VENEZUELA, Republica de Venezuela
État de l'Amérique du Sud, baigné au N. par la mer des Caraïbes, borné à l'O. par la Colombie, au S. par le Brésil, à l'E. par la Guyana ; capitale Caracas. Le Venezuela, qui n'avait connu dans l'ère précolombienne aucune civilisation brillante, fut découvert par Christophe Colomb lors de son troisième voyage, en 1498. L'année suivante, Amerigo Vespucci et Alonso de Ojeda explorèrent les côtes. En avr. 1556, le Venezuela fut rattaché à la couronne espagnole. Caracas, fondée en 1567, devint le siège du gouvernement. Rattaché jusqu'en 1739 à la vice-royauté du Pérou, puis à celle de la Nouvelle-Grenade, le Venezuela devint en 1776 une capitainerie générale de l'Empire espagnol. Manquant d'or et d'argent, le pays n'attirait guère les colons et son développement fut très lent ; mais la culture du tabac commença au XVIIe s., et, au siècle suivant, l'exportation du cacao donna un nouvel essor à la vie économique. Le mouvement d'insurrection, dont les premiers signes se manifestèrent en 1797, eut d'abord pour chef Francisco Miranda, qui proclama l'indépendance le 5 juill. 1811. Le combat contre les forces royalistes dura pendant plus de dix ans, jusqu'à la victoire décisive de Bolivar à Carabobo (24 juin 1821). De 1821 à 1830, le Venezuela fit partie de la république de Grande-Colombie, qui comprenait également la Colombie et l'Équateur, mais les partisans de l'indépendance complète, conduits par José Antonio Páez, l'emportèrent à la mort de Bolivar. En 1845, le Venezuela obtint de l'Espagne la reconnaissance de son indépendance. De 1830 à 1848, le pays fut entre les mains d'une oligarchie conservatrice, puis, de 1848 à 1858, sous la dictature présidentielle de la « dynastie Monagas ». Mais la révolution de mars 1858, conduite par Julian Castro, ouvrit une période de troubles. La Constitution fédéraliste introduite en 1864 par Juan Falcón déchaîna une guerre civile (1866/70) entre les fédéralistes (libéraux) et les conservateurs. Le libéral Guzmán Blanco, président de 1870 à 1888 (avec des interruptions), donna au pays une longue période de progrès et de prospérité ; il réorganisa les finances, lutta contre la grande propriété, l'influence de l'Église et l'analphabétisme, et entreprit un ambitieux programme de travaux publics. La chute de Guzmán Blanco marqua le début d'une nouvelle période d'instabilité. Le caudillo Cipriano Castro s'empara de la présidence (1899/1908) et mena à l'égard de l'étranger une politique agressive, qui provoqua, en 1902, une démonstration navale de l'Angleterre, de l'Allemagne et de l'Italie, lesquelles exigeaient le paiement des indemnités dues à leurs ressortissants. Dictateur pendant vingt-sept ans (1908/35), Juan Vicente Gómez fit plier le pays sous un gouvernement tyrannique ; mais c'est sous son règne que commença, en 1922, l'ère du pétrole (dès 1928, le Venezuela était devenu le deuxième producteur de pétrole du monde). La présidence de Lopez Contreras (1935/41) vit un retour aux libertés, mais, en 1945, une junte militaire, alliée à l'Action démocratique, s'empara du pouvoir avec Rómulo Betancourt. En févr. 1948, à la suite d'élections libres, l'écrivain Rómulo Gallegos devint président ; neuf mois plus tard, il fut renversé par un pronunciamiento, qui prépara la dictature de Pérez Jiménez (1953/58) : durant cette période, les libertés publiques furent entièrement supprimées, les partis politiques interdits, les syndicats dissous, l'Université fermée, cependant que la corruption s'étendait dans toute l'administration. En janv. 1958, Pérez Jiménez fut renversé par la conjonction des forces libérales et de l'armée.
