Databac

SOUDAN (république du)

État de l'Afrique du Nord-Est, situé au S. de l'Égypte et formé par l'ancien Soudan anglo-égyptien ; capitale Khartoum. Connues dans l'Antiquité sous le nom de Nubie, les régions qui forment aujourd'hui la république du Soudan furent évangélisées au VIe s. et virent se constituer deux royaumes chrétiens : au N., le royaume de Dongola, qui réunissait Nobates et Makorites et s'étendait d'Assouan à Khartoum ; au S. de Khartoum, le royaume d'Aloa ou des Alodes. Vers 640, ces chrétientés de Nubie furent coupées du reste du monde chrétien à la suite de la conquête de l'Égypte par les Arabes. Mais ceux-ci ne firent d'abord en Nubie que des incursions sans lendemain. Vers 651/52, ils conclurent avec le roi de Dongola, Kalidourat, un traité qui resta en vigueur pendant six siècles. En dépit de leurs relations avec le patriarche monophysite d'Alexandrie, les deux royaumes nubiens souffrirent d'un isolement spirituel croissant ; leur résistance aux harcèlements continuels des Arabes nomades s'en trouva affaiblie. En 1315, le royaume de Dongola s'effondra, submergé à la fois par les Égyptiens, par les nomades et par l'islam. Le royaume chrétien d'Aloa, au S., réussit à tenir jusqu'au début du XVIe s., mais, en 1504, il fut soumis par Amara Dounkas, originaire du Bornou, qui fonda le royaume musulman des Foundj, dont la capitale fut établie à Sennar, sur le Nil Bleu. Le royaume foundj n'était qu'une confédération assez lâche, dont l'économie était essentiellement fondée sur le trafic des esclaves. À l'O., le Darfour était indépendant et il enleva le Kordofan aux Foundj au cours du XVIIIe s. La décadence du royaume foundj, ruiné par les luttes intestines, favorisa l'intervention de l'Égypte au S. de la deuxième cataracte. Le khédive Méhémet-Ali envoya son fils Ismaïl faire la conquête du Soudan (1820/21). D'abord soumis à une rude administration militaire et à un système fiscal écrasant, le Soudan connut un régime meilleur à partir de 1826, sous le gouvernement d'Ali Kourchid Pacha. Khartoum fut fondée autour d'un camp militaire égyptien. La conquête égyptienne s'étendit en direction de la mer Rouge (annexion de la future province de Kassala, 1840 et du port de Souakin, 1846) et vers le Sud. Les régions méridionales étaient alors parcourues par des trafiquants d'esclaves sur lesquels le gouvernement égyptien jugea bon de s'appuyer : le plus célèbre d'entre eux, Zobéïr, fut nommé en 1873 gouverneur du Bahr el-Ghazal et il imposa son autorité dans le Darfour l'année suivante. L'Anglais Gordon, gouverneur de la province de l'Équateur (1877/79), maîtrisa une révolte du Darfour et lutta énergiquement contre le trafic des esclaves. À partir de 1881, le Soudan fut en proie à l'agitation déclenchée par le Mahdi (v.), qui s'empara de Khartoum et tua Gordon en janv. 1885. Maîtres de tout le Soudan, le Mahdi et ses successeurs défièrent les armées anglo-égyptiennes pendant une quinzaine d'années. La puissance mahdiste fut finalement écrasée par la victoire de Kitchener à Omdurman (2 sept. 1898), et un condominium anglo-égyptien fut établi sur le Soudan par la convention du 19 janv. 1899. La frontière septentrionale du Soudan fut fixée sur le 22e parallèle, au N. d'Ouadi-Halfa. Au S., les Français avaient bien tenté de s'établir sur le Nil Blanc, mais l'incident de Fachoda (v.), qui avait provoqué une grave tension entre la France et l'Angleterre fut réglé par la déclaration franco-britannique du 21 mars 1899 : la France reconnaissait l'hégémonie anglaise sur le Nil. 000200000CE200000DB2 CDC,Le mouvement nationaliste fit son apparition dans les milieux d'officiers vers 1924. Après la Seconde Guerre mondiale, les nationalistes égyptiens réclamèrent avec insistance l'annexion du Soudan, mais les Soudanais eux-mêmes étaient divisés en une tendance favorable à la réunion de l'Égypte et une autre tendance aspirant à l'indépendance complète. En oct. 1951, le roi d'Égypte, Farouk Ier, abrogea unilatéralement les conventions passées avec l'Angleterre et se proclama roi du Soudan. Cependant, après le coup d'État de 1952, l'Égypte reconnut au Soudan le droit à l'autodétermination, et le Soudan devint une république indépendante le 1er janv. 1956. L'armée prit le pouvoir en 1958. Plusieurs tentatives de retour au régime parlementaire échouèrent et un nouveau putsch eut lieu en 1969 en faveur du général Nimeiri, qui resta au pouvoir pendant vingt ans. Au S. du pays, où se trouvent les principales richesses (pétrole et terres fertiles), les populations chrétiennes et animistes avaient déclenché, dès l'indépendance, une guerre civile séparatiste (Anyanya) qui dura jusqu'en 1972 et se termina par un accord préservant les intérêts et le particularisme du Sud. La réforme administrative de 1985, qui visait à séparer le Sud en trois régions, réactiva la guérilla. La même année, à Khartoum, une révolte populaire avait raison du régime dictatorial de Nimeiri. Sadek el-Mahdi, petit-fils du héros de la lutte contre les Britanniques, devint Premier ministre en 1986. Le régime parlementaire, soucieux de ménager les forces islamistes (maintien de la loi islamique, la charia) et l'armée, intensifia l'offensive contre les rebelles du Sud commandés par le colonel Garang, chef de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS). Les crues catastrophiques du Nil, en 1988, ajoutèrent aux violences de la guerre ; nombre d'habitants du Sud, chassés par la famine et les épidémies, se réfugièrent dans les pays voisins, et même à Khartoum, en pleine débandade économique (suspension de l'aide économique autre qu'humanitaire depuis 1986). En juin 1989, Sadek el-Mahdi fut renversé par le général Omar el-Bechir, appuyé par Hassan el-Tourabi, fondateur du Front national islamique, lié aux Frères musulmans égyptiens. Une dictature militaire s'instaura, avec à sa tête le général Omar el-Bechir, et H. el-Tourabi obtint le poste de ministre de la Justice, ce qui donna au gouvernement une orientation délibérément islamique qui passait par la réduction de l'APLS de J. Garang, regroupement des rebelles chrétiens et animistes du Sud, appuyé par l'Ouganda et l'Éthiopie. Par ailleurs, pour avoir soutenu S. Hussein pendant la guerre du Golfe (1991), le pays se trouva privé des subventions des monarchies du Golfe et des Occidentaux. Les difficultés économiques qui s'ensuivirent furent aggravées par la recrudescence des combats. On estime qu'entre 1982 et 1992 près d'un million de personnes avaient été tuées. Reconduit au pouvoir en 1996 puis en 2000, le général Omar el-Bechir adopta un régime démocratique de façade En 1998, il n'hésita pas à apporter son soutien militaire à Laurent-Désiré Kabila dans l'ex-Zaïre. En 2000, il finit par se séparer de l'islamiste H. el-Tourabi. Mais la guerre continue à faire rage au S., laissant la population en proie à une famine meurtrière.

Liens utiles