SUHARTO
Militaire et homme politique indonésien. Né le 8 juin 1921 à Java-Centre, Suharto connaît une enfance villageoise imprégnée du mysticisme local. À dix-neuf ans, il s’engage dans l’armée coloniale. Pendant l’occupation japonaise, il entre à la police (Keibuho) puis rejoint le corps des « défenseurs de la patrie » (PETA), formé en 1943. Lorsque l’indépendance est proclamée en 1945, il devient lieutenant-colonel dans l’armée républicaine ; apprécié du commandant en chef, il se mêle prudemment aux luttes politiques de l’époque : le président Sukarno le juge « entêté ». Il épouse Siti Hartinah (Tien), apparentée à la famille princière de Solo (ville de Java-Centre et, avec Djogjakarta, l’une des deux principautés qui subsistent à Java), avec laquelle il aura six enfants. Après 1950, sa carrière se poursuit à Java-Centre. En 1959, il est envoyé à l’École de guerre, promotion-sanction pour trafic financier ? Devenu général en 1960, il intègre l’État-Major de l’armée. En 1962, commandant de l’Indonésie de l’Est, il dirige la campagne pour la libération de l’Irian (moitié occidentale de l’île de la Nouvelle-Guinée qui restera néerlandaise jusqu’en 1963). Le commandement de l’armée lui échappe de peu, mais il se voit confier la Réserve stratégique, corps d’élite. Commandant de la « confrontation » contre la Malaisie en 1965, il noue cependant des contacts secrets avec Kuala Lumpur. Le 1er octobre, des putschistes ayant éliminé la direction de l’armée (était-il au courant comme l’un des conjurés l’a affirmé ?), il rétablit l’ordre en quelques heures. Dès lors, c’est l’affrontement feutré avec Sukarno, qui refuse d’interdire le Parti communiste indonésien (PKI) que l’armée accuse de tentative de putsch. Le « général souriant » organise le massacre de centaines de milliers de communistes et sympathisants présumés à Java et ailleurs. En mars 1966, un coup de force déguisé lui permet d’obtenir de Sukarno un transfert de pouvoir. Mais il observe des formes constitutionnelles pour l’évincer et ne lui succède finalement à la Présidence qu’en 1968. Fondé sur la répression militaire sous une apparence de démocratie (élections tous les cinq ans), l’Ordre nouveau qu’il dirige jusqu’en 1998 se fixe pour objectifs le développement économique et la stabilité politique. Grâce à l’aide occidentale et à l’argent du pétrole, Suharto obtient des résultats sur le plan économique et, à la fin des années 1980, il suit le modèle des « dragons asiatiques », déréglemente et développe les industries manufacturières d’exportation. Néanmoins, son autoritarisme, sa corruption, les privilèges accordés à ses proches, et notamment à ses enfants qui édifient des fortunes colossales, suscitent un mécontentement croissant. Lorsque l’armée prend à son tour ses distances, il s’assure une véritable garde prétorienne et se rapproche de l’islam. La crise financière asiatique de 1997 annule brusquement les acquis économiques du pays. Suharto obtient l’aide du FMI, mais renâcle à appliquer les réformes prescrites. En mars 1998, il obtient son septième mandat présidentiel. Cependant, lâché par ses derniers partisans alors que la répression de manifestations se fait sanglante à Jakarta, il doit démissionner le 21 mai. Protégé par le chef des forces armées et par son immédiat successeur, Bacharuddin Jusuf Habibie (1936-), il met rapidement à l’abri sa fortune que les manifestants voulaient voir rendue à la nation.