacieuses manoeuvres, à obtenir d'abord de son allié suédois la reconnaissance de sa souveraineté en Prusse, puis, en s'alliant avec la Pologne, à faire que celle-ci renonce définitivement par la paix d'Oliva (1660) à sa suzeraineté sur la Prusse. Pour les besoins de sa politique extérieure active et le maintien de son armée permanente, l'Électeur se voit contraint de lever des impôts et de recruter des troupes dans l'ensemble de ses territoires, qui jusqu'alors n'étaient reliés entre eux que sous la forme d'une union personnelle. Partout, il se heurte alors à la résistance des États territoriaux, qui voient leur autonomie traditionnelle menacée par la montée de cet État absolutiste dont les objectifs politiques ultimes leur sont étrangers. Si F. réussit, au prix de tractations serrées, à imposer ses exigences dans son électorat de Brandebourg, il est contraint d'intervenir personnellement en Prusse orientale en ordonnant l'arrestation du chef de l'opposition, Roth, pour obtenir par la force la reconnaissance par les États de sa nouvelle souveraineté. Progressivement est instituée dans tous ses domaines par le biais des commissariats collégiaux une administration fiscale unique qui veille à accroître les revenus de l'État tout en pratiquant une politique économique à caractère mercantiliste. L'initiative la plus féconde consiste à accueillir plus de vingt mille huguenots français qui vont contribuer à moderniser l'économie. L'instance centrale la plus importante, tant pour la politique extérieure que pour l'administration, est le Conseil secret de Berlin (Geheimer Rat) au sein duquel - après limitation du rôle des conseillers privilégiés dès les premières années de règne - c'est la volonté de l'Électeur qui l'emporte. Avec une énergie indomptable, F. crée ainsi à partir de prémisses chaotiques un État relativement solide vis-à-vis de l'extérieur, en même temps que considérablement agrandi par les nouvelles acquisitions territoriales ; à partir de ces différents territoires jusqu'alors morcelés, il travaille à former un État unifié doté d'une administration centrale. Calviniste convaincu, il voit dans le succès de sa politique la preuve qu'il est élu par la grâce divine, puisant dans cette certitude la force d'agir au nom de la raison d'État. Comme il l'a déjà fait lors de la guerre du Nord, l'Électeur cherche, dans l'attitude qu'il adopte face à la France à partir de 1667, à obtenir par des voies compliquées un équilibre entre les différentes puissances tout en préservant sa propre indépendance, avec comme objectif politique ultime l'acquisition de la Poméranie antérieure (occidentale). Lorsque la supériorité de la diplomatie française permet à la Suède d'envoyer des troupes dans le Brandebourg en 1674, l'Électeur pare le coup en une brillante campagne, qui culmine avec la victoire de sa cavalerie à Fehrbellin (1675), suivie de la conquête de Stettin et de l'extraordinaire poursuite des Suédois jusqu'aux portes de Riga. Certes, une fois de plus, la France contraint F. à restituer les territoires conquis sur les Suédois (paix de Saint-Germain, 1679). Mais dans toute l'Allemagne, on fête le vainqueur de Fehrbellin en l'honorant du titre de Grand Electeur, célébrant en lui non seulement le chef de guerre, mais aussi la grande figure de souverain qu'il incarne.

FRÉDÉRIC-GUILLAUME, dit le GRAND ÉLECTEUR (Berlin, 1620-Potsdam, 1688). Électeur de Brandebourg (1640-1688) et duc de Prusse, il fut le créateur de la future puissance du royaume de Prusse. Succédant à son père engagé dans la guerre de Trente Ans (1618-1648), il réorganisa l'armée, imposa l'absolutisme et développa l'économie, favorisée par l'émigration des protestants français après la révocation de l'édit de Nantes (1685). Ses possessions s'agrandirent après les traités de Westphalie (1648) et ses guerres contre la Pologne, la France et la Suède. Voir Frédéric II, Frédéric-Guillaume Ier.

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