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CLERGÉ

Le clergé chrétien est composé de clercs, fidèles qui ont choisi l'état ecclésiastique et ont reçu le sacrement de l'ordre, les autres fidèles étant des laïcs (du grec laos, peuple). Le clerc dépend canoniquement d'un diocèse ou d'une congrégation. Ayant chargé seulement les douze apôtres de faire connaître la Bonne Nouvelle du salut, le Christ n'avait établi aucune organisation. Dans l'Église de Jérusalem, les Douze ont occupé une place particulière et ont constitué un collège d'anciens (en grec presbuteroi) à la tête duquel ils ont placé un responsable appelé ensuite évêque (en grec épiscopos, « surveillant ») et auquel ils ont transmis les pouvoirs qu'ils avaient reçus du Christ. Les communautés créées par les apôtres adoptèrent cette hiérachie. Les évêques sont ainsi devenus les successeurs des apôtres. Des diacres (en grec diakonoi, « serviteurs ») furent également institués. Peu à peu, l'évêque devint le chef permanent d'une communauté, mais les persécutions ont retardé la mise en place d'une organisation commune. Ce ne fut plus le cas à partir du règne de Constantin et le clergé put être organisé et constituer une catégorie particulière dans la société romaine. L'évêque fut élu par le peuple et établi à vie ; il reçut de l'État des pouvoirs juridictionnels et même politiques. Il disposait de nombreux auxiliaires dont les principaux étaient l'archidiacre qui commandait à tous les diacres du diocèse, et l'archiprêtre qui remplaçait l'évêque absent dans ses fonctions sacerdotales. Tous les évêques reconnaissaient l'autorité de l'évêque de Rome, successeur de st Pierre, dont la suprématie sur les patriarches de Constantinople, d'Alexandrie et d'Antioche avait été reconnue en 381 par le concile de Constantinople. L'évangélisation progressa dans les campagnes où les églises se multiplièrent. Aux prêtres qui en étaient chargés, le célibat ne fut pas imposé. À l'époque mérovingienne furent instituées les paroisses dont un curé eut la charge et qui, de simples circonscriptions religieuses telles qu'elles avaient été crées, devinrent aussi des circonscriptions administratives. Après les invasions, la plupart des autorités civiles ayant disparu, le clergé étendit considérablement ses pouvoirs. En Gaule où il n'avait pas été pour rien dans la victoire de Clovis, l'Église et l'État s'interpénétrèrent progressivement à tel point que de nombreux seigneurs laïcs prétendirent s'immiscer dans les nominations aux cures, aux abbayes, aux sièges épiscopaux. La réforme de Grégoire VII (pape de 1073 à 1085), inspirée de celle de Cluny, permit d'affirmer l'indépendance de l'Église face au pouvoir séculier, indépendance qui demeura le principal enjeu de la longue querelle des Investitures et que termina en 1222 le concordat de Worms avec la victoire de la papauté. L'Église retrouvait ainsi et la liberté de son recrutement et le contrôle de la hiérarchie. Mais l'imbrication du spirituel et du temporel allait encore susciter bien des problèmes. Le clergé prit alors dans la société une place prédominante ; il avait ses propres tribunaux, était exempt d'impôts et du service de guerre. Si ses biens étaient considérables, il assumait, outre ses fonctions spirituelles, les charges d'assistance publique, de secours aux pauvres et aux malades, et avait le monopole de l'enseignement. L'évêque ne fut plus élu par le peuple mais par le chapitre cathédral, ce qui n'empêcha pas, au cours du Moyen Âge, un renouvellement constant des élites ecclésiastiques. À partir du XIVe s., les États voulurent restreindre l'autorité et les privilèges du clergé. En France, les légistes de Philippe le Bel, des laïcs, commencèrent une longue guerre contre les juridictions ecclésiastiques et la pragmatique sanction de Bourges (1438) puis le concordat de Bologne (1516) donnèrent au roi le contrôle des élections épiscopales. Luther n'admettant pas que le clergé dirigeât l'Église, la Réforme protestante prit ensuite un caractère anticlérical. Pourtant, les excès des anabaptistes le poussèrent à maintenir les évêques, tout en laissant aux princes l'organisation des Églises locales. Il en fut de même en Angleterre. En revanche, Calvin mit à bas l'organisation traditionnelle du clergé et, invoquant l'exemple de l'Église primitive, laissa à chaque communauté le soin de s'organiser librement sous l'autorité limitée de conseils ou consistoires composés de pasteurs et de laïcs élus, presbytres des Temps modernes. Le concile de Trente (1545/63) réforma le clergé catholique en astreignant les évêques à résider dans leur diocèse qu'ils durent visiter au moins tous les deux ans. Des séminaires furent créés pour former des prêtres ; mais le régime de la commende (v.) ne fut ni modifié ni aboli. Des hommes d'Église exceptionnels (Baronius, Charles Borromée, Bérulle, Vincent de Paul) permirent par leur action et leur exemple le succès de la réforme catholique au XVIIe s. Jusqu'en 1789, le clergé français constitua le premier des trois ordres de la nation, le plus riche et le mieux organisé Avec un revenu estimé entre 100 et 300 millions de livres par an, il possédait le cinquième du territoire national. Mais le train de vie d'un prélat n'avait rien de commun avec celui d'un curé et, entre les curés, les différences étaient grandes. 47 évêques, 12 chanoines, et 208 curés représentèrent le clergé aux états généraux et ces derniers rejoignirent le tiers état en votant la sécularisation des biens ecclésiastiques déclarés bien nationaux le 2 nov. 1789. Le concordat de 1801 apporta la paix religieuse en France et fit du clergé catholique et protestant ainsi que des rabbins, des fonctionnaires. La loi de séparation de l'Église et de l'État votée en 1905 libéra le clergé de la tutelle étatique. Dès ce moment, les évêques ont été choisis par le pape qui consulte le gouvernement français sans être tenu par son avis. Les évêchés de Strasbourg et de Metz étant demeurés sous le régime concordataire lors du retour de la Moselle et de l'Alsace à la France en 1918 et 1944, la nomination des évêques relève du gouvernement français et elle est à ce titre publiée au Journal officiel.

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