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VISCONTI

Célèbre famille gibeline de Milan qui prétendait descendre de Didier, roi des Lombards ; elle possédait des terres dans la région du lac de Côme et du lac Majeur dès le début du XIe s., et régna à Milan du XIIIe s. au XVe s. Gian Galeazzo Visconti (* 1351, † Melegnano, près de Florence, 3.IX.1402). Fils de Galeazzo II, marié en 1364 à Isabelle de Valois, veuf en 1372, remarié en 1380 à Catherine, fille de son oncle Bernabo, il devint seul maître du Milanais par l'élimination de son oncle et beau-père (1385). Il s'empara de Vicence et de Vérone (1387), de Padoue (1388), et acheta le titre de duc héréditaire de Milan à l'empereur Wenceslas (1395). Poursuivant ses conquêtes, il s'empara encore de Pise et de Sienne (1399), soumit Pérouse, Lucques et Boulogne (1400/01), mais mourut de la peste alors qu'il faisait le siège de Florence. Servi par les meilleurs condottieri de son temps, il possédait en outre une sorte de génie diplomatique et fut l'un des princes les plus riches de la fin du Moyen Âge. Administrateur remarquable, il réforma et centralisa le gouvernement, se conduisit en mécène (on lui doit la cathédrale de Milan, la chartreuse de Pavie…). Il maria sa fille Valentine à Louis d'Orléans, frère de Charles VI (c'est en se fondant sur ce mariage que Louis XII affirma plus tard ses droits sur le Milanais).

Visconti ; seigneurs de Milan (fin XIIIe-milieu XVe siècle).

Appuyée en grande partie sur la victoire des Guelfes sur les Staufen, même si sa propre diplomatie est ondoyante, et sur la réaction contre les nobles, une seigneurie se met en place à Milan au bénéfice de la famille della Torre dans les années 1263-1277 et satellise Bergame, Côme, Novare et Lodi. Elle est balayée au début de 1277 par l’archevêque exilé, Ottone Visconti (1295), représentant d’un lignage de la vieille noblesse, soutenu par le pape, l'antiroi Alphonse de Castille et le marquis de Montferrat. Dès 1278, l’archevêque voit son influence décroître devant celle du marquis Guillaume de Montferrat, indispensable pour mener la lutte contre les pugnaces della Torre. Mais en 1282, il parvient à l’écarter à cause de son gibelinisme trop marqué. La victoire des V. est définitive en 1287, grâce aux brillantes campagnes militaires du neveu de l’archevêque, Matteo, plusieurs fois capitaine du peuple de la ville et vicaire d’Adolphe de Nassau en 1294. Dominant la Lombardie et devenu le plus puissant seigneur d’Italie du Nord, Matteo marie une fille à Alboino della Scala et son fils Galeazzo à Béatrice d’Este. Momentanément abattu par les Scotti de Plaisance et les della Torre, qui reviennent un temps au pouvoir (1302-1310), Matteo se rétablit à la faveur de la descente en Italie du roi Henri VII (1311-1322). La domination de la guivre des V. (biscia : un serpent engloutissant un enfant) ne connaîtra plus d’interruption jusqu’en 1447, sauf un bref intermède en 1327-1329, où l’aîné de Matteo, Galeazzo, après avoir combattu les armées du pape, qui voit en lui le principal obstacle à abattre pour rentrer à Rome, et reçu de Louis le Bavarois le vicariat impérial, est emprisonné par celui-ci et meurt peu après sa libération en 1328. Dès le début de 1329, son fils Azzo [1329-1339] rachète le vicariat impérial à Louis avant de préférer en septembre un vicariat pontifical, étendant son pouvoir à Pavie et Bergame en même temps qu’il développe un fastueux urbanisme à Milan. Parmi ses successeurs les plus énergiques, l’archevêque Giovanni (t 1354), frère de Galeazzo, qui oblige le pape à lui céder Bologne avant de combattre le légat Albornoz, et les neveux de l’archevêque, surtout Galeazzo II (1378), fondateur de l’école de Pavie (1361) et protecteur de Pétrarque, doivent affronter de fréquentes coalitions (1356, 1368, 1370). La ville est au plus haut de sa prospérité (industrie textile, du cuir, des armes) ; la diplomatie milanaise excelle à nouer des alliances matrimoniales, facilitées par le nombre élevé d’enfants de certains membres de la maison des V. (Ber-nabô, mort en 1385, en a plus de trente, légitimes ou non, dont dix-sept de son épouse Béatrice della Scala). Violante, fille de Galeazzo II et de Marie-Blanche de Savoie, épouse ainsi Lionel duc de Clarence, fils du roi d’Angleterre Edouard III. La puissance des V. atteint son apogée avec Giovanni (Gian)-Galeazzo (né en 1347, mort en 1402), qui succède en 1378 à son père Galeazzo II et se débarrasse en 1385 de son oncle Bernabo. Une diplomatie rusée et des actions militaires éclatantes lui assurent la domination ou le contrôle d’une grande partie de l’Italie septentrionale en dépit d’une menaçante coalition (1396-1398) et du risque de dissolution de l’ « Etat » Visconti ; il satellise de nombreux princes, Montferrat, Este, Gonzague et appuie sa domination sur une habile politique d’inféodation aux élites de chaque cité entrée dans la sphère d’influence milanaise. Il menace directement Gênes et Venise, Florence aussi, qui mène contre lui une guerre impitoyable où s’illustrent les routiers du capitaine anglais Hawkwood. En mai 1395, Gian-Galeazzo achète à l’empereur Venceslas le titre de duc de Milan. Il a épousé en 1360 Isabelle de Valois, fille du roi de France Jean le Bon ; l’une de leurs filles, Valentine, est mariée au duc Louis d’Orléans. Ses deux fils lui succèdent, d’abord Giovanni-Maria [1402-1412], qui parvient à grand-peine à résister aux coalisés, et doit en passer par les volontés du condottiere Facino Cane, nommé gouverneur (1410-1412), puis Filippo-Maria [1412-1447], qui rétablit la situation militaire grâce à d’excellents condottieri, Carmagnola, Malatesta, Piccinino, Francesco Sforza enfin ; plusieurs le trahissent et le dernier le combat, avant et après avoir épousé sa fille Bianca, puis recueille sa succession.

