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CONGO (République démocratique du), ex-Zaïre, ex-Congo-Kinshasa, ex-Congo-Léopoldville

État de l'Afrique équatoriale qui englobe la plus grande partie du bassin du Congo ; capitale Kinshasa (ex-Léopoldville). Peuplé de plus de 250 ethnies, l'actuel Congo a connu des États forts sur les franges de son territoire, le centre étant couvert de forêts tropicales peu propices au développement de fortes structures politiques. À l'ouest, autour de l'embouchure du fleuve Congo, le royaume du Kongo se développa à partir du XIVe s. et prospéra surtout grâce à la traite avec les Portugais, avant de décliner au XVIIIe s. Des royaumes concurrents se développèrent alors comme le Kouba (dans le Kasaï) et le Lunda (au sud-ouest du pays), tandis que le Kongo dura jusqu'à la colonisation. À l'est, les royaumes des Grands Lacs, qui se créèrent au XVe s., se livrèrent des luttes fréquentes avant que le Rwanda et le Bouganda émergent comme les plus puissants d'entre eux. Au nord, le principal État fut celui des guerriers zandés ; créé au XVIIIe s., il domina la traite transsoudanaise. • Le Congo de Léopold II • Le Congo belge • Le Zaïre et Mobutu • La République démocratique du Congo Le Congo de Léopold II C'est vers 1875, après les expéditions de Livingstone et les premiers voyages de Stanley, que l'Europe commença à s'intéresser au cœur de l'Afrique centrale. En 1876, le roi des Belges, Léopold II, convoqua à Bruxelles une Conférence géographique internationale (12/14 sept.) ; elle aboutit à la fondation d'une Association internationale africaine (AIA) destinée à étudier le centre de l'Afrique et à envisager les moyens d'y faire disparaître la traite des Noirs à laquelle continuaient de se livrer des marchands arabes. Sous le couvert de principes scientifiques et humanitaires, Léopold II envisageait de s'assurer la propriété du Congo. L'année suivante, Stanley, disparu depuis deux ans, acheva la traversée du continent africain d'est en ouest, en longeant le fleuve Congo. L'Angleterre ne désirant pas coloniser les régions qu'il venait de découvrir, il accepta les offres de Léopold II et, en 1879, il repartit au Congo avec un groupe de Belges, mandaté par le Comité belge d'études du haut Congo. Au cours de cette expédition (1879/82), Stanley constata avec dépit que Pierre Savorgnan de Brazza, à la tête d'une expédition française, l'avait devancé sur le bas Congo et s'était installé à l'emplacement de l'actuelle Brazzaville. Il installa sa station sur la rive opposée, à Léopoldville, et signa des traités avec les chefs locaux. Après cette expédition, Léopold II fonda, en 1882, l'Association internationale du Congo et Stanley repartit pour l'Afrique, où il conclut quelque 400 nouveaux traités. Malgré les revendications du Portugal sur l'embouchure du Congo, la conférence internationale de Berlin, dans son acte du 26 févr. 1885, reconnut Léopold II comme souverain, à titre personnel - et non comme roi des Belges -, d'un État indépendant du Congo. Le Parlement belge réagit sans enthousiasme et il fut établi que le roi devrait supporter tous les frais de la conquête et de la colonisation sur sa fortune personnelle. La pacification du territoire, qui demanda une dizaine d'années, fut menée par des officiers belges. Furent successivement annexés les territoires de l'Oubangui et du Bomu (1887/89), de l'Uélé (1890), du Katanga (1891/92) et du Kivu (1894). Le roi convoqua en 1889 la Conférence internationale antiesclavagiste de Bruxelles, et, jusqu'en 1894, les Belges, commandés par Dhanis, menèrent une lutte impitoyable contre les sultans arabes trafiquants d'esclaves. Parallèlement se poursuivait la mise en valeur économique du Congo (construction de la voie ferrée Matadi-Léopoldville, 1891/98). Les dépenses dépassèrent rapidement les ressources personnelles de Léopold II, qui, dès 1886, dut solliciter des emprunts auprès du Parlement belge. En 1895, lors d'un nouvel emprunt de 6 millions de francs belges, Léopold II accorda à la Belgique la faculté