TALLEMANT DES RÉAUX (GÉDÉON)
TALLEMANT DES RÉAUX (GÉDÉON)
Né à La Rochelle le 2 octobre 1619, dans une famille de banquiers protestants, Gédéon Tallemant des Réaux est éduqué à Bordeaux (en 1628, c'est le siège de sa ville natale par Richelieu) à la fois comme un gentilhomme et comme un futur juriste. Mais au droit il préfère la poésie et, installé à Paris, devient la coqueluche des salons de la haute société protestante où il trousse les muses en l'honneur des dames. En 1638, il voyage à Rome en compagnie d'une autre belle plume, le futur cardinal de Retz, et se lie d'amitié avec Voiture qui, à son retour, lui ouvre les portes du salon de la marquise de Rambouillet laquelle, appréciant son impertinence et ses talents de conteur, lui fournit de nombreuses anecdotes, notamment sur Henri IV, qu'il reprendra dans ses Historiettes (recueil qu'il aura achevé en 1659, mais qu'il mettra vingt ans à réécrire et à peaufiner). Sa fortune personnelle lui permet de mener grand train sans être l'obligé de quiconque ni de quémander de pension aux hommes de pouvoir. Il est de tous les cercles, de tous les salons, de toutes les coteries ; on le soupçonne libertin, mais il n'en laisse rien paraître, du moins dans ses écrits. Ce courtisan est un prudent : peu avant la révocation de l'édit de Nantes (1685), il préfère se convertir au catholicisme. Pendant les vingt années qui précèdent cette décision, il a vu sa famille se déchirer pour des raisons religieuses, et aussi financières : la banque Tallemant a fait faillite et sa femme a demandé la séparation pour se retirer dans un couvent. Témoin du règne de Louis XIII, de la régence d'Anne d'Autriche et du règne de Louis XIV, il meurt à Paris le 10 novembre 1692, à l'âge de 73 ans. Ses Historiettes, où il mêle actes de bravoure et traits de débauche, ne seront publiées qu'en 1835, et dans une version expurgée, ce qui ne les empêchera pas de provoquer un scandale ; car Tallemant des Réaux, qui jamais ne veut être moraliste et jamais ne s'étonne de rien, n'écrivait que « pour ses amis » et se souciait peu de la réputation qu'il faisait à ceux qu'il prenait pour héros de ses récits anecdotiques. Le témoignage qu'il donne des débuts du Grand Siècle, la face méconnue qu'il en révèle n'est guère conforme avec l'image qu'en donnent les manuels scolaires ; c'est autrement plus gai et réjouissant. Observateur perspicace, libertin amusé, Tallemant des Réaux dont la langue, selon Sainte-Beuve, « est excellente » est aussi malveillant que clairvoyant, aussi acide que précis. Ses Historiettes sont un régal pour ceux qui aime l'histoire, les lettres... et les médisances.