CASANOVA «Jacques»
CASANOVA «Jacques»
1725-1798
Chroniqueur et mémorialiste italien d’expression française, né à Venise. On peut regretter parfois que tel écrivain (Valéry par exemple) n’ait vraiment pas « soigné sa biographie » ; pour sa part, Casanova ne saurait encourir pareil reproche : dès sa première jeunesse, il engrange des matériaux pour le récit qui va occuper ses quatorze années de retraite dans la bibliothèque du comte de Waldstein. Tour à tour étudiant en droit, séminariste, diplomate, repris de justice, chirurgien amateur, il trouve encore le temps d’être fondateur d’une fabrique d’étoffes, organisateur de loterie, violoniste, librettiste (auteur en particulier d’un livret de Don Juan), imprésario de théâtre (il monte à Dresde le Zoroastre de Rameau dans une traduction de sa façon, en vers italiens), magicien, homme d’affaires et de finances ; enfin - si l’on veut bien croire son biographe Robert Abirached - indicateur de police. Quelques étapes chiffrées: premier voyage en France (1750: il a vingt-cinq ans) ; incarcération dans les « Plombs » de Venise (1755, dont il tirera un livre, en 1787) ; nouveau séjour en France, d’où il est chassé par lettre de cachet (1767). Auteur en italien des Anecdotes vénitiennes (1774) ; en français, d’Isocaméron (1782, roman fantastique très influencé par ses conversations avec Cagliostro), et, surtout, des Mémoires, qui ne paraîtront que vingt-cinq ans après sa mort, dans une retranscription infidèle et sous ce titre bien modeste : Histoire de ma vie. Titre modeste, car l’autobiographie de ce diable d’homme qui a vu tant de capitales, tant d’intrigues politiques, connu tant de souverains et de princes de l’esprit (Voltaire, Cagliostro, Rousseau, le prince de Ligne, Choiseul, Frédéric de Prusse, Catherine de Russie), ne se borne pas au légendaire tableau de chasse, au « catalogue de Don Juan » : c’est, du même coup, une vivante histoire de la civilisation en Europe au XVIIIe siècle.
Sans doute le décompte circonstancié de ses prouesses amoureuses apparaît-il, au premier abord, un peu fabuleux ; au point même qu’il a pu jeter quelque temps la suspicion sur la véracité du chroniqueur politique. Mais les historiens et les spécialistes « dix-huitiémistes », tant au siècle dernier que de nos jours, ont établi que, pour tout ce qui touche aux affaires « nationales et internationales » de son temps, Casanova ne dit que ce qu’il a pu voir. Ce qu’il sait être vrai. Et, par contrecoup, les célèbres « prouesses », mises en doute naguère, se trouvent homologuées par la postérité unanime et, à bon droit, admirative.
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