Le chef de l'Action démocratique, Rómulo Betancourt, fut élu président (1959/64) : il s'efforça de moderniser l'agriculture, de créer une industrie domestique, opéra une réforme agraire (1960), mais se heurta à l'extrême droite, soutenue par le dictateur dominicain Trujillo, ainsi qu'aux révolutionnaires castristes, qui commencèrent des opérations de guérilla. En mars 1964, un autre dirigeant de l'Action démocratique, Raúl Leoni, succéda régulièrement à Betancourt. Le démocrate-chrétien Rafael Caldara (1969/74) gouverna sans avoir la majorité au Congrès, qui restait dominé par l'Action démocratique ; répudiant la « doctrine Betancourt », il rétablit des relations diplomatiques avec les régimes latino-américains issus de coups d'État, ainsi qu'avec l'Union soviétique ; pour détendre la situation intérieure, il autorisa la reconstitution du parti communiste, dissous en 1962. Les élections de déc. 1973 virent la victoire du candidat de l'Action démocratique, Carlos Andrés Pérez, et l'écrasement de l'extrême gauche ; tout danger intérieur étant exclu de ce côté, le Venezuela put, en 1974, renouer les relations diplomatiques avec Cuba, rompues depuis 1961. Le démocrate-chrétien Luis Herrera Campins, qui fut élu à la présidence le 12 mars 1979, héritait d'une situation économique et financière détériorée. Les élections à la présidence du 4 déc. 1983 furent largement emportées par Jaime Lusinchi, chef de l'Action démocratique. En déc. 1988, le social-démocrate Carlos Andrés Pérez, qui avait nationalisé le pétrole en 1976 pendant son premier mandat (1974/79), remporta l'élection présidentielle. Pour faire face à la dégradation de l'économie (inflation, corruption, inégalités sociales), il adopta, dès son entrée en fonctions, les mesures de rigueur auxquelles s'était refusé son prédécesseur. La population des grandes villes réagit par la révolte, en mars 1989, à l'augmentation brutale des prix ; la répression militaire fit plusieurs centaines de morts. L'accentuation des inégalités et la dégradation des conditions de vie favorisèrent le développement de la délinquance, du trafic de drogue et de la corruption. Les deux tentatives de coup d'État militaire, en févr. puis en nov. 1992, reçurent dans la population des échos favorables. Après le retour des putschistes dans leurs casernes, les accusations de corruption envers le président Pérez se firent insistantes et amenèrent la Cour suprême à autoriser des poursuites judiciaires. Destitué en mai 1993, Pérez fut accusé d'avoir détourné 17 millions de dollars et emprisonné un an plus tard. L'intérim présidentiel fut assuré par le sénateur Velásquez, élu par le Congrès. Rafael Caldera, chef de l'État de 1969 à 1974, ayant rompu avec son parti, le COPEI, fut élu président en déc. 1993, ce qui confirma la désaffection à l'égard des partis traditionnels. Caldera ne prit aucune mesure qui risquât d'être impopulaire, bien que la situation économique fût catastrophique : inflation galopante, déficit budgétaire énorme et endettement massif. Cependant, en 1995, sous la pression du FMI et de la Banque mondiale, le Venezuela dut accepter un plan de redressement drastique qui fit chuter de moitié le pouvoir d'achat et provoqua d'importantes manifestations, ainsi que des grèves en 1997.
L'élection présidentielle de déc. 1998 fut remportée par Hugo Chavez, qui n'appartenait à aucun des partis qui s'étaient partagé le pouvoir depuis quarante ans, mais avait participé au putsch de févr. 1992. Il obtint de l'OPEP, en mars 1999, une nouvelle réduction de la production de pétrole qui aboutit à une flambée des prix. Le mois suivant, il lançait une réforme de la Constitution, approuvée par référendum en déc. 1999 : le mandat présidentiel, renouvelable, était étendu à six ans, le Sénat supprimé, le Congrès remplacé par une Assemblée aux pouvoirs réduits et le pays rebaptisé « République bolivarienne du Venezuela ». Après des inondations meurtrières qui ravagèrent le pays fin déc., faisant des dizaines de milliers de morts, durant lesquelles il sillonna le pays, H. Chavez fut réélu à la présidence en juill. 2000. Malgré les bénéfices occasionnés par la hausse du pétrole, l'économie restait en panne. La nouvelle Assemblée accorda au président, en nov. 2000, le pouvoir de gouverner par décrets. À la suite d'une grève des ouvriers du secteur du pétrole, il projetait, fin 2000, un référendum revenant à supprimer les syndicats, qu'il accusait d'être corrompus. En avril 2002, un coup d'État sanglant accompagné de pillages et d'émeutes renversa durant quelques jours le président H. Chavez. Officiellement rétabli dans ses fonctions le 14 avr., le président lançait un appel à l'unité et au dialogue national. Cependant, le 10 oct. suivant, un million de Vénézuéliens manifestèrent à Caracas pour réclamer la démission de Chavez, qui devait affronter en outre, le 21, une grève générale dans tout le pays. Durant tout le mois de déc., le président fit face à des grèves et des manifestations sanglantes destinées à le contraindre à la démission.
CARABOBO (Batailles de, 1814 et 1821). Victoires remportées à Carabobo (aujourd'hui État du nord du Venezuela) par Bolivar, conduisant à l'indépendance du Venezuela.
Liens utiles
- Corruptissima republica plurimae leges
- Rafael Caldera Rodríguezné en 1916Sensiblement plus jeune que ses prédécesseurs à la présidence du Venezuela, il n'est pasengagé dans la lutte contre Gomez, mais s'associe au coup d'État contre Medina Angarita en1945.
- Venezuela
- Le venezuela
- Francisco de Miranda1750-1816: Précurseur de l'indépendance de la Colombie et du Venezuela, né à Caracas, de père basque.