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SORCELLERIE

La croyance à la possibilité de mettre en œuvre, par certaines pratiques, des forces surnaturelles à des fins nuisibles se retrouve dans toutes les religions primitives. Mais on croyait aussi que les puissances démoniaques pouvaient s'emparer d'un être humain, parler par lui, agir en lui, « possession » qui affectait surtout les femmes. Ces sorcières étaient liées au démon par une union sexuelle, qui se manifestait par des signes physiques ou psychiques, par des dons divers (voyance, mauvais œil, don de jeter des sorts frappant bêtes et gens, pouvoir de se déplacer dans les airs, etc.). Comme l'étude scientifique des maladies nerveuses et psychiques n'a commencé qu'à une époque très récente, les hystériques, les épileptiques, les psychopathes divers étaient souvent considérés, jusqu'au XVIIIe s. encore, comme des « possédés », qui suscitaient autour d'eux terreur et aversion et se trouvaient exposés, en tant que créatures du démon, à subir des châtiments terribles. Dans les sociétés antiques, le sorcier a eu sa place et son rôle, considérables, mais avec un statut toujours ambigu : exposé à la répression, et en même temps, instrument indispensable dans l'interprétation des signes où s'exprimait la volonté des dieux, et technicien compétent pour se la concilier, voire la contraindre. Les Grecs ont admis les talents des sorcières de Thessalie, mais ils pouvaient traduire devant les tribunaux des individus accusés d'impiété pour leurs pratiques magiques. À Rome, à l'époque impériale, la sorcellerie était durement réprimée, parce que la crainte des responsables était que le savoir des sorciers pût être efficace sur le destin des dirigeants, voire sur celui de l'empereur. Dans le monde juif, la sorcellerie était condamnée par la loi de Moïse (« Tu ne laisseras pas vivre la sorcière », Exode, XXII, 18), mais le roi Saül a consulté la sorcière d'Endor (I Samuel, XXVIII). En Europe, la sorcellerie des peuples germaniques fut durement combattue par le christianisme naissant qui considérait que les pratiques (et les succès) des sorciers reposaient sur leur rapport avec le diable et les puissances qu'il animait. Mais c'est à partir du XIIIe s. que la sorcellerie devint un problème important dans l'Europe chrétienne, à la suite de la diffusion de la magie arabe et juive, et des hérésies cathare et albigeoise, qui conféraient au principe du Mal un rôle déterminant dans le gouvernement de ce monde ; au XIVe s., époque de guerres et de crises économiques, les maux multiples qui, avec la peste noire, accablèrent les populations, confirmèrent l'opinion publique dans la croyance que Satan était à l'œuvre sur la terre. Les autorités ecclésiastiques qui, jusqu'alors, s'étaient plutôt efforcées d'empêcher ou de limiter les exécutions de sorciers et de sorcières, assumèrent désormais la responsabilité de la répression, qui fut confiée à l'Inquisition (v.). Le premier procès de sorcières officiel eut lieu à Trèves en 1235 et, en 1275, à Toulouse, fut brûlée la première sorcière dûment condamnée par les tribunaux ecclésiastiques. La sorcellerie était dorénavant assimilée à l'hérésie, et le pape Jean XXII, en 1330, donna une nouvelle impulsion à la chasse aux sorcières, relayé un siècle plus tard par la bulle papale d'Innocent VIII, Summis desiderantes affectibus (1484) : commença alors une persécution systématique. 00020000066800000D19 662,Loin de tempérer les préjugés populaires sur la sorcellerie, la Réforme les aggrava plutôt en répandant une conception pessimiste de l'existence humaine sur la terre. Érasme et Luther croyaient profondément à la présence active du démon dans les âmes. Luther et Calvin réclamèrent des châtiments impitoyables pour toutes les personnes suspectes de sorcellerie, et cette tradition protestante se perpétua longtemps dans le puritanisme anglais et américain : en témoignent les nombreuses chasses aux sorcières, dont la plus célèbre eut lieu à Salem dans les colonies anglaises d'Amérique (1692). Au XVIe s. cependant, commença à s'affirmer un courant de protestation contre la démonomanie. Son initiateur fut un médecin calviniste allemand attaché au duc de Clèves, Johann Weyer, auteur d'un ouvrage de démystification. Du côté catholique s'élevèrent les voix des jésuites Adam Tanner (1627) et Friedrich von Spee (1631), qui condamnèrent les cruelles procédures par lesquelles les prétendues sorcières étaient amenées aux aveux sous la torture. En France, le pouvoir royal reprit à l'Église l'instruction des procès de sorcellerie ; en 1672, les magistrats reçurent l'ordre de se montrer très circonspects envers les accusations de cet ordre, et les peines de mort pour sorcellerie furent commuées en bannissement. La chasse aux sorcières, qui avait déjà accusé un fort ralentissement dans les dernières années du XVIIe s., prit fin au siècle suivant, sous l'influence de la pensée rationaliste. Les dernières exécutions à la suite de procès de sorcellerie eurent lieu en Angleterre avant 1700, en France en 1718, en Allemagne en 1756.

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