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TRANSYLVANIE, en hongrois Erdély, en roumain Transilvania ou Ardeal, en allemand Siebenbürgen

Région historique de l'Europe orientale, située à l'intérieur de l'arc des Carpates, et qui fut longtemps disputée entre les Hongrois et les Roumains. La Transylvanie, qui fit partie, dans l'Antiquité, du royaume des Daces et possédait de riches mines d'or, fut conquise par Trajan en 105/07 apr. J.-C. et comprise dans la province romaine de Dacie Trajane, mais les Romains durent l'abandonner sous le règne d'Aurélien (270/75). Elle fit ensuite partie de l'empire des Gépides, que les Avars détruisirent en 567, subit l'occupation de populations slaves qui submergèrent les anciens éléments romano-daces, puis fut conquise par les Hongrois au cours des Xe et XIe s. Au XIIe s., le roi de Hongrie Géza II (1141/61) établit en Transylvanie de nombreux colons allemands, venus surtout des régions du Rhin inférieur, mais qui gardèrent jusqu'à nos jours le nom de Saxons de Transylvanie (Siebenbürger Sachsen). En 1211, l'ordre Teutonique fut appelé en Transylvanie par les rois hongrois, et, en 1224, le roi André II garantit aux Allemands une autonomie territoriale, politique et religieuse par le Privilegium Andreanum. À partir du XIIIes., après les invasions mongoles, la Transylvanie se composait de trois territoires peuplés par les nobles magyars, les Sicules et les Allemands. Les voïvodes transylvaniens finirent par se rendre pratiquement indépendants au XVe s., et cette indépendance devint complète lorsque la Hongrie eut succombé devant les Turcs à la bataille de Mohács (1526). Le voïvode Jean Zápolya fut alors élu roi de Hongrie par le parti opposé aux Habsbourg, et, avec l'aide des Turcs, la Transylvanie préserva son indépendance jusqu'à la fin du XVIIe s. La lutte contre les Habsbourg se confondit avec une guerre religieuse, car la Transylvanie était passée dans sa majorité à la Réforme, et le protestantisme devint ainsi l'âme du patriotisme transylvanien contre les Habsbourg catholiques. Étienne Ier Báthory (1571/76) tenta cependant d'introduire la Réforme catholique, provoquant des conflits intérieurs dont le prince de Valachie, Michel le Brave, profita en réunissant quelque temps en un seul État la Moldavie, la Valachie et la Transylvanie (1600/01) : ce bref épisode devait être plus tard exalté par les Roumains pour justifier leurs revendications sur la Transylvanie. En 1604, l'empereur Rodolphe II réussit un instant à s'emparer de la Transylvanie, mais il dut y renoncer à la paix de Vienne (23 juin 1606), après la victoire du soulèvement national dirigé par Étienne Bocskay. Les successeurs de ce dernier, Gabriel Bethlen (1613/29) et Georges Ier Rákóczi (1630/48), luttèrent victorieusement contre les Habsbourg et firent de la Transylvanie le bastion du protestantisme en Europe orientale. Mais le reflux des Turcs après leur défaite devant Vienne (1683) entraîna la fin de l'indépendance de la Transylvanie, qui passa sous la domination des Habsbourg en 1691. Rattachée complètement à la Hongrie après le compromis austro-hongrois de 1867, la Transylvanie perdit toutes ses institutions locales traditionnelles et fut soumise à une politique de magyarisation qui provoqua le mécontentement des minorités roumaine et allemande. 0002000005D500000C61 5CF,Lors de l'effondrement de l'Empire austro-hongrois, les Roumains de Transylvanie proclamèrent à Alba Julia leur rattachement à la Roumanie (1er déc. 1918), imités par les Allemands (8 janv. 1919). Le traité de Trianon (4 juin 1920) confirma le rattachement de la Transylvanie à la Roumanie. Les minorités non roumaines se virent garantir leurs droits, mais elles souffrirent beaucoup de la réforme agraire de 1920/21. Par l'arbitrage de Vienne (30 août 1940), l'Allemagne et l'Italie tentèrent de satisfaire les aspirations de la minorité hongroise en rendant à la Hongrie la Transylvanie septentrionale et orientale, mais cet arbitrage ne satisfit ni les Roumains ni les Hongrois. Le traité de paix du 10 févr. 1947 rendit à la Roumanie toute la Transylvanie, avec ses frontières de 1920. En 1952, le régime communiste accorda à la Transylvanie un statut d'autonomie, réclamé par la minorité hongroise. Les tensions entre communautés ne cessèrent pas, mais elles furent occultées par le régime. Elles resurgirent après la révolution de 1989. L'esprit de fraternité unissant Hongrois et Roumains lors des manifestations anti-Ceausescu de déc. 1989 à Timisoara disparut et les violences interethniques reprirent. Le parti nationaliste antihongrois Vatra Romanesca (le « foyer roumain »), poussant Bucarest à la surenchère nationaliste, et l'Union démocratique magyare (UDMR), financièrement soutenue par Budapest et accusée d'irrédentisme, y sont devenues deux forces politiques majeures.

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