CROATIE
État de l'Europe centrale, né en 1991 de l'éclatement de la Yougoslavie ; capitale Zagreb. Elle comprend la Croatie propre, la Slavonie, la Dalmatie et une partie de l'Istrie. D'abord habité par les Illyriens et des peuples celtiques (Taurisques et Scordisques), le territoire actuel de la Croatie fut conquis par les Romains en 35 av. notre ère et fit partie de la province de Pannonie. Englobée dans l'empire de Théodoric (493) puis dans celui de Justinien (535), cette région fut envahie au VIIe s. par des Slaves venus d'Ukraine, les Croates, qui, au IXe s., furent convertis au christianisme. D'abord soumis aux Francs (806) et aux Byzantins (877), les Croates fondèrent un duché (vers 880), puis un royaume indépendant (925). Les Xe/XIe s. marquent une période de grandeur pour la Croatie, en lutte avec Venise, et dont les souverains portèrent, à partir de 1059, le titre de roi de Dalmatie. Mais la dynastie nationale s'étant éteinte, le roi Ladislas Ier de Hongrie s'empara du pays. De 1091 à 1918 - si l'on excepte les périodes d'occupation turque (1526/1699), française (1809/13) et la courte période d'annexion à l'Autriche (1849/68) -, la Croatie resta en union personnelle avec la Hongrie, en gardant son gouvernement local autonome. Cependant, le nationalisme croate commença à s'affirmer en 1848 : sous la direction du ban Josip Jelacic, les Croates refusèrent de se rallier à la sécession hongroise (sept. 1848) et engagèrent une lutte ouverte contre les révolutionnaires hongrois - pour le seul profit du gouvernement autrichien. Lors de la création de l'État austro-hongrois (compromis de 1867), les Croates furent inclus contre leur gré dans la partie hongroise de l'Empire ; en 1868, ils obtinrent des Magyars le nagodba, qui reconnaissait leur autonomie dans les domaines de la police intérieure, de la justice, de l'instruction publique et de l'agriculture. Durant la Première Guerre mondiale, avec des dirigeants politiques Croates, Ante Trumbic, passa dans le camp des Alliés et signa avec les Serbes la déclaration de Corfou (20 juill. 1917), qui préparait un futur État rassemblant tous les Slaves du Sud. Entrés en déc. 1918 dans le royaume des Serbes, Croates et Slovènes (Yougoslavie), les Croates virent bientôt les dirigeants serbes de Belgrade négliger leurs aspirations à l'autonomie. L'opposition nationaliste croate s'organisa légalement dans le parti paysan de Radic (ce dernier devait être assassiné en 1928) et, clandestinement, dans le mouvement des Oustachis, qui recourut à l'action terroriste (assassinat du roi Alexandre Ier à Marseille, 1934). Durant la Seconde Guerre mondiale, dès le début de la conquête de la Yougoslavie par les troupes de l'Axe, l'indépendance de la Croatie fut proclamée à Zagreb (10 avr. 1941). Le royaume de Croatie, qui comprenait, outre la Croatie, la Slavonie et une partie de la Dalmatie, eut pour souverain titulaire le prince italien Aymon de Savoie-Aoste, mais fut dirigé en fait par le poglavnik Ante Pavelic, ancien chef des Oustachis, qui établit un régime autoritaire ; il collabora étroitement avec les Allemands et mena une politique sanguinaire à l'égard des Serbes. Après 1945, dans la Yougoslavie de Tito (lui-même un Croate), la Croatie, en vertu de la Constitution de 1946, devint une république autonome au sein de la fédération yougoslave.
En 1990, l'exemple slovène poussa les communistes croates à modifier les institutions de la république et à organiser des élections libres à l'issue desquelles le Parlement élut président de la République Franjo Tudjman, leader de l'Union démocratique croate (HDZ). Ce parti nationaliste qui affichait une volonté d'indépendance inquiéta les minorités serbes de Krajina et de Slavonie. Le référendum du 19 mai 1991 aboutit à la proclamation unilatérale de la souveraineté et de l'indépendance croates. L'intervention de l'armée fédérale yougoslave en Krajina et en Slavonie, à laquelle s'ajouta l'action de milices serbes, engendra un conflit serbo-croate. La prise de Vukovar par les Serbes (nov. 1991) et les massacres qui l'accompagnèrent, puis les bombardements systématiques de Dubrovnik émurent l'opinion internationale. En janv. 1992, un cessez-le-feu fut imposé par la Force de protection de l'ONU (FORPRONU), que suivit la reconnaissance de la Croatie par une communauté internationale sensible à la pression allemande au sein de la CEE. Les combats se poursuivirent cependant sporadiquement, en Krajina notamment, où s'autoproclamait une république serbe souveraine et indépendante, puis en Bosnie, où Zagreb soutint la République croate autoproclamée de Bosnie avant de se rallier, en 1994, au projet de « confédération croato-bosniaque » proposé par les Occidentaux. De mai à août 1995, l'armée croate mena une opération de reconquête dans l'ouest de la Slavonie et de la Bosnie, pendant que l'OTAN et l'IFOR bombardaient les positions serbes. En oct. 1995, le HDZ l'emporta aux élections législatives et, en juin 1997, Franjo Tudjman fut réélu président. La Slavonie orientale, dernier territoire resté sous contrôle conjoint des Croates et des Serbes, fut réintégrée dans la Croatie au début de 1998, conformément aux accords de Dayton, cependant que l'instauration de la TVA et une série de privatisations provoquaient d'importantes manifestations. Au printemps 1999, la Croatie ouvrit son espace aérien aux vols de l'opération Force alliée, lors de l'intervention de l'OTAN au Kosovo, ce qui lui valut l'arrêt de l'embargo américain sur les armes. La mort de F. Tudjman en déc. 1999 ouvrit une nouvelle période politique. Le HDZ fut battu aux élections législatives de janv. 2000 par une coalition des partis d'opposition et Stipe Mesic, seul Croate à témoigner devant le Tribunal pénal international, fut élu président en févr.
CROATES. Peuple slave ayant donné son nom à la Croatie, région des Balkans qui formait l'une des six Républiques fédératives de Yougoslavie. La Croatie forma aux Xe et XIe siècles un royaume, puis elle fut rattachée au royaume de Hongrie ( 1102-1918). Elle s'associa au mouvement nationaliste serbe au début du XXe siècle, revendiquant l'union des Slaves du Sud. Englobés dans la Yougoslavie à partir de 1919, les Croates s'opposèrent violemment au centralisme serbe, recourant au terrorisme dont l'une des victimes fut Alexandre Ier, assassiné en 1934 à Marseille. En 1941, la Croatie forma un État indépendant, contrôlé par les Allemands et les Italiens et gouverné par Ante Pavelic qui y établit un régime de terreur. Depuis 1991, la Croatie forme une République indépendante. Voir Autriche-Hongrie, Croatie (République de). CROATIE (République de). Ancienne république fédérée de la Yougoslavie (capitale : Zagreb), peuplée essentiellement de Croates (environ 78 %) et de Serbes (environ 12 %). Après avoir proclamé son indépendance en 1991, la Croatie a dû affronter les Serbes, soutenus par l'armée fédérale. En 1992, ont été envoyés dans la République - autoproclamée - de Krajina, occupée par les Serbes, des Casques bleus dans le cadre de la FORPRONU (Forces de protection des Nations Unies).