Élisabeth lre (Greenwich 1533 - Richmond 1603) ; reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande [1558-1603].
Élisabeth lre (Greenwich 1533 - Richmond 1603) ; reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande [1558-1603].
É. est, aux yeux des catholiques, la fille illégitime d'Henri VIII et de sa deuxième femme, Anne Boleyn. Son père lui fait donner une éducation très soignée. Familiarisée avec les classiques latins et grecs grâce à l'enseignement d'humanistes réputés de Cambridge, elle reçoit par ailleurs une éducation musicale assez poussée. Mais le premier atout de cette future reine, qui s'intéresse assez peu aux questions religieuses, réside dans sa parfaite maîtrise des langues étrangères vivantes (l'italien, le français, plus tard l'espagnol et un peu d'allemand), qui lui permet d'entrer directement en rapport avec les ambassadeurs étrangers. E. a le tempérament passionné des Tudors, mais elle a appris de bonne heure l'art de se dominer, de dissimuler et de manoeuvrer avec prudence. Placée d'emblée par sa naissance dans le camp protestant, elle devient, sous le règne de Marie Tudor, l'espoir de tous ceux qui refusent la réaction «papiste ». Après la mort de cette dernière (1558), elle lui succède, conformément à l'ordre de succession établi par un statut du Parlement de 1544, mais refuse l'offre de mariage du roi d'Espagne Philippe II, veuf de la défunte reine. Par la suite, E. éconduira d'autres prétendants (l'archiduc Charles, fils de l'empereur Ferdinand Ier, le futur roi de France Henri III, puis son frère le duc François d'Alençon...) et demeurera célibataire, d'où les surnoms de « femme sans homme » et de « reine vierge », peu mérités du fait des nombreuses liaisons de la reine, commencées précocement et prolongées fort tard, notamment avec les comtes de Leicester et d'Essex. Une des raisons possibles de son célibat est la volonté qu'a E. de gouverner personnellement, même si elle ne gouverne pas seule. En William Cecil, le futur Lord Burghley, un des plus grands hommes d'Etat anglais du XXVIe siècle, la reine dispose quarante années durant (1558-1598) d'un collaborateur consciencieux et d'un sage conseiller. A ses côtés, on trouve au Conseil privé les Bacon (dont Nicholas, chancelier de 1554 à 1579), Robert Dudley, comte de Leicester, Francis Walsingham, secrétaire d'Etat de 1573 à 1590, le comte d'Essex avant sa disgrâce, et enfin Robert Cecil, fils de William, secrétaire à partir de 1596. Loin d'être un simple instrument d'orientation de la politique et de contrôle de l'administration, le Conseil travaille de manière autonome, traitant, au cours de séances qui finissent par être presque quotidiennes, une masse d'affaires de routine, allant de la correspondance diplomatique, des questions financières et ecclésiastiques jusqu'à la réponse aux plaintes des particuliers. Le règne d'E. est un des temps forts de l'absolutisme anglais. Pour éviter le retour des luttes de factions qui se sont produites après la mort d'Henri VIII, et pour limiter la puissance de l'aristocratie, É. n'élève que très peu de nobles à la pairie, se bornant à remplacer les familles éteintes, et réagit très durement contre les révoltes aristocratiques, notamment celle des comtes du Nord (1569-1570) qui rêvent d'une restauration du catholicisme et du remplacement d'É. par Marie Stuart. Pour mieux contrôler le Nord et le pays de Galles, la monarchie organise les deux cours vice-royales de York et de Ludlow Castle, tandis que la Chambre étoilée et la Haute Commission ecclésiastique renforcent le contrôle royal sur l'ensemble de la population. Au Parlement, le gouvernement jouit d'une position forte en raison de la grande autorité du souverain doté d'un droit de veto absolu, et de son pouvoir d'influencer les élections à la Chambre des communes. Le Parlement sous É. siège relativement rarement (treize fois en quarante-cinq ans de règne). Ses sessions, de durée généralement brève, peuvent être convoquées, reportées ou dissoutes selon le bon vouloir de la reine. A plusieurs reprises néanmoins, les débats sont animés, à la fin du règne notamment, et les députés s'opposent parfois à la politique de la reine, surtout en matière religieuse et financière. Mettant un terme à la restauration catholique de Marie Tudor, E. s'oriente dès le départ dans une voie religieuse située à mi-chemin entre le catholicisme et le calvinisme. Elle commence par rétablir en 1559 avec l'aide du Parlement, par l'Acte de suprématie, l'indépendance vis-à-vis de Rome de l'Église nationale anglicane, placée sous l'autorité suprême du monarque. La même année, l'Acte d'uniformité rétablit, avec plus de modération, le Prayer Book d'Edouard VI, d'inspiration nettement calviniste. Plus tard, en 1563, le bill des Trente-Neuf Articles de l'Église anglicane, élaboré par les nouveaux évêques mis en place après 1559, définit des dogmes proches du calvinisme, tout en conservant une liturgie très influencée par le catholicisme. Nullement fanatique, convaincue de la nécessité de préserver l'unité nationale, É. applique d'abord de manière très libérale les lois contre les catholiques anglais qui se montrent loyaux envers elle - et refuse d'exiger d'eux autre chose qu'un conformisme religieux purement extérieur. C'est seulement lorsque la papauté, qui encourage la révolte du Nord, l'excommunie et délie les Anglais du serment de fidélité à l'égard de la reine (1570), que celle-ci déclenche les persécutions, fait exécuter les grands seigneurs rebelles (Norfolk), interdit totalement le culte catholique, pourchasse les jésuites débarqués clandestinement ainsi que ceux qui les hébergent. C'est dans ce contexte qu'est finalement exécutée Marie Stuart, prétendante au trône autour de laquelle se cristallise