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TCHÉTCHÉNIE (République de)

Membre de la Fédération de Russie ; capitale Grozny. Située dans le Nord-Caucase, elle tire son nom des Tchétchènes, peuple de langue caucasienne, converti à l'islam à la fin du XVIIIe s. Après avoir combattu l'avancée russe dans le Caucase entamée sous Catherine II, les Tchétchènes furent refoulés dans la montagne. En 1824, ils prirent la tête de la révolte des peuples du Caucase central, conduite par l'imam Chamil. Défaits en 1859, ils tentèrent, à l'issue de la révolution d'Octobre 1917, de retrouver leur indépendance. En nov. 1922, le pouvoir soviétique les dota d'une région autonome, la Région autonome (RA) de Tchétchénie, qui fut, en nov. 1934, réunie à la RA d'Ingouchie. En déc. 1936, la RA de Tchétchéno-Ingouchie accéda au statut de république autonome. Celle-ci fut abolie, en 1944, après que ses habitants eurent été accusés de collaboration avec l'Allemagne et massivement déportés au Kazakhstan. En 1957, les Tchétchènes et les Ingouches regagnèrent le Caucase et leur république fut rétablie. Alors que l'URSS se disloquait, les Tchétchènes élurent pour président, en oct. 1991, à l'issue d'un scrutin boycotté par les Ingouches, le général Djokhar Doudaïev qui proclama le mois suivant l'indépendance et refusa de ratifier, en mars 1992, le traité fédéral entre les anciennes républiques autonomes. Contesté par une partie de la population et combattu par une opposition que Moscou armait, Doudaïev ordonna la dissolution du Parlement en avr. 1993. L'entrée massive des troupes russes en Tchétchénie, en déc. 1994, rétablit « l'union sacrée » autour de sa personne. La « deuxième guerre du Caucase » fut déclenchée par Moscou pour des raisons territoriales - empêcher toute contagion sécessionniste au sein de la Fédération - et stratégiques - assurer à la Russie la maîtrise d'un important oléoduc. En Russie, ce conflit meurtrier (env. 40 000 morts et 400 000 personnes déplacées) a suscité une forte opposition, tandis que, sur le plan international, elle a retardé l'admission de la Russie au Conseil de l'Europe et terni l'image de B. Eltsine. L'accord de désarmement, conclu en juill. 1995, conduisit les indépendantistes tchétchènes à intervenir hors de leur république. En avr. 1996, leur chef, D. Doudaïev, fut tué au cours d'un bombardement russe et son remplaçant, Zemlikhan Iandarbaïev, conclut en mai un cessez-le-feu avec B. Eltsine, qui signa en nov. un décret sur le retrait total des troupes russes. L'accession au pouvoir en Tchétchénie d'Aslan Maskhadov, en janv. 1997, permit de conclure (en mai) un accord de paix, sans pour autant régler la question du statut de la République tchétchène. Maskhadov annonça en févr. 1999 la proclamation de la charia sur le territoire, en vue de créer une république indépendante et islamique. Fin août et début sept., une vague d'attentats frappa Moscou et le Daghestan. En sept. 1999, la Russie entama une deuxième guerre de Tchétchénie, qu'elle refusa d'appeler une guerre, parlant d'opération de police contre des terroristes ou des « brigands ». Tandis que les forces russes bombardaient la capitale tchétchène, Grozny, et bloquaient la frontière avec l'Ingouchie, par où fuyaient les réfugiés, B. Eltsine refusa d'ouvrir des négociations en Tchétchénie. L'implication de son successeur, Vladimir Poutine, dans ce conflit lui valut une large popularité. Début févr. 2000, les troupes russes entrèrent dans Grozny en ruines et, à la fin du mois, l'ONG Médecins du monde dénonçait les violences des troupes russes et l'existence de « camps de filtration », où tous les droits humains étaient bafoués. V. Poutine plaça la Tchétchénie, où les affrontements et les exactions continuaient, sous son administration directe avant de nommer, en juin 2000, un administrateur provisoire, Akhmad Kadyrov. Après le refus de V. Poutine en mars 2001, de donner une solution politique à ce qu'il considérait comme une affaire intérieure, le 23 oct. 2002, dans un théâtre de Moscou, 700 spectateurs furent pris en otages par des Tchétchènes exigeant le retrait des forces fédérales du territoire de leur république. La prise d'assaut par les forces spéciales russes se solda par 129 morts.

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