d'annexer le Congo en 1901. Du fait de l'opposition à l'entreprise coloniale dans l'opinion publique, c'est seulement en mars 1908 que le Parlement accepta le transfert du Congo à la Belgique. Le Congo belge Le caoutchouc avait été, au début de la colonisation, la principale richesse du pays. Il fut supplanté par les produits miniers, cuivre et diamants. L'Union minière du Haut-Katanga, créée en 1906, commença en 1911 l'extraction du cuivre et, en 1928, fournissait 7 % de la production mondiale ; à cette date, le Congo belge était aussi le deuxième producteur de diamants du monde, derrière l'Union sud-africaine. En 1914/18, les troupes du Congo belge participèrent à l'invasion de l'Afrique-Orientale allemande, et la Belgique, aux traités de paix, reçut un mandat sur le Ruanda-Urundi. Durant la Seconde Guerre mondiale, la colonie, sous l'autorité du gouvernement belge réfugié à Londres, connut un rapide essor industriel qui précipita l'urbanisation de la population autochtone ; celle-ci obtint en 1946 le droit de constituer des syndicats et le droit de grève. La période de l'après-guerre fut marquée par un effort économique accru (plan décennal de 1949) et par un nouvel afflux de population blanche (34 000 Européens en 1944, 113 000 en 1958). L'éveil politique des Noirs se manifesta en 1956 avec la publication du Manifeste de conscience africaine et du Manifeste de l'Abako. À la suite de l'indépendance des anciennes colonies françaises au sein de la Communauté (1958), de graves émeutes se produisirent à Léopoldville le 4 janv. 1959. Le 13 janv. 1959, le gouvernement belge annonçait sa détermination de conduire le Congo vers l'indépendance. De nombreux partis politiques se constituèrent : Mouvement national congolais de Lumumba, Abako de Kasavubu, Union congolaise... Après deux « conférences de la Table ronde » (janv. et mars 1960), l'indépendance de la république du Congo fut officiellement proclamée par le roi Baudoin Ier à Léopoldville, le 30 juin 1960. Aussitôt après cette indépendance précipitamment accordée, l'ancien Congo belge, sans élite politique indigène, sombra dans le chaos. Les élections du printemps 1960 avaient placé au premier plan le Mouvement national congolais (MNC) de Patrice Lumumba, qui voulait un État unitaire, mais de puissantes tendances autonomistes s'affirmaient, avant même l'indépendance, dans la riche province minière du Katanga, chez les Bakongos, les Baloubas du Kasaï et les Bangalas. Par une mesure de compromis, le pouvoir fut partagé entre Lumumba, chef du gouvernement, et Joseph Kasavubu, principal chef des Bakongos, président de la République. Mais en quelques jours, la confusion se répandit : les soldats congolais se révoltèrent contre leurs officiers blancs et s'en prirent à la population européenne ; Moïse Tshombé proclama la sécession du Katanga (11 juill. 1960) et la Belgique envoya des parachutistes pour protéger l'évacuation de ses ressortissants. Lumumba, qui dénonçait dans la sécession katangaise l'action de la Belgique et de la compagnie de l'Union minière (qui assurait l'exploitation exclusive des gisements minéraux), menaça de faire appel à l'URSS si des troupes onusiennes ne remplaçaient pas les troupes belges. Les premiers Casques bleus débarquèrent le 16 juill., mais, imitant le Katanga, la province du Kasaï fit aussi sécession (8 août). Alors que, le 5 sept., Lumumba et Kasavubu se déposèrent mutuellement, aggravant la confusion qui régnait dans le pays, le colonel Mobutu s'empara de la capitale (19 sept.) et neutralisa tous les hommes politiques. Il renoua bientôt avec le président Kasavubu qui constitua un gouvernement de transition avec J. Iléo. Arrêté sur ordre de Mobutu en déc. 1960, Lumumba fut transféré au Katanga, où il fut abattu au cours d'une prétendue tentative d'évasion (févr. 1961). Le Congo semblait imploser. Gizenga, qui se proclamait l'héritier de Lumumba, était maître de Stanleyville ; au centre du pays, le chef de la rébellion Kasaï, Albert Kalondji, se retranchait dans le Sud-Kasaï et Tshombé se considérait