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SYNDICALISME

Regroupement de salariés et de producteurs en vue de la défense et du progrès de leur condition sociale et économique. Au XIXe s., le syndicalisme est né dans le milieu ouvrier soumis aux dures conditions (salaires et temps de travail) du nouveau monde industriel. Le syndicalisme est le produit de la révolution industrielle qui a laissé l'ouvrier isolé devant les effets de la concurrence et du pouvoir patronal. • Les débuts du syndicalisme • Le développement des syndicats dans le monde Les débuts du syndicalisme La Grande-Bretagne, point de départ de la révolution industrielle, fut aussi la première nation où se développa le syndicalisme. Les premières « unions de métier » ou Trade Unions se constituèrent dans la seconde moitié du XVIIIe s. parmi les travailleurs de l'industrie de la laine et les tisserands de l'ouest et du centre de l'Angleterre. Après une période de tolérance, les Trade Unions furent vigoureusement réprimées par le gouvernement à la suite des lois de 1799/1800, inspirées par la peur de la Révolution française. Le mouvement unioniste n'en continua pas moins à s'amplifier. Durant cette période d'épreuves, des unions commencèrent à fonctionner en permanence, comme celles des fabricants de brosses de Londres (1805), des charpentiers de Preston (1807), des tonneliers de Londres (1813)... Bien que la classe politique restât foncièrement hostile à l'action syndicale, elle accepta par opportunisme la loi de 1824 qui autorisait les coalitions ouvrières motivées par des questions de salaires et de durée de travail. Dans les années suivantes naquirent les premières unions professionnelles étendues au plan national : fédérations des ouvriers des filatures (1829/30), Union générale des métiers du bâtiment (1832). En 1833/34, Robert Owen (v.), industriel philanthrope et théoricien socialiste, entreprit de regrouper l'ensemble des ouvriers britanniques, y compris les ouvriers agricoles, dans une Grande Union nationale du travail, dont l'objectif était d'obtenir par la grève générale une transformation radicale de la société ; le patronat et le salariat devaient être abolis et remplacés par des coopératives ouvrières de production. Mais le gouvernement et les industriels réagirent avec une extrême rigueur : les travailleurs syndiqués, dont le nombre se situait entre 500 000 et un million, se heurtèrent au refus d'embauche, au lock-out, aux lois qui les assimilaient à des conspirateurs. Aussi, après quelques grèves sporadiques, la Grande Union se disloqua. Le monde ouvrier se tourna alors vers l'action politique et, jusque vers 1848, le trade-unionisme parut absorbé dans l'agitation du chartisme (v.). C'est seulement au début de la seconde moitié du siècle que le syndicalisme anglais prit un nouveau départ, avec la création du syndicat des mécaniciens (1851), qui servit de modèle au syndicat des charpentiers (1860) et, après 1865, à la Fédération des mineurs et à la Fédération des textiles du Lancashire. Les Trade Unions, qui tinrent leur premier congrès annuel à Manchester en 1868, firent définitivement reconnaître leur statut légal par Gladstone (Trade Unions Act, 1871) ; en 1875, le gouvernement Disraeli supprima le délit de grève et reconnut l'égalité des ouvriers et des patrons dans les contrats de travail. Vers cette époque, on comptait plus d'un million de syndiqués dans l'Angleterre industrielle. 00020000101100000D28 100A,En Allemagne, le développement du syndicalisme, comme celui de la grande industrie, fut plus tardif. Sans doute, lors des révolutions allemandes de 1848, des associations de travailleurs s'étaient-elles fondées dans de nombreuses villes, et elles avaient même tenu un congrès national à Berlin, à la fin de l'été 1848. Mais dans la période de réaction qui suivit, toutes ces associations furent dissoutes en vertu d'une loi de la Confédération germanique (1854). Cependant, la Saxe, en 1861, et la Prusse, en 1869, finirent par reconnaître aux ouvriers le droit de coalition. En 1868 virent le jour les deux premières centrales syndicales : celle des syndicats socialistes ou « syndicats libres » (Freien Gewerkschaften), créée au congrès de Nuremberg sous l'impulsion de Schweitzer et en union étroite avec l'Alliance générale des travailleurs de Lassalle (v.) ; et celle des syndicats indépendants, de Hirsch et Duncker. En France, le système depuis longtemps sclérosé des corporations avait disparu avec l'Ancien Régime. Au