SOLOMOS Denys
SOLOMOS Denys. Le poète national de la Grèce renaissante. Né a Zante le 8 avril 1798, mort à Corfou le 9 novembre 1857. Il vit le jour quelques mois après la chute de la domination vénitienne et la fin de l’occupation française. Héritier d’une belle fortune, il était, ainsi que son frère Démétrios, le fils du comte Nicolas Solomôs, veuf depuis longtemps, et d’Angélique Nikli, femme d’humble condition que le comte, vieux et paralysé, n’épousa légalement qu’en 1807, à la veille de sa mort. En 1808, le jeune Solomôs, accompagné de son précepteur, l’abbé italien Santo Rossi, fut envoyé par son tuteur en Italie pour y faire ses études. La vocation du petit Denys pour les lettres et la poésie étonna ses maîtres italiens qui en tirèrent les plus heureux présages. Néanmoins, il s’inscrivit à l’université de Pavie pour y faire son droit. Si, après un séjour de dix ans en Italie consacré à compléter sa formation intellectuelle, il n’était pas docteur « in utroque jure », quand il retourna dans sa patrie en 1818, il avait une parfaite connaissance de la vie littéraire italienne et écrivait alors des poésies en cette langue; toutefois, le combat pour la liberté qui, peu de temps après, s’alluma dans les territoires grecs soumis à la domination turque, ne pouvait pas ne pas avoir d’écho dans un cœur juvénile et généreux. Nous savons en effet que Solomôs tentait parfois d’écrire des vers grecs, se mettant à l'épreuve au milieu des difficultés d’une langue non encore fixée par un usage littéraire universellement reconnu. Ce fut un homme politique grec, Tricupis, qui, lui ayant rendu visite a Zante, vers la fin de 1822, le persuada d’abandonner définitivement la langue italienne pour devenir ce que la Grèce renaissante attendait de lui, un poète national. Au printemps de 1823, il écrivit d’un seul jet, en cent cinquante-huit strophes, le fameux Hymne à la liberté — Poésies — dont quelques-unes mises en musique par Manzanaros sont devenues l’hymne national grec. En 1824, les chants populaires grecs publiés à Paris par Fauriel — v. Chants populaires de la Grèce moderne — et salués avec enthousiasme en Europe lui indiquèrent la voie qu’il devait suivre pour enrichir et augmenter son propre patrimoine d’expression. De la même année est son Dialogue sur la langue (entre le poète, un ami et un pédant) dans lequel il a condamné l’effort des puristes qui voulaient imposer au peuple le joug d’une langue noble et glorieuse, mais morte. En 1826, tout Zante récitait l’Empoisonnée, ce chant qui déborda de son cœur, inspiré par un événement tragique de la chronique de la ville. En 1828, u s’établit à Corfou, où il fut reçu avec égards et où un cercle d’amis fidèles se rassembla autour de lui, qui forma ensuite son école. Sous la direction de Capodistria, en Grèce, la liberté reconquise s’organisait pendant ce temps-là, mais le poète n’avait pas encore le courage d’en fouler le sol, et il ne l’eut pas non plus lorsque les puristes détestés dominèrent à Athènes. En 1834, il publia quelques strophes du Lambros, sorte de nouvelle romantique à la Byron, à la composition de laquelle il travaillait depuis des années et qui est malgré tout restée inachevée. Un événement, en 1833, était venu troubler sa sérénité contemplative : le procès que lui-même, d’accord avec son frère Démétrios, intenta à leur demi-frère et à leur mère, qui s’était remariée après la mort du comte Nicolas. Cette pénible affaire familiale dut aigrir le poète qui, au cours de ces années-là, s’était mis à écrire son poème Les Assiégés libres , par lequel il voulait exalter, mise sous forme de symbole, la résistance héroïque, la sortie et la mort des assiégés de Missolonghi. Cette vaste conception est également restée au stade de l’ébauche, comme le Porfiras, poème inspiré au poète par la mort d’un jeune Anglais attaqué par un squale tandis qu’il nageait dans les eaux du golfe de Corfou. On a donné maintes explications de l’incapacité de Solomôs à réaliser sa première inspiration poétique. La plus vraisemblable est à chercher dans l’excès de son sens critique qu’il s’appliquait à lui-même. Toujours est-il que Solomos tout en étant dans la plénitude et la maturité de son génie, n’a pas produit les fruits que l’on attendait de lui. La déception de ses amis et leur surprise furent grandes lorsqu’à sa mort, en novembre 1857, on ne trouva dans ses papiers que des fragments et des ébauches (rassemblés dans l’édition posthume de 1859). Toujours solitaire et revêche jusqu’à paraître misanthrope, le poète s’était replié, pendant ses dernières années, dans une forme de neurasthénie dépressive à laquelle il cherchait un remède et un soulagement par l’excitation de l’alcool. Il eut une première congestion cérébrale en 1856, puis mourut à la fin de 1857.
SOLOMOS, Dionysios, comte (Zante, 1798-Corfou, 1857). Poète grec. Il est considéré comme le premier grand poète de la Grèce moderne qui imposa la langue populaire à la poésie grecque. Sa première oeuvre, l'Hymne à la liberté - qui devint l'hymne national de la Grèce (en 1864) - lui fut inspirée par la lutte pour l'indépendance de la Grèce soumise à l'Empire ottoman. Parmi ses oeuvres, on peut citer Lambros, les Assiégés libres et Porphyras. Voir Indépendance grecque (Guerre d').