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TIBET, Xizang en chinois

Région de l'Asie centrale, formée par un vaste plateau dont l'altitude moyenne est de 4 500 m, entre les monts Kouen-louen au N. et l'Himalaya au S. Annexé par la Chine en 1951, le Tibet est borné au N. par la Chine, au S. par l'Inde, le Bouthan et le Népal ; capitale Lhassa. L'histoire du Tibet reste à peu près inconnue jusqu'au VIIe s. apr. J.-C. À cette époque, les Tibétains étaient encore des adeptes de la religion bôn, une forme de chamanisme, jusqu'à ce que le roi Srong-tsan-gampo, fondateur de Lhassa, se décidât, sur les instances de ses deux épouses bouddhistes, à appeler des moines bouddhistes de l'Inde. Ce bouddhisme tardif qui pénétra au Tibet était mêlé de pratiques tantriques et magiques, et une fusion se fit rapidement avec la religion Boen, dont de nombreux éléments primitifs devaient subsister jusqu'à nos jours. Le bouddhisme confirma sa position dominante avec l'arrivée, en 747, de Padmasambhava, connu par la suite sous le nom de Guru Rimpoche (« le précieux maître ») : il donna au bouddhisme tibétain sa première organisation et lui laissa des enseignements tantriques qui furent complétés au XIe s. par un autre moine indien, Atiça. • Le lamaïsme tibétain • Le Tibet et la Chine populaire Le lamaïsme tibétain Au cours d'une violente réaction des adeptes du bôn, la monarchie tibétaine avait été renversée (838), et le Tibet se divisa en de nombreuses petites principautés, tandis que les monastères bouddhiques prenaient une influence accrue. Quand les Mongols attaquèrent le Tibet, en 1239, les habitants se confièrent au supérieur du monastère de Sakya, Sapan. Le neveu de celui-ci, Phagspa (1235/80), convertit au bouddhisme le khagan Koubilaï, qui donna aux abbés de Sakya la souveraineté sur le Tibet. Corrompu par des pratiques magiques et par des mœurs relâchées, le bouddhisme tibétain allait être réformé par un ascète venu de Chine centrale, Tsong-kha-pa (vers 1356/1418), qui ramena le clergé au célibat et à une discipline monastique aussi rigoureuse que celle en usage chez les théravadin de l'Asie du Sud-Est. C'est de l'Église dite « jaune », issue de cette réforme, que naquit, à la fin du XVe s., l'institution caractéristique de la théocratie tibétaine, le lamaïsme. Il repose sur deux chefs suprêmes : le dalaï-lama, vénéré comme une réincarnation du bodhisattva Chenresi (Avalokiteçvara), résidant à Lhassa ; le panchen-lama, réincarnation du bouddha Opame (Amitabha), résidant au couvent de T-shi-lhum-po, près de Chigatse. Le premier dalaï-lama fut Gentun Drupa († 1474). Au cours du XVIe s., le lamaïsme rallia la Mongolie au bouddhisme et l'Église mongole fut dirigée par un troisième grand lama, résidant à Oulan Bator. Avec l'aide des Kalmouks, le cinquième dalaï-lama, Ngagwang Lobsang Gyatso, triompha en 1641 du dernier prince tibétain important, le roi du Tsang ; dès lors, le dalaï-lama, installé à Lhassa, où il fit construire le palais du Potala, devint le chef temporel du Tibet. Au début du XVIIIe s., l'invasion des Dzoungares permit aux empereurs chinois d'intervenir au Tibet : l'empereur K'ang-hi installa en 1720 une garnison chinoise à Lhassa et établit ainsi sur le Tibet un protectorat qui devait durer jusqu'à la révolution chinoise de 1911. Mais la conquête de l'Inde par les Anglais créa un nouveau pôle d'attraction. À partir de 1850 environ, deux politiques s'affrontèrent au Tibet : la « blanche », proanglaise, représentée par le dalaï-lama, et la « noire », prochinoise, représentée par le panchen-lama. Après avoir établi leur protectorat sur les dépendances transhimalayennes du Tibet (Sikkim, Népal, Bhoutan), les Anglais entrèrent à Lhassa (1903) et imposèrent au Tibet le traité du 7 sept. 1904, qui ouvrait au commerce britannique de nouveaux marchés ; ce traité fut reconnu par la Chine en 1906 et par la Russie en 1907. En 1911, avec l'aide des Anglais, les Tibétains chassèrent la garnison chinoise, et le treizième dalaï-lama, que les Chinois avaient destitué l'année précédente et qui s'était réfugié en Inde, fut restauré. 000200000B4E00000FB5 B48,Le Tibet et la Chine populaire La fin de la Seconde Guerre mondiale renversa complètement le rapport des forces dans la région himalayenne : les Anglais abandonnèrent l'Inde, et la Chine, devenue communiste, put reprendre les ambitions des anciens empereurs mandchous. Le 7 oct. 1950, 30 000 soldats chinois passèrent la frontière et bousculèrent la dérisoire armée tibétaine. Le jeune dalaï-lama, âgé de seize ans, dut envoyer une délégation à Pékin pour y signer le traité sino-tibétain du 23 mars 1951 : la Chine communiste se faisait reconnaître le droit d'occuper militairement le Tibet et de diriger la politique étrangère du pays, mais elle s'engageait à respecter son autonomie régionale, à ne pas attaquer les croyances traditionnelles et à respecter le régime du lamaïsme. Mais, dès 1952, commença une campagne systématique de destruction des monastères. En 1955, la guérilla antichinoise s'organisa chez les montagnards Khampas. La rébellion générale du Tibet éclata à Lhassa dans la nuit du 19 au 20 mars 1959, mais fut écrasée par l'armée et l'aviation chinoises. Le dalaï-lama se réfugia en Inde avec plusieurs milliers de Tibétains, tandis que la Chine communiste établissait son emprise sur le Tibet. En sept. 1965, le Tibet devint une région autonome de la république populaire de Chine. Le quatorzième dalaï-lama, Tenzin Gyatso (* 1935), continua d'animer à Dharamsala, en Inde, un gouvernement en exil. Malgré la présence au Tibet de fonctionnaires et de militaires chinois, le régime communiste s'est mal implanté, à la fois parce qu'il est communiste et parce qu'il est chinois. En 1987, le tibétain retrouvait son rang de langue officielle, ce qu'il n'était plus depuis 1959. Lhassa, déjà théâtre d'émeutes en 1987 et 1988, connaissait de graves troubles en mars 1989 (plusieurs dizaines de morts) et la loi martiale était à nouveau proclamée au Tibet. La région ne cessait de causer des difficultés au gouvernement chinois, tant sur le plan intérieur que sur la scène internationale ; ainsi le dalaï-lama voyait son autorité morale s'accroître dans le monde entier : prix Nobel de la paix en déc. 1989, il multiplia les rencontres avec les chefs d'État. Mais la situation restait bloquée et la structure démographique de la région s'est modifiée progressivement au profit des Han (majoritaires en Chine). La loi martiale ne fut levée qu'en mai 1990. Des manifestations se sont succédé à partir de 1992. En 1996, le gouvernement chinois intensifia la répression et ferma l'un des plus grands monastères tibétains, à Ganden près de Lhassa, et incarcéra l'enfant supposé être la réincarnation du panchen-lama, Gendhun Choekyi Nyima. L'intronisation par les Chinois d'un nouveau bouddha vivant en janv. 2000 s'accompagna d'une nouvelle campagne contre le séparatisme. Pourtant, des relations se sont renouées entre les autorités chinoises et le chef spirituel tibétain.

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