début de la Révolution, les ouvriers réclamèrent le droit de constituer des associations légales, mais la bourgeoisie, qui venait d'accéder au pouvoir politique, invoqua le principe de la liberté du travail pour interdire, par la célèbre loi Le Chapelier (v.) (14 juin 1791), toute association ouvrière ou patronale. Les divers régimes qui se succédèrent en France dans la première moitié du XIXe s. maintinrent inflexiblement les dispositions de la loi Le Chapelier. Le délit de grève fut supprimé en 1864 ; le gouvernement du second Empire adopta un régime de tolérance à l'égard des associations ouvrières. En 1879 se crée la première fédération nationale, celle des chapeliers, suivie par celle du Livre (1881) et des mineurs (1883). Malgré l'indifférence au problème social manifestée par les chefs républicains (comme en témoigne le programme de Gambetta à Belleville), (v.), les quelque 500 syndicats que compte alors la France constituent une force suffisante pour décider la majorité « opportuniste » à voter la loi du 21 mars 1884 (loi Waldeck-Rousseau) reconnaissant la légalité des associations professionnelles. Le syndicalisme connut dès lors un rapide essor. Le développement des syndicats dans le monde En France. Les syndicats, qui ont mené d'abord une action autonome, se rassemblèrent en unions professionnelles nationales (par exemple, celles des mineurs ou des cheminots), ou en unions interprofessionnelles départementales ou régionales, enfin en des « centrales » nationales groupant les travailleurs de toutes les branches de l'économie. En 1895 fut fondée la Confédération générale du travail ou CGT. Le syndicalisme chrétien, qui a son origine dans le Syndicat des employés du commerce et de l'industrie (1887), ne fit son unité qu'en 1919, dans la Confédération française des travailleurs chrétiens ou CFTC. La rupture entre socialistes et communistes au congrès de Tours, en 1920, entraîna l'année suivante, au congrès de Lille, une scission dans la CGT, que les communistes abandonnèrent pour fonder la Confédération générale du travail unitaire (CGTU). Dans le climat du Front populaire, la CGT refit son unité au congrès de Toulouse (1936), mais elle connut une nouvelle scission en 1947, lorsque Léon Jouhaux (v.) et ses amis la quittèrent et lancèrent la Confédération générale du travail-Force ouvrière ou CGT-FO. La CFTC, ayant décidé de se « déconfessionnaliser », devint en 1964 la Confédération française démocratique du travail ou CFDT, mais une minorité, restant attachée à la doctrine sociale de l'Église, fit scission et maintint la CFTC. La Confédération générale des cadres (CGC), fondée en 1944, consacre plus particulièrement ses efforts à la défense d'une catégorie professionnelle. Il faut encore mentionner de puissants groupements autonomes, tels que la Fédération de l'Éducation nationale (FEN), née de la scission de la CGT en 1947 ; le syndicalisme agricole, divisé en deux grandes fédérations : Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA, 1946) et Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA, 1957). 000200000EB800001D32 EB2,Les événements et les grandes grèves de mai 1968, en court-circuitant les institutions politiques, donnèrent aux syndicats un rôle central de négociateurs face à l'État (accords de Grenelle, juin 1968). Mais la simple obtention d'augmentations salariales ou de conventions collectives ne pouvait suffire à satisfaire des aspirations dépassant largement ce cadre. Les premiers signes d'une crise (baisse du nombre des adhérents, des cadres et des cotisations) apparurent dans les années 1970, en même temps que la crise économique, et gagnèrent en ampleur dans les années 1980. Avec l'accession au pouvoir de la gauche en 1981, les salariés furent confrontés, malgré eux, aux nécessités d'une gestion réaliste touchant à l'ensemble de la société. La perte d'influence du parti communiste et de la CGT ne profita nullement aux syndicats modérés, trop sensibles au souci gestionnaire du gouvernement socialiste. De puissantes revendications catégorielles (grève étudiante de l'automne 1986, grève des cheminots de l'hiver 1987, du personnel hospitalier de l'automne 1988, des gardiens de prisons, des agents des impôts et des métallurgistes de Peugeot de l'automne 1989) exprimèrent une profonde défiance à l'égard des appareils syndicaux. Délaissés au profit de coordinations extra-syndicales à partir de 1986, les formations traditionnelles se voyaient reprocher leur