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STALINE, Joseph (Iossif) Vissarionovitch Djougatchvili, dit

Homme politique soviétique. Fils d'un pauvre cordonnier, il entra au grand séminaire de Tiflis, mais en fut chassé parce que gagné aux idées révolutionnaires. Sa formation intellectuelle fut médiocre, il parlera et écrira toujours assez mal le russe et, à la différence des autres dirigeants révolutionnaires, il n'avait pratiquement aucune connaissance de l'étranger. Il adhéra très vite au parti social-démocrate, puis à sa fraction bolchevique, et mena la vie clandestine d'un agitateur. Il fut plusieurs fois arrêté, envoyé en Sibérie, mais s'évada. En 1905, il rencontra Lénine et devint un de ses inconditionnels. En 1912, il entra au Comité central du parti bolchevique. Lorsque éclata la révolution de févr./mars 1917, il se trouvait en Sibérie et fut libéré par l'amnistie décidée par le gouvernement provisoire. Il se rendit à Petrograd et donna au parti une direction hésitante. Mais l'arrivée de Lénine en avr. le remit à la place d'un simple exécutant. Commissaire aux nationalités (1917/22), il fut désigné comme secrétaire du Comité central (avr. 1922), fonction en apparence modeste, mais en réalité capitale, car elle lui donnait la haute main sur l'appareil du parti, qui était en train de se bureaucratiser. Il parvint à empêcher la diffusion du Testament politique de Lénine, qui le critiquait sévèrement et, après la mort de celui-ci, il réussit assez facilement à évincer son rival le plus redoutable, Trotski, qu'il exila et fit plus tard assassiner en 1940. En 1929, il était le maître incontesté de l'URSS. Convaincu de la possibilité de construire le socialisme dans un seul pays, il lança l'URSS dans une collectivisation forcée, fit établir une planification lourde et bureaucratique, et impulsa une industrialisation rapide. Il terrorisa la population, notamment les paysans, sous couvert d'éliminer les « koulaks » (paysans aisés). Il purgea le parti et l'armée de ses adversaires réels ou supposés. Des millions de personnes furent exécutées ou déportées dans des camps de concentration et de travail forcé (goulag). Il organisa son propre culte, en URSS et à l'étranger. Ignorant des réalités extérieures, il ne crut pas à un antagonisme profond entre les démocraties libérales et les dictatures fascistes. La conférence de Munich lui parut confirmer ces vues. Le pacte qu'il conclut avec Hitler rendit la guerre inévitable, et Staline resta sourd, à partir du début de 1941, aux avertissements qui lui annonçaient l'imminence d'une attaque nazie. Après quelques semaines de désarroi, il se ressaisit, se donna le titre de généralissime, et les victoires pratiquement ininterrompues, de Stalingrad jusqu'à Berlin, lui assurèrent un prestige immense : il était le « génial Staline », qui sur toute question avait des vues d'une profondeur insondable. Pourtant, jusque dans ses dernières années, il crut son pouvoir menacé, et le « complot des blouses blanches » qui éclata quelque temps avant sa mort laissa présager de nouvelles grandes purges. Son corps embaumé rejoignit celui de Lénine dans le mausolée de la place Rouge. Il en fut retiré en 1961, au plus fort de la « déstalinisation » khrouchtchévienne. Voir RUSSIE. L'URSS sous Staline.

Staline [Joseph (Iossif) Vissarionovitch Djougatchvili, dit] (Gori, Géorgie, 1879-Moscou 1953) ; dirigeant soviétique.