l'opposition catholique (1587). C'est le fils protestant de Marie Stuart, Jacques VI d'Écosse (le futur Jacques Ier) qui devient dès lors l'héritier de la couronne d'Angleterre. Si É. est à plusieurs reprises intervenue en Europe en faveur des protestants (lors des troubles d'Écosse dans les années 1559-1560, puis aux Pays-Bas, notamment dans les années 1580), elle doit bientôt faire face dans son propre royaume, à partir de 1570, au mouvement protestant radical des « puritains », influencé par John Knox et par le presbytérianisme écossais. En attaquant la collusion du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel au sein de l'Église épiscopale anglaise, ils sapent les racines du pouvoir royal en Angleterre et se heurtent de ce fait à la résistance de la reine qui dès 1573 fait poursuivre Cartwright, et durcit les persécutions dans les deux dernières décennies du siècle. Le soutien accordé par É. aux révoltés des Pays-Bas et plus encore les incursions répétées des corsaires anglais Hawkins et Drake dans l'Empire colonial espagnol entraînent à partir de 1566 une nette détérioration des rapports anglo-espagnols. Dès 1586, l'Espagne a résolu l'invasion de l'Angleterre et prépare l'expédition de l'Invincible Armada. L'échec de celle-ci (1588) renforce la vocation maritime de l'Angleterre, et désormais, malgré la crainte de nouvelles attaques espagnoles (1596-1597, 1599), le royaume n'est plus menacé dans son indépendance. La guerre se poursuit avec l'Espagne jusqu'en 1604, É. manquant en fait d'argent et de moyens militaires pour pouvoir obtenir une victoire décisive. Dans le domaine économique, l'ère élisabéthaine est marquée par un remarquable essor, accompagné d'une nette croissance démographique. Si l'agriculture n'évolue que lentement, le règne voit une forte expansion de l'industrie (textile, forges, extraction houillère), à tel point que certains ont pu parler, de manière sans doute excessive, d'une première « révolution industrielle ». Le grand commerce connaît des progrès sans précédent, avec la fondation de nouvelles compagnies à monopole pour l'exploitation de nouveaux domaines commerciaux. Si la Compagnie de Russie ou de Moscovie, qui suit la découverte par Chancellor de la route de la mer Blanche et les accords commerciaux passés avec le tsar Ivan IV le Terrible, date de 1555, donc du règne de Marie Tudor, plusieurs autres compagnies voient le jour sous E. : la Compagnie de la Baltique (Eastland Company), fondée en 1579 pour l'écoulement en Europe orientale des textiles anglais par le port prussien d'Elbing, la Compagnie du Levant (1581) pour le commerce - florissant à cette époque - avec l'Empire ottoman, la Compagnie du Maroc en 1585, la Compagnie de Sénégambie en 1588, et pour finir celle des Indes orientales en 1600. Le règne d'E. voit en effet les premiers pas de l'Angleterre dans l'aventure coloniale (1587 : débarquement de Sir Walter Raleigh en Virginie) et le doublement du tonnage de la flotte marchande. Cette expansion profite surtout aux possédants, notamment à la petite et moyenne noblesse (gentry) ouverte aux parvenus tant paysans que bourgeois, aux marchands et aux fabricants. Londres voit sa population passer de quelque 90 000 habitants en 1563 à plus de 150 000 à la fin du siècle. Une bourse y est fondée en 1566. La monarchie intervient dans la vie économique : E. investit son propre argent dans les compagnies et réglemente la production. Le célèbre « Statut des artisans et des apprentis » de 1563 uniformise la formation professionnelle et soumet la fixation des salaires au contrôle des juges de paix. Après 1580, la pauvreté s'accroît, conséquence de la croissance démographique, des mutations économiques et sociales, et des graves difficultés de la fin du siècle (famines, pestes dans toute l'Europe occidentale). Les institutions d'assistance se multiplient, et la législation des poor laws, de 1563 à la grande loi de 1601, vise à maintenir les pauvres dans leurs paroisses d'origine, posant le principe de la responsabilité locale de leur assistance et de leur entretien ; c'est le premier système d'assistance publique connu en Europe. Grâce à sa politique de compromis, visant à consolider l'Etat et orientée vers le bien du peuple, E. a renforcé l'unité de son pays et permis le grand essor culturel de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle, qui culmine dans les chefs-d'oeuvre de Shakespeare, Marlowe et Ben Jonson. La musique de cour connaît sous son règne un bel épanouissement avec les virginalistes, tandis que les poètes (Edmund Spenser, Philip Sidney) célèbrent en E. « Gloriana », l'incarnation vivante de l'État, le symbole de l'unité nationale. Parée jusqu'à l'extravagance de perles et de bijoux, celle-ci aime ces marques d'adulation. Les aspects peu flatteurs de sa personnalité - son caractère capricieux, sa vanité, la jalousie qu'elle éprouve envers les femmes plus jeunes, la manie de la persécution dont elle souffre à l'occasion, ainsi que ses accès de rage - ont certes rendu souvent difficiles les rapports personnels avec E., mais ils ne compromettent en rien les talents politiques de la reine, experte dans le choix de ses conseillers, dotée d'un brillant talent diplomatique et -c'est là peut-être le principal de ses dons -de la faculté de conformer ses objectifs aux limites des moyens dont elle dispose. Néanmoins le chômage, les mauvaises récoltes, et surtout les grandes dépenses nécessaires pour écraser une importante rébellion en Irlande (1594-1603) ont, au cours des quinze dernières années du règne, épuisé les forces de l'Etat, provoqué une hausse des charges fiscales et préparé le terrain aux critiques contre la politique monarchique, qui n'éclateront vraiment que sous son successeur Jacques Ier.