institutionnalisation, leur bureaucratisation, et, surtout, leurs profondes divisions internes. Ainsi, en oct. 1992, une scission au sein de la FEN donna naissance à la Fédération syndicale unitaire (FSU) et le secrétaire général de la CFDT, Jean Kaspar, très contesté, dut céder la place à Nicole Notat. Cependant, la multiplication des conflits sociaux à partir de l'automne 1993 obligea le pouvoir à dialoguer avec les syndicats, les seuls partenaires à constituer une instance structurée de dialogue. À la fin des années 1990, alors que le nombre de syndiqués allait sans cesse en diminuant, de nouvelles organisations (SUD, Confédération paysanne) occupèrent, bien que minoritaires, le devant de la scène, grâce à leur habileté dans le maniement des médias. En Angleterre. En août 1889, un mouvement général de grèves se développa parmi les dockers de Londres, mais en janv. 1898, après une lutte de plus de six mois, la Fédération des mécaniciens dut s'avouer vaincue devant le lock-out décidé par le patronat. C'est dans ces conditions que le congrès des Trade Unions de 1902 décida de s'engager dans l'action politique et que le Labour Party (v. TRAVAILLISTE, parti) fit son apparition aux élections législatives de déc. 1905/janv. 1906, comme expression politique du trade-unionisme. Le Trade Disputes Act du 21 déc. 1906 marqua, pour les syndicats britanniques, la dernière étape de la conquête de la liberté légale et les préservait à l'avenir de tout procès en responsabilité civile. Le principal résultat de la lutte des Trade Unions avant la Première Guerre mondiale fut la généralisation des conventions collectives relatives aux questions de salaire, de durée de travail, d'outillage, de méthodes de production. Mais l'échec de la grève générale de mai 1926, l'introduction du délit de grève illicite par une loi de 1927 et les conséquences de la grande crise économique de 1929 brisèrent l'élan révolutionnaire du trade-unionisme. Le grand artisan de la reprise fut Ernest Bevin (v.), et le trade-unionisme joua de nouveau un rôle politique important durant les périodes de gouvernement travailliste, de 1945 à 1951 et de 1963 à 1970. Durant l'hiver 1974/75, l'opposition intransigeante des Trade Unions à Edward Heath finit par réduire à l'impuissance le gouvernement conservateur, qui dut procéder à de nouvelles élections, lesquelles ramenèrent les travaillistes au pouvoir. 000200000F5600002BE4 F50,L'échec du gouvernement travailliste Callaghan en 1979 et, en mai, la victoire électorale des conservateurs menés par Mme Thatcher ont divisé les syndicalistes. Le gouvernement a entrepris une réforme du syndicalisme, qui limitait l'immunité syndicale et entraînait un relâchement des liens entre le TUC (Trade Unions Congress) et le parti travailliste, en donnant aux adhérents syndicaux la liberté de refuser l'adhésion quasi automatique au parti. Après un an de grève, l'échec, en mars 1985, du syndicat des mineurs, sans qu'aucune revendication ait été satisfaite, apparaissait comme l'un des plus graves revers jamais subi par un mouvement de revendication. Mais plus grave pour l'avenir des syndicats était leur absence dans les centres industriels de haute technologie, ainsi que leur difficulté d'adaptation à la société postindustrielle. En sept. 1988, au 120e Congrès du TUC, l'exclusion du syndicat des électriciens (300 000 membres), qui avait signé avec le gouvernement un accord antigrève, consacrait l'éclatement du front syndical, alors que la désyndicalisation s'accentuait. En août 1989, le syndicat des dockers devait renoncer à son monopole sur l'embauche (qui remontait à 1947). Le successeur de M. Thatcher, John Major, poursuivit de manière plus souple la politique de « desunionisation » réclamée par le parti conservateur. Aussi le taux de syndicalisation passa-t-il de 46 % en 1980 à 35 % en 1993. En outre, à la fin des années 1990, les relations avec le Labour Party ne cessaient d'être conflictuelles et le TUC souffrait de son incapacité à présenter un projet social mobilisateur. En Allemagne, les syndicats socialistes, fondés en 1868, affirmèrent d'emblée leur suprématie. En outre, à côté des syndicats socialistes, on trouvait les « syndicats allemands » ou « libéraux » ou « progressistes » de Hirsch et Duncker et les syndicats chrétiens, constitués à partir de 1894 (Union des mineurs d'Essen) d'après les idées lancées par Mgr Ketteler ; au congrès de Mayence (1899), les syndicats chrétiens adoptèrent le principe de l'interconfessionnalité, défendu