WIECHERT Ernst Emil
WIECHERT Ernst Emil. Écrivain allemand. Né à Kleinort, au milieu des forêts de la Prusse-Orientale le 18 mai 1887, mort le 24 août 1950 à Ürikon dans le canton de Zurich (Suisse). Il passe toute son enfance dans sa forêt natale, recueillant l’ineffaçable souvenir des lacs, des bois, d’une nature austère, mystérieuse et religieuse, avant d’entrer à onze ans au collège de Königsberg. Devenu à vingt-quatre ans, en 1911, professeur au lycée de cette ville, il commence à écrire et donne vers 1913 son premier roman, La Fuite, Mobilisé en 1914, combattant à Verdun, blessé physiquement et plus encore moralement et spirituellement par la guerre moderne — v. La Grande permission [1931] —, c’est à la simplicité rude de son pays natal que Wiechert vient demander de lui rendre la paix intérieure : guérison par la nature, conforme à la meilleure tradition germanique, que traduiront deux romans Le Loup [1924] et Des forêts et des hommes [1936]. Continuant à exercer ses fonctions de professeur, Ernst Wiechert est nommé à Berlin en 1930, mais il abandonne sa charge trois ans plus tard et va s’installer dans le Sud bavarois pour se consacrer entièrement à la littérature. C’est l’époque de l’avènement au pouvoir du national-socialisme, envers lequel l’écrivain ne cache guère sa réserve. Un discours libéral aux étudiants de Munich lui vaut même, en 1939, quelques mois d’internement au camp de Buchenwald qu’il a évoqués dans Le Bois des morts [1945]. Il avait publié La Femme du commandant [ 1934], La Forêt [1935], La Vie simple [1939] — tous trois également traduits en français. Après la Deuxième Guerre mondiale, accablé par un sentiment religieux de la responsabilité de son pays, il se réfugie en Suisse, où il mourra. Ses dernières années, très fécondes, furent marquées par la publication de deux volumes de Nouvelles [ 1946 47], des Enfants Jéromine (1945-47) et de Missa sine nomine (1950) — ces deux derniers ouvrages traduits en français. Dans la littérature européenne contemporaine, Wiechert est sans doute le représentant le plus complet de ce puissant courant irrationaliste, mystique, et plus encore magique, issu du romantisme allemand. Il échappe cependant aux classifications littéraires, comme aux alchimies modernes du rêve. Son initiateur, son maître n’a pas été tel ou tel livre, mais avant tout son hérédité paysanne, forestière. Et c’est de son propre drame intérieur qu’il a fait ses livres, de l'opposition personnellement vécue entre la culture intellectualiste et la sagesse de la vie élémentaire. L'homme moderne, pour Wiechert, ne peut trouver de salut qu'en renouant la vieille alliance avec le monde végétal. Ce mystique est en effet puissamment enraciné dans la Prusse-Orientale, il exalte cette terre brumeuse, traversée d’influences et de présences mystérieuses. Son réalisme, tout spontanément, aboutit à un symbolisme : protestant, mais ayant rejeté tout dogme et toute Eglise, il pense qu’on ne peut résister au déchirement, à la « désintégration » du monde moderne, que par un amour qui ne s’adressera pas seulement à Dieu ni aux hommes, ni à tel ou tel être particulier, mais embrassera le divin et l’humain, le social et le physique. La nature est bien plus pour Wiechert que le décor d’un roman régionaliste; elle est la vérité même de sa foi, un « sacrement » (c’est le thème en particulier de Missa sine nomine) par la médiation duquel l’homme peut entrer en communion avec l’Esprit divin et renaître en lui.
♦ « L ’œuvre de Wiechert se caractérise par son sentiment très haut, très noble et très profond de l'humain; cet humain ne s’accomplit toutefois que par une communion intime avec la nature, animée à son tour par le spirituel... Tous les livres [de Wiechert], animés par cette communion, reflètent une conception de la vie à la fois naturiste et mystique, » Marcel Brion.