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BEN BADIS Abdelhamid (1889-1940)

BEN BADIS  Abdelhamid  (1889-1940) Penseur musulman et homme politique algérien. Le 16 avril de chaque année, l’Algérie rend hommage lors de la journée du Savoir (yom el ilm) à Cheikh Ben Badis. Son rayonnement posthume ne doit pas nous faire oublier l’étroitesse de ses bases sociales dans les années 1920 quand son combat religieux s’en prit aux vues de l’école maraboutique. Descendant d’une famille princière d’origine berbère célèbre au xe siècle, protégé par des parents liés au système colonial, A. Ben Badis entame une carrière d’enseignant et de prédicateur dès 1912 après avoir obtenu son diplôme à la Zitouna (Tunis). L’état de la communauté musulmane en crise le conduit à repenser dans le sillage de l’école réformiste de Muhammad Abduh les modalités d’adaptation de l’islam à son temps. Séduit par son libéralisme, il ouvre la première école de filles à Constantine en 1919, une partie de l’élite occidentalisée le soutient. Avec ses premiers compagnons, il lance après l’interdiction de son journal Le Censeur (Al Muntaqid, 1925), une autre publication intitulée Le Météore (Al Shihab). Convaincu que seule la religion est capable d’unifier les Algériens, il s’oppose à toute séparation du politique et du religieux et défend la primauté de l’instruction et de l’éducation sur l’action politique. Sous sa houlette naît en 1931 l’Association des Ulama musulmans algériens où se retrouvent réformistes et maraboutiques. Leur séparation en 1932 contraint A. Ben Badis à ne plus éluder la politique. Désormais, la propagande des réformistes en faveur d’un islam rénové, de l’enseignement de la langue arabe et de la séparation du culte et de l’État sera jugée dangereuse pour l’ordre public. Du loyalisme à l’égard des autorités coloniales, A. Ben Badis s’engage dans la voie de la revendication nationale en distinguant la « nationalité » politique (française) de la « nationalité » ethnique (communautaire) et en mettant l’accent sur les fondements islamique et arabe de la personnalité algérienne. Tout en prêchant le gradualisme, et en adhérant au projet Blum-Violette de 1936 (le droit de vote pour 21 000 Algériens musulmans remplissant certaines conditions), il admet l’existence d’une nation algérienne sans pour autant apporter sa caution au nationalisme. Avec A. Ben Badis s’esquisse une vision religieuse de la société et du devenir de l’Algérie. Son option en faveur du bilinguisme aurait pu favoriser une plus grande ouverture sur le monde, mais l’opposition conjuguée des colons et des syndicats laïcs d’instituteurs ne l’a pas permis.
 

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