Bibliographie : C. Erickson, Élisabeth Ire, trad. amér. M.-F. de Paloméra, 1985 ; M. Duchein, Élisabeth Ire, reine d'Angleterre, 1992 ; B. Bennassar, J. Jacquart, Le XVIe Siècle, 1972, p. 311-323.
ÉLISABETH Ire (Greenwich, 1533-Rich-mond, 1603). Reine d'Angleterre (1558-1603). Princesse de la Renaissance, elle rétablit sous son règne l'Église anglicane dans une Angleterre marquée par un vigoureux essor économique et commercial mais aussi une brillante renaissance littéraire. Fille d'Henri VIII et d'Anne Boleyn, déclarée illégitime, elle fut élevée loin de la cour, mais reçut une excellente éducation. Humaniste accomplie, férue d'Antiquité et parlant plusieurs langues, elle fut, après la mort de sa mère, rétablie dans ses droits, un statut du Parlement (1544) la plaçant, après le futur Édouard VI et la future Marie Tudor, au troisième rang dans l'ordre de succession. Malgré son loyalisme affiché sous le court règne de Marie Tudor, compromise dans le complot de Thomas Wyatt, elle fut quelque temps emprisonnée à la Tour de Londres puis éloignée de la cour. Son accession au trône (1558) fut accueillie avec soulagement par la majorité des Anglais opposés à la souveraine papiste et Élisabeth, soutenue par son ministre William Cecil, s'attaqua d'abord au problème religieux. Agissant avec prudence, se méfiant à la fois des puritains qui contestaient l'autorité épiscopale et des catholiques papistes, elle organisa l'Église anglicane en rétablissant (1559) l'Acte de Suprématie que lui conférait le titre de gouverneur suprême de l'Église et promulgua les Trente-Neuf Articles de la nouvelle foi (1563), qui étaient un dosage savant entre les formes du catholicisme et le protestantisme. Après son excommunication (1570), Élisabeth dut faire face à deux oppositions : celle des catholiques qui portaient leurs espoirs sur Marie Stuart, et celle des calvinistes presbytériens qui refusaient la hiérarchie épiscopale. Les catholiques furent impitoyablement pourchassés, particulièrement en Irlande, et Marie Stuart, qui constituait une grave menace politique pour la succession au trône (comme arrière-petite-fille d'Henri VIII), fut exécutée. La politique extérieure d'Élisabeth s'inscrivit dans le contexte des luttes religieuses en Europe, son but étant aussi d'affaiblir la puissance de l'Espagne de Philippe II. L'aide qu'elle apporta aux Pays-Bas protestants provoqua une guerre de dix ans avec Philippe II, au cours de laquelle l'invincible Armada fut détruite (1588), inaugurant la maîtrise maritime de l'Angleterre. Dans le même temps, secrètement encouragés par la reine, des corsaires (Drake) attaquaient les navires marchands espagnols. Un vigoureux essor économique marqua aussi son règne : l'industrie drapière, favorisée par l'exil de milliers de drapiers flamands, fuyant la persécution, l'élevage - avec le mouvement des enclosures -, le commerce - avec l'ouverture de la Bourse de Londres et la création de la Compagnie des Indes orientales. Le Parlement, avec l'exercice de plus en plus personnel du pouvoir secondé par des ministres compétents (Cecil, Walsingham) perdit de ses prérogatives, annonçant les futurs conflits qui éclatèrent sous les Stuarts. Enfin l'ère élisabéthaine vit l'éclosion d'une grande littérature, magistralement représentée par Shakespeare. Élisabeth, non mariée, reconnut pour successeur Jacques d'Écosse, le futur Jacques Ier. Avec elle, finissait la dynastie des Tudors. Voir Presbytérianisme.
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