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Euripide

Euripide (v. 485-406 av. J.-C.). Le plus jeune des trois grands auteurs tragiques athéniens. Nous n'avons que peu de renseignements fiables sur sa vie, la plupart des anecdotes que l'on raconte sur lui découlant en fin de compte des plaisanteries hostiles de poètes comiques, telles que des références à sa mère qui vendait des légumes sur le marché. L'histoire selon laquelle il écrivait ses pièces dans une grotte de Salamine confirme d'autres indices relatifs à ses tendances à la solitude. Il ne se distingua pas non plus dans le domaine de la politique. Dans l'esprit du public, il était associé aux sophistes, dont on distingue l'influence dans ses œuvres et on prétend qu'il connaissait Anaxagore, Socrate et Protagoras; on suppose que c'est chez lui que Protagoras donna la première lecture publique de son ouvrage sceptique Au sujet des dieux. Euripide gagna la compétition dramatique avec la trilogie qui contenait Hippolyte en 428 et, à titre posthume, avec la trilogie contenant Les Bacchantes et Iphigénie à Aulis, probablement produits en 405, et seulement en deux autres occasions. En 408 environ, rempli d'amertume par son impopularité, dit-on, il se retira d'Athènes pour se rendre à la cour d'Archelaos, roi de Macédoine. C'est là qu'il mourut, déchiré dit-on par les chiens d'Archelaos, peu avant les Dionysiaques de 406 au praogon desquelles Sophocle commémora sa mort en présentant son propre chœur tragique dépourvu de guirlandes. Nous possédons dix-neuf des quatre-vingt-douze pièces qu'Euripide est censé avoir écrites, et nous en connaissons environ quatre-vingts titres. Les pièces que nous possédons entrent dans deux catégories : I. Un choix de dix pièces peut-être effectué vers 200 et transmis avec les scholia, qui se compose d'Alceste (438, second prix), Médée (431, troisième prix), Hippolyte (428, premier prix), Andromaque (date inconnue; v. 426), Hécube (date inconnue, v. 424), Les Troyennes (415, second prix), Les Phéniciennes (entre 412 et 408), Oreste (408) Les Bacchantes (405 ; les scholia sont perdues), et Rhésos (qui n'est peut-être pas authentique). II. Une partie d'une disposition alphabétique de ses œuvres comprenant des pièces dont les titres (grecs) commencent par les lettres grecques E à K, à savoir: Hélène (412), Electre (date inconnue; v. 417), Les Enfants d'Héraclès (Heracleidae, date inconnue, v. 430), La Folie d'Héraclès (date inconnue; v. 417) Les Suppliantes (2) (date inconnue ; v. 422), Iphigénie à Aulis (405 ; donnée en même temps que Les Bacchantes), Iphigénie en Tauride (date inconnue; v. 414), Ion (date inconnue ; v. 410) et Le Cy-clope (drame satyrique, probablement tardif). Nous avons donc dans ce second groupe quelques pièces d'Euripide qui peuvent être considérées comme un choix représentatif de son œuvre, plutôt que des pièces sélectionnées dans un but précis, tel que le programme d'une école. Au xxe siècle, on a découvert sur des papyrus des restes très fragmentaires de plusieurs de ses pièces perdues. Le ton caractéristique des tragédies d'Euripide provient du fait que l'auteur s'éloigne de l'orthodoxie d'Eschyle et de Sophocle. Il exprime un point de vue non conventionnel et non traditionnel, en mettant en scène des gens qui ne comptent pas socialement, tels que des femmes et des esclaves; de même, il remet en cause les vieilles histoires à la lumière du scepticisme du Ve siècle. Ses héros et ses héroïnes mythiques, revêtus de vêtements appropriés à leurs souffrances — les Athéniens n'ont jamais oublié que dans le Télèphe, il décrivit son héros vêtu de haillons — décrivent leurs malheurs dans une langue contemporaine et en termes humains, et un esclave peut y révéler une noblesse d'esprit en conflit avec son statut. Dans la Poétique Artistote cita, à ce propos, ce mot de Sophocle disant que lui, Sophocle, représentait les gens tels qu'ils devraient être, tandis qu'Euripide les représentait tels qu'ils étaient. Dans l'Antiquité, on a souvent reproché à Euripide de représenter ses personnages, particulièrement les femmes, comme inutilement méchants. Il était sans aucun doute attiré par les histoires de passions violentes et étranges — Phèdre tombant incestueu-sement amoureuse de son beau-fils Hippolyte, Médée se vengeant de son mari et assassinant leurs enfants, la folie d'Héraclès ; mais ce qui l'intéressait précisément était le conflit qui jaillissait de l'esprit de tels personnages. Les critiques du xixe siècle le traitèrent volontiers de rationaliste à cause de son attitude sceptique vis-à-vis de la religion et de la moralité, mais à une époque plus récente il fut non sans raison taxé d'irrationalisme parce qu'il dépeint des êtres luttant contre leurs propres pulsions irrationnelles. La construction des pièces paraît parfois maladroite. Ses personnages disent ce qui est rhétoriquement de rigueur, en particulier lors des débats formels qu'Euripide prisait tant, ou soulèvent des questions qui ont trait à la pensée et aux événements du Ve siècle récent (en particulier, la guerre du Péloponnèse), mais dans leur contexte ces discours étaient souvent incongrus, ce qui rendait les personnages eux-mêmes moins crédibles. C'est un «dieu dans une machine» (deus ex machina) qui amène la conclusion de onze de ses pièces. Aristophane fit une parodie brillante d'Euripide dans Les Grenouilles et, à un moindre degré, dans Les Acharniens et Les Thesmophories. Aristote l'appela «le plus tragique des poètes» (c.-à.-d. celui qui suscite le mieux la pitié et la crainte) ce qui dépeint particulièrement bien sa description des horreurs de la guerre. On dit qu'après l'expédition en Sicile certains prisonniers athéniens gagnèrent leur liberté en récitant des passages de ses pièces.



Rhésos. Tragédie attribuée, sans certitude, à Euripide. Si elle est bien de lui, cette tragédie est apparemment antérieure à toutes ses pièces conservées. Rhésos met en scène le chant X de L'Iliade d'Homère. Les Grecs ont été repoussés vers leurs navires; Hector envoie le Troyen Dolon épier, de nuit, leurs intentions. Rhésos, roi de Thrace, arrive avec son armée pour combattre aux côtés des Troyens. Hector lui reproche son retard ; Rhésos répond avec orgueil et assurance, puis se retire pour la nuit. Ulysse et Diomède pénètrent dans le camp troyen ; ils ont tué Dolon après lui avoir soutiré le mot de passe. Guidés par la déesse Athéna, ils tombent sur les Thraces endormis, tuent Rhésos et emmènent ses chevaux. Le conducteur de char de Rhésos raconte que son maître a été tué par un inconnu et accuse Hector de ce meurtre. Hector est disculpé par la muse Terpsichore, mère de Rhésos, qui descend du ciel pour emporter le corps de son fils.

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