par le Volksverein. Comme le parti social-démocrate, auquel ils étaient étroitement liés, les « syndicats libres » adoptèrent dès l'époque wilhelmienne une attitude réformiste. Après la Première Guerre mondiale, par la loi du 15 nov. 1918 et l'article 165 de la Constitution de Weimar, les syndicats furent officiellement reconnus par l'État comme les représentants qualifiés des ouvriers ; les conventions collectives conclues avec le patronat eurent désormais force de loi. À la veille de l'arrivée au pouvoir de Hitler, l'Allemagne comptait près de 5 millions de syndiqués socialistes et près de 2 millions de syndiqués chrétiens. Le national-socialisme prononça la dissolution de tous les syndicats (mai 1933) et les remplaça par un Front du travail (Arbeitsfront), qui, sous la direction de Robert Ley, prétendait abolir la lutte des classes en réunissant employeurs et employés au service de la nation. Le syndicalisme allemand se reconstitua après la fin de la Seconde Guerre mondiale sur une base pluraliste où s'affirma néanmoins la suprématie incontestable du Deutscher Gewerkschaftsbund (DGB), de tendances sociales-démocrates. On doit mentionner également le Syndicat des employés (Deutsche Angestellten Gewerkschaft, DAG, 1945) et les syndicats chrétiens (Christliche Gewerkschaftsbewegung Deutschlands, CGB), qui, reconstitués en 1955, n'ont jamais retrouvé leur influence d'avant 1933. Fondé en 1947 et étendu deux ans plus tard à toute l'Allemagne fédérale, le DGB, très proche du parti socialiste SPD, a, comme celui-ci, abandonné le principe de la lutte des classes. Les syndicats observèrent une attitude très modérée et se gardèrent de toute action pouvant entraver le redressement du pays ; ils surent toutefois, en 1957, sous la menace d'une grève générale, arracher la « cogestion » au chancelier Adenauer. 0002000010DB00003B34 10D4,La formule de la cogestion a permis à la RFA de connaître simultanément la paix sociale et la croissance économique. La chute du mur de Berlin, en nov. 1989, créa un nouveau contexte : le DGB se chargea de restructurer le mouvement syndical dans l'ex-RDA après l'autodissolution du syndicat unique, le FDGB (Freier Deutscher Gewerkschaftsbund). Cependant, depuis le milieu des années 1990, la cogestion entre syndicats et patronat semblait donner des signes d'essoufflement, comme en témoignaient plusieurs conflits ayant trait à la défense du système allemand de protection sociale. En Italie, les origines de la Confederazione generale italiana del lavoro (CGIL) remontent à 1906. Elle rassemblait alors des tendances socialistes, anarchistes et syndicalistes révolutionnaires, mais ces dernières, influencées par la pensée de G. Sorel (v.), firent scission en 1912 pour former l'Unione sindacale italiana (USI). Cette dernière se fractionna à son tour en 1914, les interventionnistes décidant alors de fonder l'Unione italiana del lavoro (UIL), laquelle devait contribuer à la formation du fascisme. Mussolini prononça en 1927 la dissolution de tous les syndicats et établit un régime corporatif. Le développement du syndicalisme italien ne reprit qu'après la chute du Duce. Un accord entre communistes, socialistes et démocrates-chrétiens permit la reconstitution, dès juin 1944, de la CGIL. Mais l'unité syndicale fut brisée en 1948 par le départ des travailleurs démocrates-chrétiens, qui fondèrent la Confederazione italiana sindacati dei lavoratori (CISL). En 1950 se constitua une nouvelle centrale, l'Unione italiana del lavoro (UIL), qui regroupait sociaux-démocrates et républicains. La grande mutation de l'industrie, en même temps que la crise économique profonde, a provoqué une crise du syndicalisme : des couches nouvelles de travailleurs qualifiés ou, à l'inverse, des marginaux, ne se sont plus sentis représentés. La crise du syndicalisme européen dans les années 1980/90 toucha moins l'Italie que d'autres pays. Ainsi le taux de syndicalisation y restait-il élevé, atteignant 39 % en 1994, et l'UIL continuait même sa progression. En oct. 1994, les syndicats italiens démontrèrent leur vigueur à l'occasion de l'appel à la grève générale lancé pour protester contre le plan d'austérité du gouvernement de Silvio Berlusconi, qui fut très suivi dans l'ensemble du pays. À la fin des années 1990, les deux principaux syndicats restaient la CGIL et la CISL. En Espagne, l'Union générale des travailleurs (UGT), fondée en 1888 et étroitement liée au parti socialiste ouvrier, s'implanta surtout dans