WILSON Thomas Woodrow (1856-1924)
Avocat, professeur d’économie politique, en particulier à Princeton, Thomas Woodrow Wilson devient gouverneur du New Jersey et se fait connaître nationalement par le succès de sa politique réformiste : il est élu président (démocrate) des États-Unis contre l’ancien président Theodore Roosevelt (1901-1909). Le nouveau chef de l’État procède à de nombreuses réformes qui entraînent en particulier un renforcement des pouvoirs fédéraux. Mais les nuages s’amoncellent et la Grande Guerre éclate en 1914. T. W. Wilson réussit à maintenir la neutralité américaine et se fait réélire en 1916 avec le slogan : « Il nous a épargné la guerre. » Cependant, les menées allemandes poussent les États-Unis à l’engagement en avril 1917 : ils contribueront de façon importante au succès allié, envoyant des millions d’hommes en Europe. Mais T. W. Wilson veut qu’une pareille boucherie ne se reproduise plus et propose les fameux Quatorze Points pour promouvoir la paix et la démocratie : s’il ne réussit pas à convaincre les Alliés d’épargner l’Allemagne, il obtient la création de la Société des nations (SDN)… qui ne sera pas ratifiée par le Sénat. C’est alors un infirme, paralysé en 1919, qui a cependant la consolation d’obtenir en 1920 le prix Nobel de la paix.
Wilson, Thomas Woodrow (Staunton 1856-Washington 1924); président des États-Unis [1913-1921].
La présidence de cet historien et professeur de sciences politiques offre l’image rare d’un intellectuel et d’un théoricien, devenu chef d’une nation et pour un temps l’homme politique le plus puissant du monde. Élevé dans les États du Sud, il fait ses études à l’université de Princeton où il reviendra quelques années plus tard comme doyen pour en devenir le président en 1902. W. y réussit également comme scientifique et comme pédagogue : par de profondes réformes, il fait de Princeton une université américaine modèle. Élu en 1910 gouverneur de l’État du New-Jersey, il se détache de l’influence et des exigences de la puissante machine du parti et en très peu de temps impose un programme de réformes sociales et politiques qui va de l’assurance-accident pour les travailleurs jusqu’à l’adoption de lois électorales équitables. Après avoir brillamment fait ses preuves au niveau d’un État, W. est présenté comme candidat démocrate à la présidence ; il emporte souverainement les élections face aux républicains divisés entre Taft et Théodore Roosevelt. D’un double point de vue, son arrivée à la Maison-Blanche, après seize ans de pouvoir républicain ininterrompu, provoque un bouleversement. W. est le premier président depuis John Adams [1797-1801] à présenter personnellement ses messages au Congrès ; depuis des décennies, l’intervention du chef du gouvernement dans le travail législatif n’avait pas été aussi forte. Il utilise toute son influence pour faire passer les mesures qu’il souhaite, au besoin en faisant directement appel à l’opinion publique ; la présidence de ce lettré marque l’époque moderne qui verra croître constamment l’importance de la fonction présidentielle (quoiqu’avec des interruptions et des échecs). Les trains de réforme des années 1913-1916, inspirées et imposées par W. sous la devise de « la nouvelle liberté », constituent la première véritable atteinte sur le plan national de la formidable puissance du capitalisme qui s’était développé depuis la guerre civile. Parmi les mesures isolées les plus importantes figurent la réduction sensible au profit du consommateur des droits de douane pesant sur les importations, l’introduction d’un impôt progressif sur le revenu, l’établissement d’un système de banque fédérale de réserve contrôlée par l’État et une loi antitrust efficace. La législation sociale n’est pas très ambitieuse, la mesure la plus importante est l’interdiction du travail des enfants. La politique étrangère de W. est d’une très grande portée pour le monde entier et accroît le rôle de puissance mondiale des États-Unis. A partir d’un curieux mélange de zèle missionnaire, d’impérialisme, de protection des intérêts financiers américains et de crainte d’une intervention en Europe, qui aurait été contraire à la doctrine Monroe, le président entreprend des démarches qui transforment les petits États des Caraïbes, déchirés par de constantes insurrections, le Nicaragua, Saint-Domingue et Haïti, en protectorats américains de fait. Au Mexique en revanche, il trouve un État plus fort et plus fier, où, malgré une guerre civile permanente, personne n’est disposé à accepter une tutelle ou une aide directe de l’extérieur. L’attitude du président devant la Première Guerre mondiale est marquée par deux sentiments tout aussi profonds : une sympathie pour l’Angleterre et une aversion pour le régime autocratique allemand ainsi qu’un amour sincère de la paix. Mais dans les détails, W. qui, à cette occasion, est à bien des égards le fidèle reflet de l’opinion publique dominante, tient compte des considérations qui s’opposent à l’entrée en guerre de l’Amérique : inquiétude devant les conséquences de politique intérieure - réduction de la liberté personnelle et crainte de voir le conflit se reporter sur les importants groupes d’émigrants européens aux Etats-Unis ; exclusion par la doctrine Monroe de toute implication dans la guerre en Europe ; doute sur la pureté des objectifs poursuivis par les Alliés ; et surtout désir de rester neutre pour pouvoir être un médiateur efficace. D’un autre côté, le conflit lui apparaît de plus en plus comme une lutte fondamentale entre le droit et l’arbitraire, la liberté et le despotisme ; la propagande alliée massive et ingénieuse, qui exagère fortement pour le public les cas d’espionnage et de sabotage allemands ainsi que les efforts de l’Allemagne pour pousser le Mexique à la guerre contre les Etats-Unis, provoque une vague de sentiments anti-allemands ; sur cela se greffe la peur d’une victoire allemande qui mettrait fin à la domination d’une puissance amie (l’Angleterre) sur l’Atlantique et