TROTSKI, Lev Davidovitch Bronstein, dit en français Léon
Homme politique russe. D'une famille de la moyenne bourgeoisie juive, il devint un militant révolutionnaire dès l'époque de ses études de droit à l'université d'Odessa. Arrêté en 1898 et déporté en Sibérie, il s'évada en 1902 et passa en Angleterre. Il rencontra Lénine et Plekhanov, collabora à l'Iskra et adopta une position moyenne entre bolcheviks et mencheviks, reprochant à Lénine son « jacobinisme centralisateur » qui pouvait conduire à une dictature sur le parti, mais affirmant la possibilité d'une révolution socialiste dans l'Empire russe, malgré la faiblesse des effectifs d'un prolétariat ouvrier, peu nombreux en comparaison d'une masse paysanne elle-même passive. Rentré en Russie en févr. 1905, il devint le chef du soviet de Saint-Pétersbourg, en majorité menchevik (v.). De nouveau arrêté et déporté, il réussit encore à s'évader et vécut en exil. Trotski parvint à Petrograd au milieu de mai 1917, peu après Lénine. C'est seulement en juill. 1917 qu'il se rallia aux bolcheviks et devint membre du Comité central. Son rôle au cours de la révolution fut presque aussi décisif que celui de Lénine. Président du soviet de Petrograd, il fut nommé commissaire du peuple aux Affaires étrangères en oct. 1917, puis commissaire à la Guerre (1918), poste dans lequel il montra son génie d'organisateur. Mais la révolution russe n'était pour lui qu'une étape vers la révolution mondiale, où le prolétariat des pays d'Occident jouerait, cette fois, un rôle décisif. Malgré l'échec des mouvements communistes d'Allemagne et de Hongrie, Trotski maintint cette idée de « révolution permanente ». Après la mort de Lénine (1924), la lutte commença entre Staline et Trotski. S'appuyant sur l'appareil du parti, Staline parvint peu à peu à éliminer son rival et à faire triompher ce qui était, au fond, la thèse d'un socialisme national. Trotski fut exclu du parti (nov. 1927) et relégué au Kazakhstan, avant d'être expulsé du territoire soviétique (janv. 1929). Installé près d'Istanbul, il lança une vigoureuse campagne contre le stalinisme contre-révolutionnaire ; il se prononça pour la IVe Internationale, qui défendit l'idée de la révolution permanente et mondiale dès juillet 1933. Établi en France en 1933, Trotski fut expulsé en 1935, et se réfugia en Norvège (1936), puis au Mexique (1937). Lors des grands procès de Moscou, il fut accusé de préparer l'assassinat de Staline. Il sentit dès lors sa vie menacée. Il devait mourir assassiné par un agent stalinien qui s'était introduit dans son entourage. Brillant intellectuel, d'une vaste culture, non seulement politique mais littéraire, Trotski a laissé des ouvrages, dont Ma Vie (1929), Histoire de la révolution russe (1932), qui sont de puissants témoignages sur son temps.
Trotski, Léon Lev Davidovitch Bronstein, dit (Elizavethgrad 1879-Coyocà, Mexique, 1940) ; révolutionnaire russe.
Ce fils d’un propriétaire foncier du sud de la Russie, dont le véritable nom de famille est Bronstein, est né la même année que son futur rival, Staline. Au début du siècle, il se joint aux milieux révolutionnaires et connaît la relégation, la fuite et l’émigration. Dès 1902, il rencontre Lénine à Londres mais se trouve en opposition avec lui - notamment sur la question de l’organisation du Parti -, opposition qui s’accentue encore après la scission de la social-démocratie (1903). T., qui joue un bref rôle politique au sein des conseils ouvriers pendant la révolution de 1905, passe alors pour menchevik ; il se situe en réalité à l’extérieur des différents groupes du parti social-démocrate russe, dont il cherche à sauvegarder l’unité. Arrêté, déporté à vie en Sibérie, il s’évade et s’installe à Vienne en 1907. Aussi doué comme orateur que comme écrivain, T. poursuit son activité d’agitateur politique en dehors de la Russie (Autriche, Suisse, France, Espagne) et élabore dès cette époque sa théorie de la Révolution permanente.
En 1917, il rentre des États-Unis, dernière étape de son émigration, en Russie où il se rallie en juillet aux bolcheviks. Son ardeur révolutionnaire, sa rhétorique convaincante et son immense talent d’organisateur en font vite une figure éminente parmi les bolcheviks ; lui et Lénine, avec lequel il conserve des divergences tactiques, mais qu’il complète parfaitement, jouent un rôle essentiel dans la préparation, l’exécution et le succès de la révolution d’octobre 1917. Premier commissaire du peuple aux Affaires étrangères dans le gouvernement soviétique nouvellement constitué, T. conduit en 1917-1918 la délégation russe aux pourparlers de paix de Brest-Litovsk où il ne réussit pas à empêcher la conclusion d’une paix défavorable à la Russie. Devenu ensuite commissaire du peuple à la Défense, il contribue, de son train blindé, à ce que la Russie soviétique triomphe de tous les épisodes de la guerre civile et réussisse ainsi à subsister. La création de l'Armée rouge, conçue dans la hâte et l’improvisation en 1918, est son oeuvre ; l’écrasement de l’insurrection de Kronstadt (1821) aussi. Dès la guerre civile apparaissent en même temps des conflits factuels et des rivalités personnelles entre T. et Staline qui se transformeront en lutte ouverte pour le pouvoir après la mort de Lénine en 1924. Avec sa thèse de la Révolution permanente, T. souhaite une intensification graduelle ainsi qu’une extension dans l’espace de la révolution entreprise en 1917, notamment en Allemagne. À l’inverse, Staline élabore en 1924 sa thèse de « l’édification du socialisme dans un seul pays » ; il réussit en outre à conforter si bien sa position dans le Parti qu’il parvient à éliminer T. en employant tous les moyens à sa disposition. Ce dernier est écarté de tous les emplois publics (1925) et de toutes ses fonctions au sein du Parti (1926-1927) ; en 1928, il est exclu du Parti, exilé au Kazakhstan, à Alma Ata, et expulsé du pays en 1929. Nomade perpétuel, T. vit dans différents pays, poursuit inlassablement son activité de publiciste, participe (1938) à la fondation de la IVe Internationale et s’emploie à s’autojustifier jusqu’à son assassinat en 1940 à Mexico par Ramon Mercader, sur l’ordre de Staline.
Bibliographie : L. Trotski, Ma vie, trad. fr., 1954 ; I. Deutscher, Trotsky, le prophète désarmé, 1962-1963, 2 vol ; P. Broué, Trotsky, 1988.