les mines asturiennes, dans la métallurgie basque et regroupa l'élite ouvrière madrilène. Mais elle resta un courant secondaire par rapport à l'anarcho-syndicalisme, qui s'organisa en 1881 dans la Fédération des travailleurs de la Région espagnole, embryon de la Confédération nationale du travail (CNT) qui vit le jour en 1910. Interdite de 1911 à 1914 et durant la dictature de Primo de Rivera (v.), de 1923 à 1930, la CNT domina le mouvement ouvrier jusqu'à la guerre civile de 1936. Durant la crise de 1917, la CNT et l'UGT organisèrent des grèves révolutionnaires. En 1919, le gouvernement dut discuter avec les syndicalistes et admettre la journée de huit heures. La dictature de Primo de Rivera entraîna une rupture entre l'UGT, qui s'accommodait du régime autoritaire, et la CNT, qui menait une opposition clandestine en milieu ouvrier. Après la proclamation de la république (1931), la direction de la CNT, passée à la Fédération anarchiste ibérique (FAI), continua à se refuser à toute concession aux pouvoirs officiels et tenta, en Catalogne et en Aragon (janv. et déc. 1933), des putschs, auxquels répondit une dure répression. L'antagonisme croissant entre socialistes et anarchistes favorisa la victoire des droites aux élections de nov. 1933, puis l'écrasement de la révolution de Catalogne (oct. 1934). Même la guerre civile ne put rétablir un front uni du syndicalisme espagnol ; alors que l'UGT s'efforçait de maintenir la légalité républicaine, les anarchistes, durant l'été 1936, déclenchèrent en Catalogne et en Aragon une véritable révolution syndicaliste, avec collectivisation de la terre, de l'industrie, du commerce, des transports. Voir ESPAGNE. La guerre civile. 000200000FBF00004C08 FB9,Vers la fin des années 1950 naquit en Espagne franquiste un syndicalisme clandestin sous la forme des « commissions ouvrières », qui jouèrent un rôle important dans les grèves des Asturies, en 1961/62. Tout en pourchassant ces organisations illégales, le gouvernement fut amené à négocier avec leurs délégués (le plus connu était Marcelino Camacho). En 1966, les commissions ouvrières, en accord avec le parti communiste, se prononcèrent pour la participation aux syndicats officiels. Après la mort de Franco, il apparut que les commissions ouvrières se divisaient en deux grandes tendances, l'une proche du parti communiste, l'autre « gauchiste ». Après 1975, les syndicats reçurent une reconnaissance légale. L'UGT devint paradoxalement, face au Premier ministre socialiste F. Gonzalez, le principal pôle d'opposition. En déc. 1988, elle s'associait aux communistes pour déclencher une grève générale. En oct. 1989, l'UGT refusait d'appeler à voter pour les candidats socialistes aux législatives anticipées et provoquait ainsi le recul du PSOE (parti socialiste ouvrier espagnol). En janv. 1994, la réforme de la législation du travail engagée par le gouvernement aggrava la fracture entre le PSOE et les syndicats. L'UGT et les CCOO (commissions ouvrières liées au parti communiste espagnol, PCE) organisèrent une grève générale de protestation qui ne fut que partiellement observée. En outre, le taux de syndicalisation, déjà faible en Espagne par rapport aux pays d'Europe du Nord, avait connu un déclin rapide, passant de 27 % en 1988 à 10 % en 1996. Aux États-Unis, le syndicalisme ne commença à se développer qu'à partir des années 1880, avec la Federation of Organized Trades and Labor Unions (1881), devenue en 1886 l'American Federation of Labor (AFL). Dans les premières années du XXe s., l'Amérique connut un anarcho-syndicalisme révolutionnaire qui se proposait la destruction de la société capitaliste par le recours à la grève générale ; c'est dans ce dessein que fut fondée en 1905 la centrale Industrial Workers of the World (IWW) ; mais ce courant ne résista pas à la répression dont il fut l'objet à la faveur de la Première Guerre mondiale. Intégré dans le système capitaliste, le syndicalisme américain s'est efforcé, par les négociations et les conventions collectives (collective-bargaining agreements), de transformer peu à peu ce système en une authentique démocratie industrielle ; ce qui n'exclut d'ailleurs pas une attitude souvent très combative à l'égard du patronat, notamment lors du renouvellement des conventions collectives. Les deux plus importantes centrales syndicales, l'AFL et le Congress of Industrial Organizations (CIO), fondé en 1935, fusionnèrent en 1955 pour former l'AFL-CIO ; mais cette nouvelle organisation fut