contraindrait les États-Unis à s’armer intensivement ; sur le plan économique, seule une victoire des Alliés pouvait garantir le paiement des livraisons en nature effectuées aux puissances occidentales depuis 1917 et seule l’entrée en guerre de l’Amérique pouvait compenser par le recours à l’impôt leur crédit qui était presque complètement épuisé à cette époque, alors que l’industrie américaine était menacée par une dépression si de nouvelles commandes de l’étranger n’arrivaient pas. Conforté par le traditionnel sentiment de sa mission de protection du droit et de la morale et par l’orgueil national qui ne permettait pas d’interdire aux citoyens américains d’emprunter les navires alliés et de se rendre dans les zones maritimes touchées par la guerre, et soulagé par le fait que les mesures illégales des Britanniques ne nuisaient qu’à la propriété américaine, alors que les sous-marins allemands détruisaient des vies humaines, le gouvernement avait pris des mesures énergiques contre les infractions de l’Allemagne et de l’Angleterre au droit international de la mer et, en menaçant d’entrer en guerre, avait contraint à la cessation de la guerre sous-marine à outrance. Lorsqu’au printemps 1917, le commandement allemand revient sur cette concession, il ne reste guère de choix à W. après l’échec de ses nombreuses tentatives de médiation devant la certitude des deux camps de remporter la guerre. La décision de déclarer la guerre est finalement dans une large mesure suscitée par l’espoir que cette lutte « assurera la démocratie dans le monde » et que l’influence déterminante de l’Amérique empêchera les guerres ultérieures - objectifs qu’en janvier 1918, W. se donne comme programme en Quatorze Points. La démocratie, le droit international, la liberté des mers, l’autodétermination des peuples, le désarmement et une Société des Nations garantissant la paix devront caractériser l’après-guerre. Le rôle dominant de W. en tant que chef de la puissance qui avait déterminé l’issue de la guerre s’affaiblit lorsque, après l’armistice, les Alliés ne se trouvent plus dans une situation de dépendance à l’égard de l’Amérique ; l’immense prestige dont il jouit dans le monde entier comme responsable de la paix et comme auteur des Quatorze Points ne parvient pas non plus à renforcer substantiellement sa position au moment des négociations de paix. Les intérêts nationalistes à courte vue des puissances européennes victorieuses s’imposent largement à Versailles, bien qu’on ne puisse négliger le fait que, sur des points importants, l’Allemagne doive au président américain que les conditions qui auraient dû à l’origine être encore plus dures aient été atténuées. W. voit clairement les faiblesses du traité de Versailles qui contredit les Quatorze Points, mais il met tous ses espoirs dans le fait que la Société des Nations, qu’il présente comme le coeur de l’oeuvre de paix, procédera, sous la direction américaine, aux transformations nécessaires. La déception suscitée par la réalisation incomplète des idéaux que l’Amérique poursuivait dans la guerre, à laquelle s’ajoutent un regain d’isolationnisme issu de la doctrine Monroe et la crainte d’être impliqué dans un conflit en Europe en application de l’article 10 des statuts de la SDN sur la sauvegarde de la paix, mais aussi l’entêtement croissant de W., qui lui-même refusait d’apporter la plus petite modification au traité, aboutissent à ce que le Sénat ne ratifie pas ce dernier, de sorte que les États-Unis ne signent pas le traité de paix et surtout n’adhèrent pas non plus à la SDN dont ils avaient réclamé la création. Bibliographie : F. Farmer, Woodrow Wilson, 1957.
WILSON, Thomas Woodrow (Staunton, Virginie, 1856-Washington, 1924). Homme politique américain. Président démocrate des Etats-Unis (1912-1920), il rompit avec l'isolationnisme après sa réélection en 1916 et fut l'instigateur de la Société des Nations après la Première Guerre mondiale. Fils d'un pasteur presbytérien, Wilson devint avocat en 1882 puis professeur de science politique à l'université Princeton (1890-1902) dont il devint ensuite président. Gouverneur démocrate du New Jersey (1911), il devint vite une figure nationale grâce à ses réformes progressistes, ce qui lui valut d'être désigné comme candidat démocrate à la présidence et élu en 1912 contre Théodore Roosevelt. Placée sous le slogan de la « Nouvelle Liberté » (New Freedom), son administration fut marquée par de nombreuses réformes démocratiques (élection directe des sénateurs au suffrage universel, vote des femmes, renforcement des lois antitrust) et une extension du pouvoir fédéral. À l'extérieur, Wilson poursuivit en Amérique latine une politique impérialiste, faisant occuper Haïti en 1915 et organisant une expédition au Mexique en 1916. L'intervention américaine dans la Première Guerre mondiale fut néanmoins l'événement majeur de sa politique étrangère. Tout en se réservant une possibilité d'arbitrage, Wilson, soutenu par une opinion isolationniste, entendit d'abord garder une stricte neutralité. Cependant, la décision allemande de mener une guerre sous-marine à outrance et la publication du télégramme Zimmerman dévoilant les menées allemandes au Mexique entraînèrent la déclaration de guerre à l'Allemagne votée par le Congrès (avril 1917). Tout en menant une guerre très énergique en Europe, Wilson définit, lors d'un message au Congrès, les termes d'une nouvelle diplomatie nécessaire au maintien de la paix (les célèbres Quatorze Points). Lors de la conférence de la paix (1919), il imposa la création d'une Société des Nations et le principe du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». Mais il fut désavoué par le Sénat qui refusa la ratification du pacte de la SDN et du traité de Versailles par crainte de l'engagement américain dans un nouveau conflit. Frappé de paralysie depuis 1919, Wilson vit son candidat battu aux élections présidentielles de 1920 par le républicain Harding. Il avait reçu le prix Nobel de la paix en 1919.