ÉRYTHRÉE
Du grec eruthros, « rouge ». État de l'Afrique orientale, riverain de la mer Rouge, compris entre l'Éthiopie, le Soudan et Djibouti ; capitale Asmara. Après avoir fait partie du royaume d'Aksoum, l'Érythrée devint une province de l'Éthiopie, mais les Ottomans occupèrent en 1557 le port de Massaouah, où ils devaient se maintenir pendant trois siècles. En 1842, l'Égypte, nominalement vassale de la Porte, prit le contrôle de l'Érythrée. En 1869, la compagnie italienne Rubattino acheta la baie d'Assab ; au cours des années suivantes, elle acquit divers points sur la mer Rouge ; l'ensemble fut revendu en 1882 à l'État italien. À partir de 1885, l'Italie entreprit de constituer une véritable colonie en Érythrée. Des troupes italiennes expulsèrent les Égyptiens de Massaouah et commencèrent, non sans difficultés (massacre de Dogali, 1887), l'occupation de l'intérieur. Par le traité d'Uccialli (2 mai 1889), l'Éthiopie reconnut solennellement la colonie italienne d'Érythrée. Mais les Italiens tentèrent en outre d'imposer leur protectorat à l'Éthiopie ; vaincus à Adoua (1er mars 1896), ils durent renoncer à ce projet (traité d'Addis-Abeba, oct. 1896), lequel fut repris par Mussolini en 1935. L'Érythrée servit de base à la conquête italienne de l'Éthiopie (1935/36). Sous la tutelle de l'Italie, l'Érythrée connut dans les années trente un essor économique et culturel qui développa sa personnalité indépendamment de l'Éthiopie. De nov. 1940 à mai 1941, les possessions italiennes d'Afrique orientale furent conquises par l'armée britannique ; et l'Érythrée demeura sous administration anglaise de 1941 à 1952. Satisfaisant l'ambition éthiopienne d'obtenir un accès à la mer Rouge, l'ONU décida en 1950 que l'Érythrée constituerait « une entité autonome fédérée à l'Éthiopie ». Le pays se dota alors d'un gouvernement et d'un Parlement, mais la pression éthiopienne s'accentua à partir de 1956, et, en nov. 1962, Addis-Abeba proclama l'annexion de jure de l'Érythrée à l'Éthiopie. Contre la domination éthiopienne se dressa le Front de libération de l'Érythrée (FLE). Soutenu par le Soudan d'abord, puis la Libye, la Syrie et l'Irak, il mena à partir de 1965 la guérilla contre les forces éthiopiennes. En 1970, l'état d'urgence fut décrété. La lutte se poursuivit après la chute d'Haïlé Sélassié et l'établissement d'un régime militaire en Éthiopie (1974). Le gouvernement éthiopien, soutenu et aidé par l'URSS et Cuba à partir de 1977, lança de grandes offensives contre la résistance érythréenne, en particulier, fin 1981, l'opération « Étoile rouge ». Mais le Front populaire de libération de l'Érythrée (FPLE) put se maintenir dans la région du Nord. Les conséquences de la guerre et de la sécheresse se conjuguèrent, à la fin de 1984 et au début de 1985, pour provoquer une famine meurtrière, malgré l'aide internationale. Après 1985, le FPLE enregistra des succès importants contre l'armée éthiopienne, concrétisés par la prise de Massaouah, en janv. 1990, puis d'Asmara, en mai 1991. Ces victoires contribuèrent à la chute du régime de Mengistu en mai 1991 et les rebelles éthiopiens qui s'emparèrent du pouvoir acceptèrent la sécession de l'Érythrée dès juill. 1991. En avr. 1993, le pays se prononça par référendum à 99,8 % pour l'indépendance, officiellement reconnue par l'Éthiopie en mai. On estime à plus de 100 000 le nombre de victimes érythréennes de la guerre (1965/93). Issayas Afeworki, secrétaire général du FPLE, devint président et Premier ministre d'un gouvernement provisoire. En févr. 1994, le FPLE se fondit dans un Front populaire pour la démocratie et la justice, promettant pour une date indéfinie l'instauration du multipartisme. En déc. 1995, un conflit armé opposa l'Érythrée au Yémen pour la possession des trois îles Hanish. Sa victoire n'empêcha pas une cour permanente d'arbitrage d'attribuer, en nov. 1998, la Grande Hanish au Yémen. L'Érythrée s'opposa aussi au Soudan qui l'accusait de soutenir des mouvements de guérilla contre Khartoum et un conflit frontalier avec l'Éthiopie, en mai 1998, dégénéra à nouveau en guerre ouverte. 0002000002D600000FEF 2D0,Si les années 1999/2000 virent la signature d'un accord de paix avec le Soudan, elles furent surtout marquées par une aggravation de la guerre avec l'Éthiopie, qui, ajoutée à la sécheresse, mit les deux pays au bord de la famine. Les efforts de l'OUA et de l'ONU aboutirent enfin, en juin 2000, à un accord de cessez-le-feu, qui prévoyait le déploiement d'un contingent de casques bleus, dont les premiers éléments débarquèrent en sept. Le 12 déc., la signature d'un accord de paix à Alger permit leur retrait partiel (févr. 2001), et constitua une commission neutre destinée à délimiter la frontière érythro-éthiopienne. Le 13 avril 2002, la Cour de justice de La Haye fit le partage officiel des territoires contestés.