Chef incontesté du parti communiste et de l’État soviétique durant plus d’un quart de siècle, S. incarne à la fois la consolidation et la radicalisation de la révolution russe de 1917, la mise en place d’un régime dictatorial sous l’égide du parti communiste, la victoire de l’Union soviétique contre l’Allemagne nazie et l’extension de la zone d’influence soviétique et du régime communiste à l’ensemble de l’Europe orientale après 1945. Quatrième enfant d’un cordonnier géorgien, lossif Djougatchvili entre en 1894 au séminaire orthodoxe de Tiflis grâce à une bourse d’études ; il est très tôt gagné par les idées révolutionnaires et adhère en 1898 au parti socialiste géorgien. Expulsé du séminaire en 1899, il poursuit en Géorgie puis en Russie dans la clandestinité des activités politiques sous des noms d’emprunt, Koba (« l’indomptable ») puis Staline (forme russifiée de l’allemand Stahl : « l’homme d’acier »). Son itinéraire reste relativement obscur et semé d’incertitudes jusqu’en 1917 : arrêté et déporté en Sibérie à plusieurs reprises par la police tsariste, libéré ou évadé, il organise la diffusion du journal l'Iskra (« l’étincelle »), fondé en 1900 par Lénine, se rallie dès 1904 à la fraction bolchevique (majoritaire) du parti social-démocrate russe, participe à un échelon modeste à la révolution avortée de 1905, rencontre cette même année pour la première fois Lénine à la conférence de Tempere en Finlande, représente la tendance bolchevique aux congrès sociaux-démocrates de Stockholm (avr. 1906) et de Londres (mai 1907), entre en 1912 au comité central du parti bolchevique, rencontre à nouveau Lénine aux conférences de Prague (janv. 1912) et de Cracovie (nov. 1912), participe au lancement du journal la Pravda (« la vérité ») et rédige un important opuscule de propagande, Le Marxisme et le problème national (1913), qui privilégie, dans l’optique de Lénine, la ligne révolutionnaire sur les aspirations nationales des peuples de l’Empire tsariste. A nouveau arrêté par la police (févr. 1913), il est relégué en Sibérie jusqu’au déclenchement de la révolution de février (mars) 1917. Energique, intelligent et volontaire, mais d’une culture sommaire, son expérience politique reste limitée à l’Empire russe ; il n’en a pas moins acquis, dès avant 1917, la confiance de Lénine. De retour à Petrograd au printemps 1917, il se range derrière les positions de Lénine, réfugié en Finlande. Elu membre du comité central du parti bolchevique, il défend à partir d’avril 1917 la ligne intransigeante de rupture avec le gouvernement provisoire et les mencheviks modérés et prend part aux journées insurrectionnelles d’octobre (novembre) 1917. Membre du premier gouvernement insurrectionnel formé par Lénine ainsi que du Politburo (bureau politique du Parti), il est nommé commissaire du peuple aux nationalités dans la nuit du 26 au 27 octobre (8 au 9 nov.) 1917 ; il préconise tout d’abord dans ses nouvelles fonctions l’adhésion la plus large des peuples de l’ancien Empire tsariste à la révolution bolchevique, proclame les droits des nationalités réunies en une «Union soviétique» (2 nov. 1917) et rédige une « déclaration des droits des peuples de Russie » (janv. 1918). Il participe également aux luttes de la guerre civile, organise dans l’été 1918 contre les armées « blanches » la défense de la ville de Tsaritsyne sur la Volga (qui prendra de 1925 à 1961 le nom de Stalingrad) et dirige les préparatifs défensifs de Petrograd. Dès cette époque en conflit militaire et politique avec Trotski, commissaire à la guerre, il voit cependant grandir son influence dans le parti et dans l’Etat : nommé en 1919 commissaire à l’inspection ouvrière et paysanne (Rabkriri) en charge de l’épuration des collectivités locales et des administrations publiques, il accède en 1922 au poste clé de secrétaire général du parti communiste soviétique, organise la formation des cadres politiques du nouveau régime et recrute ses premiers collaborateurs et partisans au sein de l’organisation bolchevique (Vorochilov, Kaganovitch, Molotov). Il développe également une politique des nationalités qui sacrifie désormais les aspirations autonomistes des peuples de l’Ukraine, du Caucase et de l’Asie centrale à la cause révolutionnaire de la construction d’une Union soviétique qui se coule dans l’espace géographique de l’ancien Empire tsariste ; il parachève en 1921 l’intégration de la Géorgie à l’Union. Malgré la dissemblance de leur formation et de leur tempérament, la confiance de Lénine ne lui a pas