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TURGOT, Anne Robert Jacques, baron de l'Aulne

Homme politique et économiste français. Fréquentant les salons littéraires et les philosophes, il collabora à l'Encyclopédie et s'opposa par divers écrits au fanatisme religieux. Intendant de la généralité de Limoges (1761/74), il y mit en pratique, avec succès, des conceptions à mi-chemin entre celles des physiocrates et d'Adam Smith (v. ces noms) et publia ses Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (1766), son principal ouvrage qui le rendit célèbre, où il défendait avant tout la liberté complète du commerce. Secrétaire à la Marine, puis contrôleur général des Finances de 1774 à 1776, il tenta de résorber le déficit, se refusant aux emprunts (contrairement à Necker) et aux augmentations d'impôts. Turgot entreprit un vaste programme de réformes, financières, économiques et sociales : la liberté du commerce des grains provoqua la « guerre des Farines » (v.) (1775), dont Turgot sortit provisoirement vainqueur mais en y perdant sa popularité ; la suppression des corvées, maîtrises et jurandes, et l'imposition des propriétés foncières, y compris nobiliaires, ne triomphèrent de l'hostilité des propriétaires que par un lit de justice (12 mars 1776). Une telle politique aurait requis, pour connaître la réussite, un soutien ferme du roi à son ministre, mais Louis XVI, qui avait décidé du rétablissement des parlements en nov. 1774, ne sut pas résister à l'opposition des privilégiés et força Turgot à démissionner (12 mai 1776).

Turgot, Anne Robert Jacques, baron de l’Aulne (Paris 1727- 1781); homme politique et économiste français, ministre des Finances de Louis XVI.

Ce n’est pas un hasard si T., issu de la riche bourgeoisie du négoce, devient très tôt un partisan convaincu de la physiocratie. La véritable passion de ce juriste brillant et doué, alors qu’il n’est encore que conseiller au Parlement de Paris (1752) puis maître des requêtes (1753), est la théorie économique. Collaborateur de l’Encyclopédie, il y fait paraître plusieurs articles sur des sujets très divers (« Etymologie », « Existence », « Foires »...), et écrit un Eloge de Gournay (1759) ainsi qu’une Lettre sur le papier monnaie. Il croit en l’efficacité de la liberté d’entreprise. Nommé intendant de Limoges en 1761, il va, durant treize années d’administration locale, mettre en application ses idées sur le libre développement de l’activité économique. La légende forgée par son « hagiographe » Condorcet veut qu’il ait transformé une région pauvre et attardée en un modèle d’intendance florissante et pratiqué une politique sociale très en avance sur son temps, qui ne vise pas seulement à procurer du travail, mais aussi à secourir les pauvres. Des recherches récentes montrent que T. s’est peut-être moins passionné pour sa province qu’on ne l’a cru longtemps. L’essentiel de son temps à Limoges n’est pas consacré aux problèmes quotidiens, mais à la défense et à la mise au point de ses grands principes. Son Essai sur la formation et la distribution des richesses qu’il publie en 1766 ainsi que ses Lettres sur la liberté du commerce des grains (1770) le situent dans la droite ligne de Quesnay et Gournay, même si on ne peut le classer tout à fait parmi les physiocrates, dans la mesure où il ne croit pas à la stérilité de l’industrie et donne une place éminente à la propriété mobilière. Il est ainsi, dix ans avant Adam Smith avec lequel il est personnellement lié d’amitié, un des cofondateurs de l’économie politique moderne. Sa réputation est déjà grande lorsque Louis XVI, peu après son avènement, le nomme secrétaire d’Etat à la Marine (20 juill. 1774) puis contrôleur général des Finances (24 août 1774). Pour les philosophes (Voltaire, Condorcet) qui accueillent favorablement sa nomination, il est le représentant de leurs idées au pouvoir. T. se contente d’abord d’une sévère politique d’économies, menée particulièrement aux dépens de la cour, mais prévoit pour l’avenir la création d’un impôt unique (« la subvention territoriale ») basé sur les revenus fonciers. Conformément à ses convictions, il s’agit d’abord pour lui d’accroître la richesse publique en supprimant tous les obstacles au libre développement économique. Dès septembre 1774, il rétablit la liberté du commerce des blés à l’intérieur du royaume, sans aller jusqu’à en permettre l’exportation, et diminue les droits de péage sur les ponts et les routes. Cette mesure lèse les spéculateurs intéressés au stockage des blés. Profitant du fait que la récolte de 1774 est mauvaise, ils attisent la révolte populaire. La « guerre des Farines » (printemps 1775) est sévèrement réprimée, et T. peut alors présenter au roi un nouveau programme de réformes. En 1776, il remplace la corvée royale par un travail de voirie payé par un impôt sur tous les propriétaires fonciers. La même année, la liberté du travail est proclamée, on abolit les maîtrises et les jurandes dont les règlements entravent la liberté du travail artisanal. Il aurait également voulu permettre le rachat des droits seigneuriaux par les paysans. Mais ces réformes butent en tous points sur des intérêts et des privilèges profondément enracinés. Il n’est donc pas étonnant que se forme une opposition hétérogène mais puissante : la reine, le clergé et la noblesse, les Parlements, les banquiers et les financiers. Cette opposition peut d’autant plus facilement renverser T. après deux années d’exercice gouvernemental que le roi, bien disposé à son égard mais faible, le laisse alors tomber. Forcé de démissionner (12 mai 1776), il publie deux ans plus tard (en collaboration avec le physiocrate Dupont de Nemours) son Mémoire sur les municipalités, où il prévoit la création d’assemblées municipales, provinciales, nationales, à pouvoir consultatif, mais qui connaîtraient de la répartition des impôts, des travaux publics, de l’enseignement et de l’assistance. Le programme de T. a offert à la monarchie française une des dernières chances de se réformer, que celle-ci n’a pas su saisir, et T., clairvoyant, écrit à Louis XVI en 1776 : « N’oubliez jamais, Sire, que c’est la faiblesse qui a mis la tête de Charles Ier sur le billot... »

