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Benoît [XIII], Pedro de Luna (1342/1343-1422) ; antipape [1394-1422].

Benoît [XIII], Pedro de Luna (1342/1343-1422) ; antipape [1394-1422]. B. est sans doute la personnalité la plus intéressante parmi les huit pontifes suscités par le Grand Schisme d'Occident. Elu par l'obédience avignonnaise, deux fois déposé par des conciles, insoumis jusqu'à la mort, il a été classé comme antipape dans les catalogues officiels : son numéro d'ordre a été repris par Benoît XIII en 1724 et se trouve, pour éviter les confusions, affublé de déshonorantes parenthèses. Noble, apparenté à la maison royale d'Aragon, c'est tout naturellement qu'il accumule les bénéfices au cours de longues et brillantes études en droit canonique. Créé cardinal en 1375, il suit Grégoire XI à Rome et embrasse, dès l'origine, le parti de Clément VII contre Urbain VI. Ses liens, son activité et son éloquence permettent à celui qu'on nomme alors le « cardinal d'Aragon » de faire basculer, non sans mal, la Castille, l'Aragon et la Navarre dans l'obédience avignonnaise. Une autre légation le mène à Paris. Il rentre en Avignon pour y voir la mort de Clément VII et sa propre élection (28 sept. 1394). B. est aussitôt pris dans le dilemme d'un ardent désir de rétablir l'union et de l'intime conviction de son bon droit : il retarde sans cesse l'application de la « voie de cession » (résignation mutuelle) qu'il a juré d'appliquer mais que son rival Boniface IX ne pratique pas plus que lui. Il ne peut ou ne sait, par son intransigeance, conserver le soutien de la France, où Louis d'Orléans est pour lui un allié finalement gênant. Avignon et le palais pontifical subissent un siège et B. une manière d'emprisonnement qui ne prend fin, après trois ans, que par son évasion (mars 1403), sans qu'il ait cédé. Par un nouveau tour de force, B. parvient à reformer son ancienne obédience, mais tout près du but échoue (1407-1408) à s'entendre avec le pape romain, maintenant Grégoire XII. La déception de la chrétienté est à la hauteur de l'enjeu : B. est déposé avec son rival par le concile de Pise (juin 1409) ; insoumis, il l'est à nouveau par le concile de Constance (déc. 1415) : ce qui lui reste d'audience dans les royaumes espagnols, en Écosse, Foix et Armagnac, s'évanouit. Toujours insoumis, il s'enferme jusqu'à sa mort, avec quelques fidèles, dans la forteresse de Penicola. Si les événements l'ont empêché de mener à bien un programme apparemment séduisant de réforme de la vie religieuse, il reste de lui le souvenir d'un extraordinaire orateur et les nombreux catalogues d'une bibliothèque constituée avec un immense amour des livres.

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