jusqu’alors fait défaut : le premier dirigeant de l’Union soviétique jugera cependant, dans son testament demeuré inédit jusqu’à Khrouchtchev, S. trop brutal et trop grossier pour pouvoir aspirer à la direction suprême du pays. La mort précoce de Lénine (21 janv. 1924) ouvre à l’intérieur du noyau dirigeant du Parti et de l’Etat soviétique une impitoyable guerre de succession dont S., par sa détermination et son habileté, va sortir vainqueur. Contre Trotski, auréolé de son prestige militaire dans les luttes de la guerre civile, fort d’une plus brillante stature intellectuelle, mais partisan de la « révolution permanente » et de son extension au monde, et adversaire de la « Nouvelle politique économique » (NEP) de retour partiel à l’économie capitaliste promue depuis 1921 pour des raisons d’urgence par Lénine, S., allié d’abord à Zinoviev et Kamenev au sein d’une troïka, défend la possibilité de la construction du socialisme dans un seul pays (Des principes du léninisme, avr. 1924) et préconise la consolidation immédiate de la révolution soviétique. Écarté du gouvernement en janvier 1925, exclu du Politburo en octobre 1926, Trotski tente de constituer au sein du Parti, avec Zinoviev et Kamenev qui se séparent alors de S., une opposition de gauche. Allié à son tour à la droite du Parti (Boukharine), fort de l’appui de la majorité de l’appareil et des cadres du régime, s’appuyant sur la police politique (Tcheka, puis Guépéou, puis NKVD), S. l’emporte définitivement sur son adversaire au cours du XVe comité central du parti communiste qui exclut Trotski et Zinoviev de ses rangs (2 déc. 1927) ; exilé en janvier 1928 à Alma Ata (Kazakhstan), puis expulsé d’Union soviétique (janv. 1929), Trotski, au terme d’une longue errance, sera, sur l’ordre de S., assassiné au Mexique en août 1940. En 1929 enfin, S. écarte du pouvoir l’aile droite du Parti (Boukharine, Rykov, Tomski), hostile à la collectivisation de terres. Secrétaire général du parti communiste de l’Union soviétique, adulé par une propagande massive et incessante, S. est dès lors, jusqu’à sa mort, le maître incontesté du pays. Son existence se confond désormais avec l’histoire de l’Union soviétique. Sur le plan intérieur, S. préconise en 1928 l’abandon de la Nouvelle politique économique pour lancer un premier Plan quinquennal d’industrialisation du pays et déclenche en 1929-1930 une sanglante campagne politique contre les paysans propriétaires (koulaks) qui aboutit à la collectivisation complète des terres au profit des coopératives paysannes et des fermes d’État (sovkhozes et kolkhozes). La Constitution soviétique de décembre 1936 semble garantir les fondements d’une « démocratie socialiste », fondée sur la collectivisation complète de l’économie, le suffrage universel, la dictature du prolétariat et la prééminence du parti communiste à tous les échelons, de l’administration de la société et de l'État. Mais l’assassinat de Kirov (1er déc. 1934) a déjà entraîné à cette date une vague de répression politique sans précédent. Les « procès de Moscou » (1936-1938), durant lesquels les accusés se répandent en confessions publiques et en « autocritiques » extorquées, déciment impitoyablement le premier noyau dirigeant de l’Union soviétique (Zinoviev, Kamenev, Radek, Boukharine, Rykov, Rakovsky, lagoda) ainsi que l’état-major de l’armée (maréchal Toukhatchevski). Un système concentrationnaire est mis en place sous l’égide de la NKVD (police politique), dont Beria devient en 1942 le principal responsable, qui rassemble dans des camps en Sibérie ou sur les grands chantiers industriels une population qu’on peut estimer dès 1935 de cinq à dix millions de prisonniers politiques ; il faudra attendre les années 1960 et la publication des premières oeuvres de Soljénitsyne pour que soit publiquement dénoncée la réalité du Goulag. Sur le plan international, après s’être rapproché, par crainte de la menace de l’Allemagne nazie, des puissances démocratiques (entrée de l’URSS à la Société des nations en sept. 1934, pacte d’assistance mutuelle avec la France en mai 1935) et avoir soutenu militairement le gouvernement républicain en Espagne contre le soulèvement militaire du général Franco, S., assisté par Molotov, change brutalement de politique après les accords de Munich de novembre 1938 dont il a été exclu et signe un pacte de non-agression avec Hitler (23 août 1939) dont le protocole secret prévoit le partage de la Pologne ; il sera complété par un pacte de non-agression avec le Japon (13 avr. 1941).