comme le chef de l'État indépendant du Katanga, où il était soutenu par l'Union minière et par des mercenaires européens. En août 1961, Kasavubu constitua pourtant sous la direction d'un ancien syndicaliste, Cyrille Adoula, un gouvernement d'union nationale où étaient représentés tous les partis et toutes les provinces - à l'exception du Katanga, où Tshombé, en dépit de ses promesses, persistait dans la sécession. Après un an et demi de négociations inutiles (au cours desquelles le secrétaire général de l'ONU, Dag Hammarskjöld, trouva la mort dans un accident d'avion, le 18 sept. 1961), Adoula obtint l'élimination de la sécession katangaise par les Casques bleus de l'ONU (déc. 1962, janv. 1963). Mais, peu après, Pierre Mulele, ancien ministre de Lumumba, déclenchait une rébellion armée au Kwilu, cependant qu'un Comité lumumbiste de libération nationale s'installait à Brazzaville. Durant l'année 1964, au moment où les dernières forces de l'ONU quittaient le Congo, le gouvernement Adoula dut faire face à des désordres croissants, alors que l'économie du pays restait paralysée. Dans cette extrémité, Kasavubu se résigna à faire appel à son ancien adversaire, Tshombé, qui prit la direction des affaires (juill. 1964), mais ne put empêcher la création, dès le mois suivant, à Stanleyville, d'une république populaire présidée par le lumumbiste Gbenye. Les Européens habitant la ville ayant été pris comme otages, des parachutistes belges vinrent les libérer (nov. 1964). À la suite d'élections législatives, Kasavubu procéda au renvoi de Tshombé (23 oct. 1965), mais, un mois plus tard, il était lui-même renversé par le colonel Mobutu, qui, avec l'appui de l'armée, devint chef de l'État (25 nov. 1965). Le Zaïre et Mobutu Maître du pouvoir, Mobutu établit un régime présidentiel autoritaire et se consacra à la remise en ordre du pays et à la relance de l'économie. Il intimida les oppositions intérieures par des exécutions exemplaires, fit condamner à mort par contumace Moïse Tshombé (mars 1967) et força les derniers mercenaires à quitter le Congo (nov. 1967). Pour mettre fin aux luttes tribales, il regroupa les vingt et une provinces congolaises en huit provinces nouvelles et s'efforça de ressusciter le passé africain : en juill. 1966, les noms des grandes villes furent africanisés, comme le furent, par la suite, tous les prénoms des citoyens congolais, cependant que la musique et l'art africains étaient mis à l'honneur. En 1972, le pays prit officiellement le nom de Zaïre, qui servait, au XVIe s., à désigner le fleuve Congo. La « congolisation » de l'économie fut marquée essentiellement par la nationalisation de l'Union minière (janv. 1967). Cependant, faute de techniciens, le Zaïre dut accepter une solution de compromis et accorder à une filiale de la Société générale de Belgique le pouvoir d'exploiter les concessions du Katanga et de commercialiser le cuivre. Le président Mobutu, seul candidat à la présidence de la République (réélu en 1978 et en 1984), sut mettre en échec ses adversaires les plus résolus (le Shaba (v.) se souleva en 1977, 1978 et 1984), mais sut aussi rallier au régime certains opposants et réprima durement les autres. Au plan international, il parvint à négocier l'énorme dette extérieure contre divers avantages stratégiques ou diplomatiques nécessaires à la politique occidentale en Afrique. Malgré ses immenses richesses, le Zaïre était un des pays les plus déshérités du continent. Les causes de ce désastre économique se trouvaient dans la corruption, l'impéritie et le clientélisme de l'État et des « élites ». La contrebande était devenue une institution. En mars 1989, les conditions d'un allégement de la dette du Zaïre envers l'ancienne métropole belge provoquait une grave tension avec Bruxelles. La crise économique et financière et la force du mouvement d'opposition démocratique obligèrent le général Mobutu, désormais privé du soutien de ses alliés occidentaux, à accepter, en avr. 1990, l'abandon du système de parti unique et, un an plus tard, l'ouverture d'une conférence