Bibliographie : L. Laugier, Turgot ou le Mythe des réformes, 1979 ; E. Faure, La Disgrâce de Turgot, 12 mai 1776, 1961 ; M.-C. Kiener, J.-C. Peyronnet, Quand Turgot régnait en Limousin, 1979.

TURGOT, Anne Robert Jacques, baron de l'Eaune (Paris, 1727- id., 1781). Homme politique et économiste français. Afin d'éviter la banqueroute de l'État, il tenta dans sa charge de contrôleur général des Finances d'appliquer un vaste programme de réformes financières, économiques et sociales. Mais, disgracié par Louis XVI, ses réformes ne lui survécurent pas. Fils du prévôt des marchands de Paris, il fut d'abord destiné à l'état ecclésiastique, et élu prieur de la Sorbonne en 1749. Ayant renoncé au sacerdoce, il s'orienta vers la magistrature, et devint conseiller puis maître des requêtes au Parlement de Paris. Il participa à la rédaction de l'Encyclopédie, fréquenta les salons littéraires et les philosophes, prit part aux discussions religieuses, combattant le fanatisme dans ses Lettres sur la tolérance (1754). Nommé intendant de la généralité de Limoges (1761-1774), il tenta d'y appliquer les idées des physiocrates auxquelles il adhérait partiellement. Son administration dans l'une des régions les plus pauvres de France - répartition plus juste de la taille, suppression de la corvée, libre circulation des grains, amélioration des routes - le rendit célèbre tout autant que ses idées, très nouvelles, Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (1766), qui devança le célèbre traité d'Adam Smith. Nommé, à l'avènement de Louis XVI, secrétaire d'État à la Marine puis contrôleur général des Finances, il décida d'éviter la banqueroute en renonçant à toute augmentation d'impôts et à tout emprunt. Outre de strictes économies inspirées par l'esprit du « despotisme éclairé », Turgot entreprit d'établir la liberté de circulation des grains et de leur importation, la liberté du travail par la suppression des corporations et l'établissement d'une contribution unique sur les biens nobles et roturiers. Ses innovations libérales se heurtèrent à une violente opposition des privilégiés exprimée au sein du Parlement et à l'incompréhension populaire (guerre des Farines). La cabale conduite par la reine et Necker amena sa disgrâce (1776). Voir Marie-Antoinette, Vergennes (Charles Gravier, comte de).

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