Aussi, lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, les troupes soviétiques envahissent-elles aux côtés de l’Allemagne nazie la Pologne orientale et la Finlande ; l’Union soviétique annexe en 1940, avec l’assentiment de Hitler, les pays Baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie), l’isthme de Carélie et la Bessarabie, effaçant en grande partie les conséquences territoriales du désastreux traité de Brest-Litovsk (1917). L’alliance cynique avec l’Allemagne nazie permet ainsi à S. de gagner près de deux années de répit : le 22 juin 1941, Hitler déclenche l’invasion de l’Union soviétique. C’est alors que S., qui n’avait occupé jusqu’alors dans la hiérarchie soviétique que le poste de secrétaire général du Parti, concentre entre ses mains l’ensemble de l’organisation politique et militaire du pays : nommé président du Conseil des commissaires des peuples (6 mai 1941), il est successivement promu président du Comité de défense nationale (30 juin 1941), commissaire du peuple à la Guerre (19 juill. 1941), puis maréchal (mars 1943) et enfin généralissime (1er janv. 1945) de l’Union soviétique. Principal maître d’oeuvre des opérations militaires, S. - dont l’incompétence en matière stratégique sera mise en cause après sa mort, notamment par le maréchal Joukov - parvient à surpasser le choc de l’invasion de la majeure partie de l’Ukraine et de la Russie d’Europe (1941-1942) et à remobiliser, au nom du patriotisme russe et soviétique, l’ensemble des ressources matérielles et des énergies spirituelles du pays. Inversant une nouvelle fois son système d’alliances, il négocie avec l’Angleterre (juill. 1941) et les États-Unis (1942) des traités d’assistance mutuelle et reçoit une très importante aide en armement de Roosevelt dont il réclame, longtemps en vain, l’ouverture d’un second front occidental. La terrible bataille de Stalingrad (sept. 1942-février 1943), où l’Armée rouge encercle et anéantit les troupes du général von Paulus, constitue le principal tournant militaire de la Seconde Guerre mondiale. La « grande guerre patriotique » s’achève, au prix d’immenses sacrifices en vies humaines (17 millions de morts dont près de 10 millions de civils), sur la victoire complète de l’Union soviétique sur le front oriental : le 2 mai 1945, l’Armée rouge entre à Berlin où la capitulation de l’Allemagne est signée le 8 mai ; elle occupe à cette date l’ensemble de l’Europe centrale et orientale, de Varsovie à Vienne, de Prague à Sofia, de Budapest à Bucarest. Le 8 août 1945 enfin, l’URSS entre en guerre contre le Japon. Auréolé par cette victoire, S., « petit père des peuples », qui a négocié à Yalta (févr. 1945) avec Roosevelt et Churchill un nouveau partage de l’Europe en zones d’influence, mène à bien de 1945 à 1948 la constitution d’un bloc communiste de Républiques socialistes dans les pays occupés par l’Armée rouge (Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie, Roumanie, Bulgarie) ou libérés par les partisans communistes (Yougoslavie, Albanie) ; un considérable transfert de population déplace de 150 km vers l’ouest les frontières de la Pologne (ligne Oder-Neisse) tandis que sont entérinées les acquisitions territoriales de 1940. La rupture intervenue avec ses anciens alliés américains et anglais et le déclenchement de la « guerre froide » (1946-1947) qui culmine avec la guerre de Corée (1950-1953) aboutissent à un partage du monde en deux blocs antagonistes : si la Yougoslavie, sous la direction de Tito, rompt avec l’URSS (juin 1948), la constitution d’un Kominform (oct. 1947) regroupant