nationale. Alors que celle-ci élut, en août 1992, Tshisekedi au poste de Premier ministre, le président Mobutu nomma un « conclave politique » qui, excluant l'opposition, désigna un gouvernement concurrent dirigé par un allié de Mobutu, Faustin Birindwa (mars 1993) : dès lors, deux exécutifs coexistèrent. L'affrontement au sein du pouvoir central et la dépréciation galopante de la monnaie provoquèrent émeutes et pillages, causant notamment la mort de l'ambassadeur de France Philippe Bernard en janv. 1993. Les tensions ethniques et les velléités d'indépendance du Shaba et du Kivu réapparurent. La menace d'un éclatement du pays poussa les deux parties à s'accorder sur la nomination d'un organe de transition et d'un nouveau gouvernement, dirigé par l'ancien fonctionnaire international Joseph Kengo wa Dondo (avr. 1994). À l'été 1994, la crise rwandaise obligea Paris à renouer avec Mobutu, les soldats de l'opération Turquoise ayant besoin de bases arrière au Zaïre. À partir de la fin de 1994, la présence de plus d'un million de réfugiés rwandais, installés dans des camps à Bukavu et à Goma, provoqua des troubles dans l'est du pays, où sévissaient des bandes de pillards. La République démocratique du Congo En oct. 1996, la rébellion de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), dirigée par Laurent-Désiré Kabila et soutenue par les États-Unis, le Rwanda et l'Ouganda, commençait dans l'est du pays. Ne rencontrant que peu de résistance, la rébellion progressa très rapidement, contrôlant six des onze provinces du pays dès avr. 1997. Après s'être emparé de Kinshasa en mai 1997, et tandis que le maréchal Mobutu partait pour l'exil, Laurent-Désiré Kabila se proclama chef de l'État, rebaptisa le Zaïre République démocratique du Congo (RDC) ; il suspendit les activités des partis politiques, interdit sans succès, toute manifestation sur la voie publique et promit des élections législatives et présidentielle pour 1999, après l'adoption d'une nouvelle Constitution. En 1998, les Tutsis, qui avaient porté L.-D. Kabila au pouvoir, se rebellèrent contre lui. De nouveau soutenus militairement par le Rwanda et l'Ouganda, ils s'emparèrent d'une partie du territoire de la RDC qui reçut le soutien du Zimbabwe et de l'Angola, dont les troupes firent reculer la rébellion. La guerre civile se perpétua malgré l'accord de cessez-le-feu signé à Lusaka en juill. 1999, qui prévoyait des négociations multipartites, le désarmement et l'intervention d'une force d'interposition conjointe de l'OUA et de l'ONU. Malgré la poursuite des affrontements et des massacres, ces accords restèrent le point de repère des différentes parties. En mars 2000 arrivèrent les premiers observateurs de l'ONU et de l'OUA. En août, L.-D. Kabila autorisait le déploiement d'une force de l'ONU sur le territoire, mais il se retirait du processus de paix de Lusaka. Les activités des partis politiques furent autorisées à partir de janv. 2000. On nota quelques signes timides, mais sans lendemain, de démocratisation. En janv. 2001, L.-D. Kabila fut assassiné par l'un de ses gardes du corps. Il fut aussitôt remplacé à la tête de l'État par son fils Joseph Kabila, mais l'incertitude demeurait, tant sur les causes de la mort du président congolais que sur l'avenir du pays et de la région des Grands Lacs. Les accords conclus à l'été 2002 pour le retrait des troupes ougandaises et rwandaises n'ont été appliqués qu'avec retard en 2003. PROTECTORAT SUR LE CONGO • 10 septembre 1880 Lors d’une mission dans l’Atlantique Sud, Savorgnan de Brazza remonte pour la première fois l’Ogooué (1875-1878). En 1879, accompagné d’une poignée d’hommes, il atteint l’embouchure du fleuve Congo. Là, le roi des Tékés, Iloo Ier, dont il a su gagner l’amitié, va placer ses territoires sous protectorat français le 10 septembre 1880. Nommé commissaire du Gouvernement en novembre 1885, Brazza organisera le pays en une colonie (1887-1897); la capitale, l’ancienne N’Kuna-N’Tamo, portera son nom : Brazzaville.

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