affaiblie par les dissensions de ses deux chefs, George Meany et Walter Reuther, et par la scission des deux plus grands syndicats nationaux, celui des Teamsters ou camionneurs, en 1957, et celui de l'automobile (UAW), en 1968. Teamsters et UAW formèrent l'Alliance for Labor Action (ALA). La crise économique, consécutive au premier choc pétrolier de 1973, a fortement touché les syndicats des industries manufacturières où le taux de syndicalisation était le plus fort. Facilitée par la puissance du dollar, la pénétration des produits étrangers, particulièrement dans les industries de l'automobile et de l'acier, a provoqué des pertes d'emploi et une forte augmentation du chômage jusqu'en 1983. Les grands syndicats ont été ainsi amenés à des concessions et à l'abandon des privilèges dont ils avaient fait jusque-là bénéficier leurs adhérents. L'extrême disparité du sort des firmes a conduit chacune d'elles à des accords particuliers et adaptés à d'éventuels changements de situation. Le nouvel accroissement de l'emploi et la reprise manifestée depuis les années 1980 ne paraissaient pas devoir modifier cette évolution, tant l'influence de la « dérégulation » et de la concurrence internationale continuait à faire sentir ses effets sur les syndicats. 000200000C4F00005BC1 C49,En Israël, la centrale syndicale Histadrouth fut fondée en 1920, avec 4 500 membres. Elle ne se donnait pas pour seule mission la défense des intérêts professionnels des travailleurs, mais voulait aussi contribuer à l'édification du pays, à la mise en valeur du sol, à la création d'une législation du travail et d'un système de sécurité sociale, à l'installation et à l'adaptation des nouveaux immigrants ainsi qu'à la formation technique et morale du jeune État juif. Elle a largement réalisé ce programme. Rassemblant aujourd'hui plus des trois quarts de la population active - aussi bien les paysans membres des kibboutzim et les agriculteurs indépendants que les travailleurs industriels -, elle est ouverte aux Arabes comme aux Juifs. Elle a mis en place un vaste réseau d'organisations économiques et culturelles (coopératives, colonies agricoles, usines, banques, sociétés de prêt et d'épargne, compagnies d'assurances, entreprises de construction, de transport...). En Pologne, à la suite de nombreuses manifestations, particulièrement aux chantiers navals Lénine à Gdansk, les salariés, à l'appel de Lech Walesa, ont obtenu du gouvernement d'Edward Gierek la création du premier syndicat libre de l'histoire du monde communiste, Solidarité, Solidarnosc (31 août 1980). Mais sous la pression de l'URSS, et après une violente crise politique et sociale, la loi du 8 oct. 1982 prononça la dissolution de Solidarité, qui fut relégalisé en 1989. En Russie, le syndicalisme commença à se développer en même temps que la grande industrie, dans les années 1870/80 : l'Union ouvrière du sud de la Russie fut fondée à Odessa, en 1875 et l'Union ouvrière du nord de la Russie à Saint-Pétersbourg, en 1878. Pour enrayer la propagande révolutionnaire, le gouvernement tsariste suscita à son tour, dans les premières années du siècle, des organisations ouvrières, dont il s'assurait le contrôle. En 1905 eut lieu à Moscou la première conférence syndicale panrusse. Après l'établissement du régime soviétique, au temps du « communisme de guerre », les syndicats eurent le contrôle général de l'administration des entreprises, et certains bolcheviks, tel Trotski, voulaient même leur confier la direction générale de la production, mais cette conception ne triompha pas. Avec la NEP et les concessions faites alors au capital privé, la défense des intérêts des ouvriers devint la tâche principale des syndicats (Ve congrès panrusse des syndicats, sept. 1922). Mais, pour Lénine, les syndicats devaient être aussi une « école du communisme ». À l'époque des premiers plans quinquennaux, les syndicats jouèrent un rôle important au service du mouvement des « ouvriers de choc » et du stakhanovisme. Les syndicats soviétiques étaient organisés verticalement, par industrie et non selon l'activité professionnelle : ainsi, tous les travailleurs d'une même branche d'industrie, quels que fussent leur fonction et leur grade, appartenaient au même syndicat. Après la chute du régime communiste, les syndicats officiels opérèrent une mutation plus ou moins profonde pour devenir autonomes et durent subir la concurrence de nouvelles formations indépendantes.

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