l’ensemble des partis communistes dans le monde, l’explosion de la première bombe atomique soviétique (sept. 1949), la victoire de la révolution communiste en Chine (oct. 1949), la puissance et le prestige du mouvement communiste dans les démocraties européennes (Italie, France) et parmi les peuples colonisés (Indochine, Indonésie) font de l’URSS et de son chef, face aux États-Unis de Truman et d’Eisenhower, l’un des deux pôles de la vie politique mondiale de l’après-guerre. Dans les dernières années de sa vie, S. peut voir l’apogée du régime qu’il a mis en place et contribué à faire triompher sur une partie du globe, que ses adversaires dénoncent et combattent sous le nom de stalinisme : une dictature politique fondée sur le principe de la dictature du prolétariat, la prééminence du parti communiste et le culte de la personnalité de son chef ; une économie collectivisée et planifiée en voie de rapide redressement dans l’URSS ruinée de l’immédiate après-guerre (dès 1950, le pays a officiellement retrouvé son niveau de production de l’avant-guerre) ; une société autoritairement soudée en organisations collectives multiformes autour de valeurs de démocratie égalitaire et de progrès scientifique et technique, mais soumise aux réalités de la domination d’un appareil politico-étatique de fonctionnaires et de cadres du Parti et de la répression policière de toute forme d’opposition ; une mainmise du Parti et de ses organisations sur l’ensemble des croyances, des opinions et de l’expression culturelle et artistique, que systématise la doctrine de Jdanov ; une mobilisation, volontaire ou contrainte, des énergies et des consciences en vue de l’avènement du communisme dans le monde. La dénonciation du complot des « blouses blanches » (janv. 1953) et la campagne antisémite qui s’ensuit en URSS jettent une ombre ultime sur les logiques du système stalinien, à la veille même de la mort de S. (décédé le 5 mars 1953 d’une congestion cérébrale), célébrée par d’immenses manifestations à travers le monde entier. La destinée posthume de S. est caractérisée par le démantèlement graduel de son système et la dénonciation croissante de ses crimes. Sous l’égide de son successeur, Nikita Khrouchtchev, le XXe congrès du parti communiste de l’Union soviétique (févr. 1956) entreprend, trois ans après sa disparition, d’exprimer une première mise en cause de la répression policière et de dénoncer le « culte de la personnalité » dont S. a fait l’objet : son corps, qui avait été embaumé et placé dans un mausolée proche de celui de Lénine, est retiré de la Place rouge en octobre 1961. Une campagne de « déstalinisation », à la fois politique et symbolique (Stalingrad devient Volgograd en 1961), gagne à partir de 1956, notamment en Hongrie et en Pologne, l’ensemble du bloc communiste ; elle est considérablement ralentie en URSS après la chute de Khrouchtchev (1965) et l’avènement de Brejnev. Ce n’est qu’à partir 1989, avec l’effondrement du régime communiste en Europe puis en Union soviétique, que se défait l’ensemble de l’édifice politique, idéologique et militaire créé et consolidé par S. dans le second quart du XXe siècle.

Bibliographie : J. Staline, oeuvres, trad. fr. G. Cogniot et J. Fréville, 1953, 7 vol. ; N. Khrouchtchev, Rapport secret sur Staline au XXe congrès du PCUS, trad. fr., 1970 ; L. Trotski, Staline, 1948 ; I. Deutscher, Staline, 1953 ; M. Djilas, Conversations avec Staline, 1962 ; R.A. Medvedev, Le Stalinisme. Origines, histoire, conséquences, 1972 ; B. Souvarine, Staline, 1992 ; R. Conquest, Staline, 1993.