Bibliographie : C. Bec, I. Cloulas, B. Jestaz, A. Tenenti, L’Italie de la Renaissance : un monde en mutation (1398-1494), 1990.

VISCONTI. Célèbre famille gibeline - c'est-à-dire partisane du pouvoir de l'empereur en Italie - qui régna sur Milan du xiiie au xve siècle et prétendant descendre de Didier, roi des Lombards. Elle possédait d'immenses domaines dans la région de Côme. Voir Guelfes et Gibelins, Hohenstaufen, Sforza, Visconti (Gian Galeazzo).

VISCONTI, Gian Galeazzo (1351 -Melegnano, 1402). Grand prince de la Renaissance et administrateur remarquable, il fut le plus illustre des Visconti. Héritier du domaine familial en 1378, il mena une politique de conquêtes, servi par les meilleurs condottieri de son temps. Pise. Pérouse et Gênes furent occupés (1400) et il porta les titres de duc héréditaire de Milan et duc de Lombardie après les avoir achetés à l'empereur Venceslas. Mais il mourut de la peste au moment où il espérait transformer son duché en un royaume d'Italie. Gian Galeazzo avait marié sa fille Valentine à Louis d'Orléans, frère de Charles VI. Ce fut de ce mariage que Louis XII tira plus tard ses droits sur le Milanais.

VISCONTI, Luchino (Milan, 1906-Rome, 1976). Cinéaste italien. Assistant de Jean Renoir de 1936 à 1940, il fut l'un des initiateurs du néo-réalisme puis fit des films de critique sociale, au style baroque et raffiné. Il réalisa notamment Ossessione ( 1943), Rocco et ses frères ( 1960), Le Guépard (1963), Mort à Venise (1971).

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