Frédéric-Guillaume Ier (Berlin 1688-Potsdam 1740) ; roi de Prusse [1713-1740], dit « le Roi-Sergent ».
Frédéric-Guillaume Ier (Berlin 1688-Potsdam 1740) ; roi de Prusse [1713-1740], dit « le Roi-Sergent ».
Fils on ne peut plus dissemblable de Frédéric Ier, dépensier et uniquement soucieux de donner à son nouveau titre de roi un caractère de représentation, et de la princesse Sophie-Charlotte, femme d'esprit aimant les arts et l'architecture, F. se montre durant toute son existence hostile à la vie de cour de son époque, qu'il juge trop raffinée, et manifeste également de l'aversion pour toute forme de culture intellectuelle et scientifique. Toutefois, ses connaissances très étendues et détaillées relatives à tous les domaines de l'administration économique et financière, ainsi que l'immense passion pour le métier de soldat qu'il manifeste en tant qu'instructeur de sa propre compagnie, lui permettent d'exercer, alors qu'il n'est encore que prince héritier avant d'accéder au trône en 1713, une influence croissante sur les affaires de l'Etat. Résolu à assurer à l'Etat prussien une place qui en ferait l'égal des grandes puissances européennes, il préconise pour cela une politique d'austérité financière et la mobilisation de toutes les forces de l'Etat, ainsi que l'entretien d'une armée dont la supériorité reposerait sur l'esprit de discipline et un entraînement intensif. Avec le Directoire général (Gene-raldirectorium) regroupant les responsables de l'administration des domaines et des impôts, fondé par une instruction de 1722 rédigée de sa propre main, et dont dépendent dans les provinces les Chambres de la guerre et des domaines (Kriegs- und Domänenkam-mern), il instaure une organisation administrative qui réussit à se maintenir jusqu'au siècle suivant. C'est l'armée qui devient le centre de l'Etat, une armée qu'unifie une stricte discipline et qui finit par compter plus de 80000 hommes, effectif considérable pour une population qui dépasse à peine deux millions d'individus. F. lui adjoint un corps d'officiers appartenant à la noblesse terrienne et qui, formé selon son exemple personnel, manifeste un sens du devoir tout à fait nouveau ; l'armée se recrute essentiellement, hormis quelques enrôlements forcés, parmi les sujets des domaines seigneuriaux de l'intérieur, dans le cadre des cantons. L'assainissement des finances de l'État est obtenu par la restriction radicale de toutes les dépenses de cour et par une politique économique à caractère mercantiliste qui vise à augmenter systématiquement la puissance fiscale du pays. Essayant d'imposer à la Prusse de vivre en autarcie, F. s'occupe tout particulièrement de développer l'industrie urbaine, d'assurer l'essor de la draperie, et de repeupler les régions de Prusse orientale décimées par la guerre et les épidémies, en accueillant des réfugiés protestants étrangers. Il s'efforce aussi d'améliorer le sort des paysans et, en 1719, abolit les dernières traces du servage sur les terres de la couronne. La manière absolutiste de diriger l'État adoptée par le roi, qui orchestre le tout personnellement depuis son cabinet, affaiblit les États territoriaux et met également fin à l'administration autonome des villes qui sont désormais soumises à un contrôle strict. F. exige de ses officiers et de ses fonctionnaires une obéissance inconditionnelle et un dévouement complet, les exhortant à lui faire don « de leur vie, de leurs biens, de leur honneur et de leur conscience ». Lui-même se sent tenu, influencé par son calvinisme rigoureux, de « bien gouverner ses États », au prix d'une activité infatigable. Les efforts incessants qu'il consacre à cette tâche, et surtout le rôle qu'il assume en tant qu'éducateur du peuple et instaurateur de l'ordre qui sert de base à l'essor de l'ancienne Prusse font apparaître F. comme le plus grand « roi intérieur » de la Prusse. Paradoxalement en effet, le « Roi-Sergent » ne fut guère belliqueux. Il s'engage toutefois - tardivement - dans la guerre du Nord contre la Suède, ce qui lui permet de conquérir la Poméranie occidentale avec la ville de Stettin (traité de Stockholm, 1720). Son règne couronne par là l'oeuvre du Grand Électeur, tout en préparant le règne glorieux de Frédéric II.
FRÉDÉRIC-GUILLAUME Ier, dit le Roi-Sergent (Berlin, 1688-Potsdam, 1740). Roi de Prusse (1713-1740). Fils et successeur de Frédéric Ier, petit-fils de Frédéric-Guillaume dit le Grand Électeur, il fut le véritable artisan de la puissance militaire prussienne, laissant à son fils Frédéric II le Grand les moyens de la porter à son apogée. Il reçut, comme les autres princes de son époque, une éducation rudimentaire mais, soldat né (d'où son surnom de Roi-Sergent), il s'attacha à faire de la Prusse une monarchie militaire. Construire une grande armée nécessitait d'importants revenus et des hommes. Il assainit les finances, réduisant les dépenses de la cour et imposant à tous, même à la noblesse, l'impôt foncier. La Prusse n'étant pas en mesure de concurrencer sur le plan commercial les grands États européens, il imposa au pays de vivre en économie fermée, introduisant le mercantilisme que Colbert avait imposé à la France. Grâce à cette politique, la Prusse accumula un trésor considérable qui lui permit la création d'une armée de près de 80 000 hommes vers 1740, nombre disproportionné par rapport à une population d'environ 600 000 habitants. Composée de mercenaires et de soldats recrutés dans les cantons, l'armée était encadrée par la noblesse terrienne, caste militaire très fermée (les roturiers n'y étaient pas admis). Frédéric-Guillaume ne fut cependant pas un roi belliqueux, ne prenant les armes qu'à la fin de la guerre du Nord, ce qui lui permit de gagner la Poméranie occidentale et Stettin (1720). Absolutiste, Frédéric-Guillaume laissait aussi à son successeur un État très centralisé, avec une administration efficace qui lui permit d'assurer la cohésion des possessions prussiennes dispersées dans l'Empire. Voir Saint Empire romain germanique.
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