STALINE, Iossif Vissarionovitch Djougachvili, dit Joseph (Gori, gouvernement de Tiflis, Géorgie, 1879-Moscou, 1953). Homme politique soviétique. Il s'imposa par une dictature sanglante comme le maître incontesté de l'URSS puis engagea après la Seconde Guerre mondiale la guerre froide contre l'Occident. Fils d'un cordonnier géorgien, Staline entra au séminaire orthodoxe de Tiflis (1894) d'où il fut exclu pour ses idées marxistes. Membre du comité clandestin du Parti social-démocrate de Tiflis, il mena dès lors une intense activité révolutionnaire, ce qui lui valut d'être déporté à plusieurs reprises en Sibérie Après s'être rallié en 1904 à la fraction bolchevique du parti, il fut nommé par Lénine membre du comité central ( 1912) du POSDR (Parti ouvrier social-démocrate de Russie). Directeur de la Pravda (1912), Staline (surnom qui signifie en russe « acier ») se rallia aux « thèses d'Avril » de Lénine (1917) et devint, après la révolution d'Octobre, commissaire du peuple aux Nationalités (1917-1922), organisant une politique de centralisation à l'égard des autres Républiques soviétiques. Commissaire à l'inspection ouvrière et paysanne (1919-1922) chargé de contrôler et d'épurer les administrations publiques, et membre du Conseil de la défense lors de la guerre civile, il organisa la défense de Tsaritsyne (Stalingrad de 1925 à 1961) menacé parles Blancs de Denikine et participa à la défense de Petrograd contre le général Ioudénitch. Élu secrétaire général du parti (1922), il parvint à succéder à Lénine (1924) malgré les jugements défavorables portés par ce dernier contre lui dans son testament politique. Partisan de la « construction du socialisme dans un seul pays », d'un fort développement industriel et d'une politique de centralisation, Staline s'opposa violemment aux thèses de Trotski. Pour le combattre, il s'appuya d'abord sur Kamenev et Zinoviev puis les évinça avec Trotski (1927) et finit par éliminer la « droite » du parti, Boukharine et Rykov, en 1929. Devenu ainsi le chef incontesté du parti, Staline, soucieux d'assurer l'indépendance et la sécurité de l'URSS, entreprit à partir de 1929 la collectivisation forcée de l'agriculture et, dans le cadre du premier plan quinquennal, le développement accéléré de l'industrie lourde. Confronté aux résistances paysannes et aux critiques dans le parti, Staline déclencha, après l'assassinat de Ki-rov (1934), de vastes purges au sein du parti (1936-1938), éliminant les «déviationnistes de gauche » (Zinoviev, Kamenev, Smimov) puis les « droitiers » (Boukharine, Rykov, Radek). Ainsi à Moscou se succédèrent des procès publics avec confession « spontanée » des accusés, accompagnés d'une vague d'exécutions, d'arrestations et de déportations qui toucha plusieurs millions de personnes dont les cadres du parti, la vieille garde bolchevique, et des officiers de l'armée Rouge parmi lesquels le maréchal Toukhatchevski qui fut fusillé. Sur le plan extérieur, Staline louvoya entre les démocraties libérales et le nazisme puis, déçu par les accords de Munich (1938) auxquels il n'avait pas été convié, conclut avec Hitler un pacte de non-agression (pacte germano-soviétique, août 1939) assorti d'un accord secret sur le partage de zones d'influence en Europe orientale. Après l'invasion allemande de juin 1941, Staline, président du Conseil des commissaires du peuples (mai 1941), devint généralissime et président du Comité d'État à la défense et entreprit avec énergie la défense du pays. Il accepta l'aide matérielle considérable des démocraties anglo-saxonnes, supprima le Komintern pour désarmer leur défiance (1943) et participa aux conférences de Téhéran (1943) de Potsdam (1945) et de Yalta (1945). Après la guerre, il plaça sous l'influence soviétique les pays européens libérés par l'armée Rouge, reconstitua l'internationale communiste (Kominform) et engagea contre l'Occident la guerre froide. Dans les dernières années de sa vie, Staline devint l'objet d'un culte excessif aussi bien en URSS que dans les démocraties populaires et les partis communistes d'Europe et organisa de nouvelles purges (« procès de Prague », complot des « blouses blanches »). Après sa mort, en mars 1953, Khrouchtchev condamna en 1956 (XXe congrès du parti communiste) le culte de la personnalité et les crimes de Staline. Son corps embaumé fut retiré en 1961 du mausolée de Lénine et muré dans le rempart du Kremlin. Voir Goulag, Moscou (Procès de).

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